free book ebook online reading
eBook Title
La rôtisserie de la Reine Pédauque
Author Language Character Set
Anatole France French ISO-8859-1


You are here --- [ Home / Author Index F / Anatole France / La rôtisserie de la Reine Pédauque / Page #10 ]

--Je conçois que je vous ai fait du chagrin. Mais ce n'est pas une

raison pour m'assassiner cent fois le jour de vos gémissements
inutiles.

M. d'Anquetil, quand il perdait, était d'une humeur fâcheuse. Il
molestait à tout propos Jahel qui, n'étant point patiente, le menaçait
d'écrire à son oncle Mosaïde qu'il vînt la reprendre. Ces querelles me
donnaient d'abord quelque lueur de joie et d'espérance; mais après
qu'elles se furent plusieurs fois renouvelées, je les vis naître, au
contraire, avec inquiétude, ayant reconnu qu'elles étaient suivies de
réconciliations impétueuses, qui éclataient soudainement à mes
oreilles en baisers, en susurrements et en soupirs lascifs. M.
d'Anquetil ne me souffrait qu'avec peine. Il avait, au contraire, une
vive tendresse pour mon bon maître, qui la méritait par son humeur
égale et riante et par l'incomparable élégance de son esprit. Ils
jouaient et buvaient ensemble avec une sympathie qui croissait chaque
jour. Les genoux rapprochés pour soutenir la tablette sur laquelle ils
abattaient leurs cartes, ils riaient, plaisantaient, se faisaient des
agaceries, et, bien qu'il leur arrivât quelquefois de se jeter les
cartes à la tête, en échangeant des injures qui eussent fait rougir
les forts du port Saint-Nicolas et les bateliers du Mail, bien que M.
d'Anquetil jurât Dieu, la Vierge et les Saints, qu'il n'avait vu de sa
vie, même au bout d'une corde, plus vilain larron que l'abbé Coignard,
on sentait qu'il aimait chèrement mon bon maître, et c'était plaisir
de l'entendre un moment après s'écrier en riant:

--L'abbé, vous serez mon aumônier et vous ferez mon piquet. Il faudra
aussi que vous soyez de nos chasses. On cherchera jusqu'au fond du
Perche un cheval assez gros pour vous porter et l'on vous fera un
équipement de vénerie pareil à celui que j'ai vu à l'évêque d'Uzès. Il
est grand temps, au reste, de vous habiller à neuf: car, sans
reproche, l'abbé, votre culotte ne vous tient plus au derrière.

Jahel aussi cédait au penchant irrésistible qui inclinait les âmes
vers mon bon maître. Elle résolut de réparer, autant qu'il était
possible, le désordre de sa toilette. Elle mit une de ses robes en
pièces pour raccommoder l'habit et les chausses de notre vénérable
ami, et lui fit cadeau d'un mouchoir de dentelle pour en faire un
rabat. Mon bon maître recevait ces petits présents avec une dignité
pleine de grâce. J'eus lieu plusieurs fois de le remarquer: il se
montrait galant homme en parlant aux femmes. Il leur témoignait un
intérêt qui n'était jamais indiscret, les louait avec la science d'un
connaisseur, leur donnant les conseils d'une longue expérience,
répandait sur elles l'indulgence infinie d'un coeur prêt à pardonner
toutes les faiblesses, et ne négligeait cependant aucune occasion de
leur faire entendre de grandes et utiles vérités.

Parvenus le quatrième jour à Montbard, nous nous arrêtâmes sur une
hauteur d'où l'on découvrait toute la ville, dans un petit espace,
comme si elle était peinte sur toile par un habile ouvrier, soucieux
d'en marquer tous les détails.

