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eBook Title
Le bachelier
Author Language Character Set
Jules Vallès French ISO-8859-1


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avions pris son livre d'âme dans sa poche et nous l'avions frotté
d'ail.

Il nous arriva rêveur quelques jours après.

«Il y a, dit-il, une mystérieuse corrélation entre les phénomènes
moraux et les phénomènes physiques. J'avais pensé tout un jour à
l'idolâtrie végétale des Égyptiens qui adoraient les légumes et
aux poulets qu'égorgeaient les augures. Il en est resté, dans ma
pensée et mon livre, ce jour-là, une odeur de chapon et comme un
parfum d'oignon sacré. (La tête dans la main.) Ceci prouve bien
que j'ai une âme...



27
Hasards de la fourchette

Des gens qui travaillent pour un grand dictionnaire en cours de
publication, sont devenus mes amis de bibliothèque.

Ils sont une bande qui vivent sur ce dictionnaire, qui y vivent
comme des naufragés sur un radeau--en se disputant le vin et le
biscuit--les yeux féroces, la folie de la faim au coeur. C'est
épouvantable, ce spectacle!

Un contremaître à mine basse est chargé de distribuer l'ouvrage.--
La plupart se tiennent vis-à-vis de lui dans l'attitude des
sauvages devant les idoles et lèchent ses bottes ressemelées.

Il y a eu deux ou trois fausses joies. On a cru voir--non pas
une voile à l'horizon--mais le requin de la mort qui venait
manger un des travailleurs.

Un de moins! c'était des _mots _qui revenaient aux autres après
l'enterrement--le quart d'une _lettre_ qu'avaient à se partager
les survivants--une ration qui augmentait le repas de chacun,
une goutte de sang à boire, un morceau de chair à dévorer...--
Vains espoirs!... Il faut en avoir vu de dures pour descendre
jusqu'au Dictionnaire, et quand on en est là, c'est qu'on n'a pas
envie de mourir. Celui qu'on croyait mener au cimetière y a
échappé. Il y a contre lui une sourde colère.


J'ai demandé s'il ne restait pas quelques bribes pour moi; les
mots difficiles, répugnants...

Malheureux!--j'ai eu l'air d'un voleur, presque d'un traître.

J'ai dû vite affirmer que c'était_ pour rire_--c'est à peine si
l'on m'a cru, et chaque fois que j'entre dans le bureau, il y a
des regards en dessous et des chuchotements redoutables.

Inutile de songer à gagner un sou là.--Le radeau est plein, on
dirait qu'on va tirer au sort à qui sera le premier mangé.

Mais je me suis souvenu de cette ressource, un jour qu'on
prononçait devant moi le nom d'un grammairien célèbre, qui
travaille à un autre Dictionnaire qu'on a surnommé _La
Concurrence._

Un camarade du quartier, qui connaît le fils de ce grammairien, a
posé ma candidature. Elle est prise en considération.

On me prie de venir.

J'ai assez de chance, je tombe souvent sur de braves gens.

J'ai affaire à un excellent homme, fort poli, point bégueule, qui
me dit:

«J'ai justement besoin de quelqu'un, mais je ne suis pas riche. Je
vous paierai peu, je ne vous paierai même pas. Je vous ferai avoir
une table d'hôte et une chambre. Je connais un gargotier et un
logeur.--En échange de ce crédit dont je répondrai, vous
viendrez à neuf heures du matin et vous partirez à six heures du
soir--avec une heure pour le déjeuner. Mon fils vous indiquera
votre travail. J'ai tout mâché depuis quinze ans. Cependant, votre
éducation pourra m'aider, et vous vivrez... Vous n'avez pas
d'autre ressource?

--J'ai quatre cent quarante francs par an.

--C'est quelque chose.... c'est beaucoup! Je n'ai pas, moi,
quatre cent quarante francs par an!--et j'ai cinquante-cinq ans.
Avec du courage, vous pourrez vous en tirer... Vous ne finirez pas
à l'hôpital... Si vous voulez, vous pouvez prendre votre chaise
dans la salle dès aujourd'hui.»


Cela a duré quelque temps--mais un jour, il est survenu des
querelles entre le grammairien et l'éditeur--le pauvre
grammairien a été vaincu, et il a dû rogner son budget et se
priver de mes services.