--Voyez, nous dit mon bon maître, ces murailles, ces tours, ces
clochers, ces toits, qui sortent de la verdure. C'est une ville, et,
sans même chercher son histoire et son nom, il nous convient d'y
réfléchir, comme au plus digne sujet de méditation qui puisse nous
être offert sur la face du monde. En effet, une ville, quelle qu'elle
soit, donne matière aux spéculations de l'esprit. Les postillons nous
disent que voici Montbard. Ce lieu m'est inconnu. Néanmoins je ne
crains pas d'affirmer, par analogie, que les gens qui vivent là, nos
semblables, sont égoïstes, lâches, perfides, gourmands, libidineux.
Autrement, ils ne seraient point des hommes et ne descendraient point
de cet Adam, à la fois misérable et vénérable, en qui tous nos
instincts, jusqu'aux plus ignobles, ont leur source auguste. Le seul
point sur lequel on pourrait hésiter est de savoir si ces gens-là sont
plus portés sur la nourriture que sur la reproduction. Encore le doute
n'est-il point permis: un philosophe jugera sainement que la faim est,
pour ces malheureux, un besoin plus pressant que l'amour. Dans ma
verte jeunesse, je croyais que l'animal humain était surtout enclin à
la conjonction des sexes. Mais c'était un leurre, et il est clair que
les hommes sont plus intéressés encore à conserver la vie qu'à la
donner. C'est la faim qui est l'axe de l'humanité; au reste, comme il
est inutile d'en disputer ici, je dirai, si l'on veut, que la vie des
mortels a deux pôles, la faim et l'amour. Et c'est ici qu'il faut
ouvrir l'oreille et l'âme! Ces créatures hideuses, qui ne sont tendues
qu'à s'entre-dévorer ou à s'entr'embrasser furieusement, vivent
ensemble soumises à des lois qui leur interdisent précisément la
satisfaction de cette double et fondamentale concupiscence. Ces
animaux ingénus, devenus citoyens, s'imposent volontiers des
privations de toutes sortes, respectent le bien d'autrui, ce qui est
prodigieux, en égard à leur nature avide; et ils observent la pudeur,
qui est une hypocrisie énorme, mais commune, consistant à ne dire que
rarement ce à quoi on pense sans cesse. Car enfin, de bonne foi,
messieurs, quand nous voyons une femme, ce n'est pas à la beauté de
son âme et aux agréments de son esprit que nous attachons notre
pensée; et dans notre entretien avec elle, nous avons en vue
principalement ses formes naturelles. Et l'aimable créature le savait
si bien, qu'habillée par la bonne faiseuse, elle a pris soin de ne
voiler ses appas qu'en les exagérant par divers artifices. Et
mademoiselle Jahel, qui n'est pourtant point une sauvage, serait
désolée que l'art ait gagné en elle sur la nature, à ce point qu'on ne
vît pas combien sa poitrine est pleine et sa croupe arrondie. Ainsi,
de quelque façon que nous considérions les hommes depuis la chute
d'Adam, nous les voyons affamés et incontinents. D'où vient donc que,
réunis dans les villes, ils s'imposent des privations de toutes sortes
et se soumettent à un régime contraire à leur nature corrompue? On a
dit qu'ils y trouvaient leur avantage, et qu'ils sentaient que leur
sécurité est au prix de cette contrainte. Mais c'est leur supposer
trop de raisonnement, et, de plus, un raisonnement faux, car il est
absurde de sauver sa vie aux dépens de ce qui en faisait la raison et
le prix. On a dit encore que la peur les retenait dans l'obéissance,
et il est vrai que la prison, la potence et la roue assurent
excellemment la soumission aux lois. Mais il est certain que le
préjugé conspire avec les lois, et on ne voit pas bien comment la
contrainte aurait pu s'établir si universellement. On définit les lois
les rapports nécessaires des choses; mais nous venons de voir que ces
rapports sont en contradiction avec la nature, loin d'en être des
nécessités. C'est pourquoi, messieurs, je chercherai la source et
l'origine des lois non dans l'homme, mais hors de l'homme, et je
croirai qu'étant étrangères à l'homme, elles viennent de Dieu, qui a
formé de ses mains mystérieuses non seulement la terre et l'eau, la
plante et l'animal, mais encore les peuples et les sociétés. Je
croirai que les lois viennent directement de lui, de son premier
décalogue, et qu'elles sont inhumaines parce qu'elles sont divines. Il
est bien entendu que je considère ici les codes dans leur principe et
dans leur essence, sans vouloir entrer dans leur diversité risible et
leur complication pitoyable. Les détails des coutumes et des
prescriptions, tant écrites qu'orales, sont la part de l'homme, et
cette part doit être méprisée. Mais, ne craignons point de le
reconnaître, la Cité est d'institution divine. D'où il résulte que
tout gouvernement doit être théocratique. Un prêtre fameux pour la
part qu'il prit dans la déclaration de 1682, M. Bossuet, n'avait point
tort de vouloir tracer les règles de la politique d'après les maximes
de l'Écriture, et, s'il y a échoué misérablement, il n'en faut accuser
que la faiblesse de son génie, qui s'attacha platement à des exemples
tirés des _Juges_ et des _Rois_, sans voir que Dieu, quand il
travaille en ce monde, se proportionne au temps et à l'espace et sait
faire la différence des Français et des Israélites. La cité, rétablie
sous son autorité véritable et seule légitime, ne sera pas la cité de
Josué, de Saül et de David, ce sera plutôt la cité de l'_Évangile_, la
cité du pauvre, où l'artisan et la prostituée ne seront plus humiliés
par le pharisien. Oh! messieurs! qu'il conviendrait de tirer de
l'Écriture une politique plus belle et plus sainte que celle qui en
fut extraite péniblement par ce rocailleux et stérile M. Bossuet!
Quelle cité, plus harmonieuse que celle qu'Orphée éleva aux accords de
sa lyre, se construira sur les maximes de Jésus-Christ, le jour où ses
prêtres, n'étant plus vendus à l'empereur et aux rois, se
manifesteront comme les vrais princes du peuple!

Tandis que, debout autour de mon bon maître, nous l'écoutions
discourir de la sorte, nous fûmes insensiblement entourés d'une troupe
de mendiants qui, boitant, grelottant, bavant, agitant des moignons,
secouant des goitres, étalant des plaies d'où s'écoulait une humeur
infecte, nous obsédaient de bénédictions importunes. Ils se jetèrent
avidement sur quelques pièces de monnaie que leur jeta M. d'Anquetil
et roulèrent ensemble dans la poussière.