Pendant que j'étais chez lui, j'avais crédit, dans un petit
restaurant, d'un déjeuner de dix sous le matin, d'un dîner de un
francs vingt-cinq le soir--une chambre de douze francs--oh!
bien laide, bien triste! dans un hôtel où paraît-il, Nadar a
demeuré! Je plains Nadar!

Mais j'ai mis le pied à l'étrier.

On se connaît de lexique à lexique. Il y a la confrérie des
_Bescherellisants_, des _Boisteux_, des _Poitevinards_.

Des propositions me sont faites de la part d'une maison de la rue
de l'Éperon, qui a besoin de grammairiens à bon marché.

On m'offre un centime la ligne--deux sous les dix lignes--un
franc le cent,--et encore il faut ajouter quelques citations des
écrivains célèbres. Chaque sens particulier doit être appuyé d'un
exemple.

On n'arrive pas à plus de deux francs cinquante par jour, en
travaillant et en fouillant les écrivains célèbres!--C'est long
de chercher les exemples dans les livres!...

J'ai trouvé un moyen pour aller plus vite.

C'est malhonnête, je trouble la source des littératures!... je
change le génie de la langue... elle en souffrira peut-être
pendant un siècle... mais qui y a vu et qui y verra quelque chose?

Voici ce que je fais.

Quand j'ai à ajouter un exemple, je l'invente tout bonnement, et
je mets entre parenthèses, (Fléchier) (Bossuet) (Massillon) ou
quelque autre grand prédicateur, de n'importe où, Cambrai, Meaux
ou Pontoise.

C'est l'Aigle de Meaux que je contrefais le mieux et le plus
souvent.

Mais s'il ne me vient pas sous la plume quelque chose de bien
bouffi, bien creux, bien solennel, bien rond, je remonte d'un
siècle, je mets mes citations sur le dos des gens de la
Renaissance ou du Moyen Age.

Je gagne ainsi quinze sous de plus par jour.

_Quinze sous!_--C'est un dîner.


Il y a eu à propos de ces citations une violente dispute, un jour,
au café Voltaire, où vont des universitaires et où je vais aussi
de temps en temps.

Un des professeurs tenait en main la dernière livraison du
_Lexique_, où je travaille, et avait le nez sur un mot_ traité_
par moi.

Il lit une phrase de Charron et se frotte les mains, se passe la
langue sur les lèvres.

«Oh! les hommes de ce temps-là!»

Un de ses collègues s'extasie à son tour, mais prête à la citation
un sens différent.

«Il n'a jamais été dans la pensée de Charron, monsieur
Vessoneau...

--C'est au contraire bien son génie. Il est tout entier là-dedans!

--Vous n'avez pas lu Charron comme moi, mon cher Pierran...»

Je buvais mon café, impassible.

La dispute s'est terminée par une épigramme amère empruntée encore
à la livraison.

«Oh! l'on peut bien vous attribuer cet autre mot de Chamfort,
celui-là, tenez, qui est cité au bout de la page!...»

Il est de moi, ce mot-là aussi. J'étais très gêné cette dernière
quinzaine, très pressé d'argent, et j'ai beaucoup mis de Charron
et de Chamfort dans la livraison.


Je jouis d'une renommée spéciale dans la maison, où il va pas mal
de vieux professeurs qui parlent de moi... Ce qui est de son cru
n'est pas fameux, mais il a beaucoup lu ses classiques et il sait
admirablement choisir ses citations. Il connaît surtout le Moyen-Âge!


J'en abats pour environ soixante-dix francs par mois.

J'ai touché _recta _le premier mois. Pour arriver à un chiffre
rond, il manquait quelques lignes, j'ai fait près de sept sous
avec du Marmontel.

Encore pas mauvais, ce vieux!

Au bout du second mois j'attends en vain mon argent.

J'ai menacé de la justice de paix... du bruit... du scandale...

On m'a offert moitié--en me congédiant. J'ai pris moitié et suis
parti, non sans grommeler--ce qui a irrité les patrons. Ils vont
disant partout que je suis un mauvais coucheur.

«C'est dommage: un garçon qui possède si bien ses classiques!»


POÈTE SATIRIQUE


«Vous êtes poète, n'est-ce pas?»

C'est madame Gaux, la libraire, qui me demande cela un matin.

Je suis plutôt _barde_. Je chante la patrie, je chante ce que
chantent les bardes ordinairement--on n'a qu'à voir dans le
dictionnaire. Va pour poète tout de même! et je réponds à madame
Gaux de façon à lui persuader que je sais manier la lyre--pincer
les cordes d'un luth.

«Eh bien, je vous ai trouvé de l'ouvrage!»

Je prends bien vite une attitude d'inspiré.

«Voici, dit-elle.--Il y a un monsieur qui en veut à un huissier
de chez lui, et qui désire se venger de cet huissier par une
chanson. Savez-vous faire ça?»

C'est de l'_Archiloque_[16] qu'on me demande. Il faut saisir le
fouet de la satire!...

«Je le saisirai! dis-je à madame Gaux, qui ne comprend pas très
bien d'abord et me fait répéter et m'expliquer.

--Bon--Rendez-vous à l'hospice Dubois. Vous demanderez
M. Poirier et vous lui direz que vous venez de ma part pour_
cracher sur l'huissier._ C'est ce qu'il a dit. Je cherche
quelqu'un pour cracher sur un huissier.»


J'arrive à l'hôpital.

«M. Poirier?

--Que lui voulez-vous?»

Je n'ose dire pourquoi je viens. Je parlemente; on tient la porte
fermée. Enfin je me décide à demander un bout de papier.

«Lui porterez-vous ce mot? dis-je au concierge.

--Oui.»

J'écris le mot.


_Monsieur,_

_Je suis la personne envoyée par Mme Gaux et qui doit c--r sur
l'huissier._


«Avez-vous une enveloppe?

--Non», répond l'hôpitaleux.

Je donne le mot plié en quatre.

À travers les vitres je vois l'homme qui ouvre le billet et le
lit. Que doit-il penser?

C--r sur l'huissier!

J'aurais mieux fait de mettre _cracher_ en toutes lettres. C'était
plus franc. Cela coupait court aux suppositions.

L'homme revient en me regardant drôlement.

«M. Poirier vous attend, chambre 12, corridor 3.»


Je m'engage dans le troisième corridor--j'arrive à la chambre
12.

Je frappe.

«Entrez!»


M. Poirier a mauvaise mine--il est assis, jaune et maigre, dans
un fauteuil, mais il lui reste de la bonne humeur tout de même.

«Ah! vous venez de la part de Mme Gaux! Vous venez pour
_mordre?..._»

Je l'interromps.

«Je viens pour _cracher!..._ Est-ce que je me tromperais de
porte?»

Je m'en explique avec M. Poirier qui répond:

«Cracher! mordre! cela ne fait rien, pourvu que vous insultiez
Mussy et qu'il en crève!... Oui, monsieur, il faut qu'il en crève!
Si vous n'êtes pas homme à faire une chanson dont Mussy crèvera,
ne vous en mêlez pas!...»

Je n'ose trop m'engager.

M. Poirier paraît inquiet, et se gratte le menton.

«Vous avez l'air trop bon garçon!»

Ma commande file à vau-l'eau! Si j'ai l'air trop bon garçon, je
suis perdu!--Je me fais une figure noire, un rire vert, des yeux
jaunes...

M. Poirier semble plus rassuré, et me priant de m'asseoir:

«On peut toujours essayer, dit-il, nous verrons de quoi vous
accoucherez! Je vais vous conter la chose. Suivez-moi bien! Il y
avait une fois un huissier et sa femme, qui étaient les gens les
plus canailles du pays; l'homme, grand comme une botte--la
femme, tordue comme un tire-bouchon;--ils avaient un chien qui
avait la queue en trompette.--Voilà votre canevas! Ils
s'appelaient Mussy--allez-y!--Il faut qu'ils en crèvent...
l'homme, la femme et le chien.»

Il s'agit donc de les faire crever!...

Je passe d'abord à la bibliothèque où je consulte les satiristes,
pour me mettre en train. J'attrape un mal de tête seulement. Enfin
j'accouche dans ma nuit de cinq malheureux couplets. Qu'en pensera
M. Poirier?

Je lui écris.

Il me répond:

«Je suis justement mieux. Je sors demain de chez Dubois. J'ai
invité des cousins du Nivernais pour écouter votre chanson.--
Rendez-vous à midi chez Foyot; vous chanterez votre affaire au
dessert.»


Le lendemain, déjeuner à la Gargantua. Pâté de foie gras, poulet,
rôti, bourgogne, liqueurs, desserts, cigares!

Et maintenant, la parole est au chansonnier.

Je me lève, je tousse, pâlis, tousse encore.

«Buvez un verre de vin!»

J'en bois deux! Et rouge, un peu lancé, je commence. En avant!

Succès fou!

«Monsieur Vingtras! ILS EN CRÈVERONT!»

En même temps, étouffant de joie, se tortillant d'enthousiasme,
M. Poirier m'emmène dans un coin, fouille dans ses poches et me
glisse _quatre louis!_

«Je vous en ferai gagner d'autres encore, dit-il... Savez-vous
embêter les notaires? Je voudrais aussi faire crever un notaire!»


C'est une veine. J'ai un débouché dans les départements du centre.
Les commandes affluent. On m'écrit de province! Je fais sur mesure
--je ridiculise sur photographie.

Je sème l'épigramme et la zizanie dans les familles. C'est très
lucratif.


Mais tout s'use! Au bout de deux mois je suis vidé.

Mon rôle de satiriste est fini! Je meurs comme la guêpe dont le
dard se brise dans la blessure, je meurs sur une chanson payée dix
francs! J'en suis arrivé à piquer, cracher et mordre pour dix
francs. La dernière ne m'a même été réglée qu'à sept francs
cinquante.

C'est mon chant du cygne! Je ne gagnerai plus un sou dans ce
genre-là. Je n'ai plus de sel, même pour mettre dans une soupe.


DIOGERNE


Je vais quelquefois dans un restaurant à prix fixe de la rue
Rambuteau, à deux heures moins cinq. Je viens à ce moment là,
parce qu'à deux heures le déjeuner finit et le dîner commence.

C'est cinquante centimes le déjeuner.

Pour cinquante centimes on a un plat de viande, du pain, un
dessert. À cet instant de la journée, ce repas--à cheval sur le
matin et sur le soir--est très profitable.

J'ai le droit de rester le temps qu'il me plaît, je lis les
journaux et je réfléchis.


C'est au premier.--On entre par une allée noire, mais la salle
est vaste, bien éclairée, avec des glaces dont le cadre est
entouré de mousseline blanche.


Il y a toujours une odeur de rognons sautés qu'on respire pour
rien.


De la fenêtre, on plonge dans la rue; on aperçoit le _Colosse de
Rhodes_, on voit aller et venir un monde d'ouvriers.

J'éprouve de la joie à reposer mes yeux sur la foule des
plébéiens; il y a chez eux de la simplicité, de l'abandon, des
gestes ronds, des éclats de gaieté franche. Ce n'est pas grimaçant
et tendu comme le milieu où je promène mon existence inutile.

Dès que je puis, je descends vers ces halles bruyantes et dans ce
tourbillon de peuple.

Il faut pour cela que j'aie les cinquante centimes du déjeuner,
plus les deux sous pour le garçon: il faut aussi que je ne sois
pas trop ridicule de mise et n'aie pas l'air trop râpé. On peut
avoir une blouse sale--c'est le travail qui a fait les taches--
mais un habit noir fripé vous fait remarquer dans ces quartiers
simples. On croit qu'il a été sali par des vices.


J'achevais mon dessert, le nez dans le journal.

Le patron entre avec un homme que je reconnais.

Il chantait le _Vin à quatre sous_, du temps de l'_Hôtel
Lisbonne_, quand nous allions à Montrouge--sous le grand hangar
--où l'on buvait assis sur les bancs de bois, dans de gros
verres.

Ils sont camarades, le maître du restaurant et lui, et ils
viennent _siffler_--loin de la chaleur des fourneaux--une
bouteille de bordeaux frais.

Ils trinquent, retrinquent, causent et discutent à propos de
chansons.

À un moment, ils ont besoin d'une consultation.

Le patron dit:

«Adressons-nous à monsieur.»

C'est de moi qu'il parle, et vers moi qu'il se tourne.

«Vous prendrez bien un verre de vin avec nous? et vous nous direz
qui a tort de nous deux.»

C'est offert de bon coeur, et j'accepte.

«Voici la chose: Je dis à Rogier qui est là, qu'il ne doit pas
dire Diogène mais Dio_gerne_--pas _Gène_: _Gerne!_ J'en appelle
à vous, fait le cuisinier en enfonçant sa toque blanche sur sa
tête; vous avez de l'éducation. Prononcez.» Diable!

Si je me prononce contre lui, me laissera-t-il encore venir à deux
heures moins cinq pour déjeuner: quand l'avis affiché sur le mur
dit qu'à partir de deux heures tous les repas sont de seize sous?

J'hésite.

Le cuisinier répète en tapant sur la table:

«Je prétends que le refrain est comme ceci:»

Il chante:

C'est la lanterne
De Diogerne.

L'autre me regarde. Je me prononce:

«Oui, l'on dit DiogeRne!»

Que ceux qui ne connaissent pas le _repas à cheval_ me jettent la
première pierre! mais que ceux qui le connaissent me pardonnent!


.....................


Je n'ai pu persister dans la voie d'hypocrisie où je m'étais
engagé! Dès que le patron a été sorti, m'approchant de Rogier et
lui demandant pardon du regard et de la voix, tête baissée:

«Monsieur, je viens de mentir. On dit Diogène!

--Sans _r?_

--Sans _r_.»

J'ai laissé retomber mes bras et me tient devant mon juge avec des
airs de statue cassée.

«Mais pourquoi alors?...»

Je lui ouvre mon coeur et mon estomac. Je lui explique le _repas à
cheval_.

Il sourit--demande une autre bouteille.

«Vous boirez bien encore un coup?

--Non, merci!

--C'est peur de ne pouvoir payer la vôtre?

--Mon Dieu, oui!...»

Rogier reste un instant silencieux.

«Que faites-vous pour vivre? Savez-vous _rimer?»_

Je lui conte mon histoire de Mussy, ma série contre les
notaires...

«Mais la romance! Savez-vous faire la romance?

--Je n'ai jamais essayé.

--Vous ne savez pas faire parler un nuage, un cheval, une houri?

--Je ne puis pas dire...

--Feriez-vous mieux du léger?--dans le genre du _petit lapin de
ma femme? _Qu'aimeriez-vous mieux, chanter le pot de fleurs--ou
le pot de nuit?

--Le pot de fleurs!--sans mépriser le pot de nuit, ai-je ajouté
bien vite, ne sachant pas son goût et restant prudemment _à
cheval_ sur les deux.»

Mais j'ai échoué dans les deux genres!


«Vous n'avez pas d'esprit,» m'a dit Rogier, un matin.

Par bonté, il m'a donné quelques recueils de calembours à faire.

«Vous n'avez pas besoin de les inventer vous-même, vous n'en
viendriez jamais à bout, mon pauvre garçon; cherchez dans les
livres, ça ne fait rien!»

Je vais à la bibliothèque copier les vieux _anas_.


J'ai été surpris dans cet exercice, ce qui est un véritable
malheur, et je mettrai des années à m'en relever.

Chaque fois que je fais une plaisanterie, on dit: «Tu l'as lu à la
bibliothèque ce matin».

On croit que je vais y chercher ce que je dirai le soir pour
paraître espiègle et folâtre. Ce manège dure peut-être depuis
longtemps, dit-on.

«Et nous qui riions de confiance!»

D'autre part, des personnes graves qui me portaient de l'intérêt
m'ont retiré leur confiance et croient que je suis un affreux
polisson qui vais dénicher dans les coins les livres légers pour
en faire ma nourriture journalière et en repaître mon imagination
de saltimbanque et de corrompu.


Et c'est payé cinq francs--pas un radis de plus!--_cent
calembours pour un sou--demandez!_

Je ferais mieux de crier ça dans une baraque, en habit de pitre.
Je gagnerais davantage.



28
À marier

Je reçois régulièrement mes quarante francs par mois.--
    
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