--Ces malheureux font mal à voir, soupira Jahel.

--Cette pitié, dit M. Coignard, vous sied comme une parure,
mademoiselle; ces soupirs ornent votre poitrine en la gonflant d'un
souffle que chacun de nous voudrait respirer sur vos lèvres. Mais
souffrez que je vous dise que cette tendresse, qui n'en est pas moins
touchante pour être intéressée, trouble vos entrailles par la
comparaison de ces misérables avec vous-même, et par l'idée
instinctive que votre jeune corps touche, pour ainsi dire, à ces
chairs hideusement ulcérées et mutilées, comme il est vrai qu'en effet
il y est lié et attaché, en tant que membre de Notre-Seigneur
Jésus-Christ. D'où il suit que vous ne pouvez envisager cette
corruption sur la chair de ces malheureux sans la voir, dans le même
temps, en présage sur votre propre chair. Et ces misérables se sont
levés vers vous comme des prophètes, annonçant que la part de la
famille d'Adam est, en ce monde, la maladie et la mort. C'est pourquoi
vous avez soupiré, mademoiselle.

"Dans le fait, il n'y a aucune raison d'estimer que ces mendiants,
rongés d'ulcères et de vermine, sont plus malheureux que les rois et
que les reines. Il ne faut même pas dire qu'ils sont plus pauvres, si,
comme il paraît, le liard que cette goitreuse a ramassé dans la
poussière et qu'elle serre sur son coeur en bavant de joie, lui semble
plus précieux que n'est un collier de perles à la maîtresse d'un
prince-évêque de Cologne ou de Salzbourg. A bien entendre nos
spirituels et véritables intérêts, il nous faudrait envier l'existence
de ce cul-de-jatte qui rampe vers vous sur les mains, préférablement à
celle du roi de France ou de l'empereur. Leur égal devant Dieu, il a
peut-être la paix du coeur qu'ils n'ont point et les trésors
inestimables de l'innocence. Mais serrez vos jupes, mademoiselle, de
peur qu'il n'y introduise la vermine dont je le vois couvert.

Ainsi parlait mon bon maître, et nous ne nous lassions point de
l'écouter.

A trois lieues environ de Montbard, un trait ayant cassé et les
postillons manquant de corde pour le raccommoder, comme cet endroit de
la route est éloigné de toute habitation, nous demeurâmes en détresse.
Mon bon maître et M. d'Anquetil tuèrent l'ennui de ce repos forcé en
jouant aux cartes avec cette querelleuse sympathie dont ils s'étaient
fait une habitude. Pendant que le jeune seigneur s'étonnait que son
partenaire retournât le roi plus souvent que ne le veut le calcul des
probabilités, Jahel, assez émue, me tira à part, et me demanda si je
ne voyais pas une voiture arrêtée derrière nous à un lacet de la
route. En regardant vers le point qu'elle m'indiquait, j'aperçus en
effet une espèce de calèche gothique, d'une forme ridicule et bizarre.

--Cette voiture, ajouta Jahel, s'est arrêtée en même temps que nous.
C'est donc qu'elle nous suivait. Je serais curieuse de distinguer les
visages qui voyagent dans cette machine. J'en ai de l'inquiétude.
N'est-elle point coiffée d'une capote étroite et haute? Elle ressemble
à la voiture dans laquelle mon oncle m'emmena, toute petite, à Paris,
après avoir tué le Portugais. Elle était restée, autant que je crois,
dans une remise du château des Sablons. Celle-ci me la rappelle tout à
fait, et c'est un horrible souvenir, car j'y vis mon oncle écumant de
rage. Vous ne pouvez concevoir, Jacques, à quel point il est violent.
J'ai moi-même éprouvé sa fureur le jour de mon départ. Il m'enferma
dans ma chambre en vomissant contre M. l'abbé Coignard des injures
épouvantables. Je frémis en pensant à l'état où il dut être quand il
trouva ma chambre vide et mes draps encore attachés à la fenêtre par
où je m'échappai pour vous joindre et fuir avec vous.

--Jahel, vous voulez dire avec M. d'Anquetil.

--Que vous êtes pointilleux! Ne partions-nous pas tous ensemble? Mais
cette calèche me donne de l'inquiétude, tant elle ressemble à celle de
mon oncle.

--Soyez assurée, Jahel, que c'est la voiture de quelque bon
Bourguignon qui va à ses affaires sans songer à nous.

--Vous n'en savez rien, dit Jahel. J'ai peur.

--Vous ne pouvez craindre pourtant, mademoiselle, que votre oncle,
dans l'état de décrépitude où il est réduit, coure les routes à votre
poursuite. Il n'est occupé que de cabbale et rêveries hébraïques.

--Vous ne le connaissez pas, me répondit-elle en soupirant. Il n'est
occupé que de moi. Il m'aime autant qu'il exècre le reste de
l'univers. Il m'aime d'une manière...

--D'une manière?

--De toutes les manières... Enfin il m'aime.

--Jahel, je frémis de vous entendre. Juste ciel! ce Mosaïde vous
aimerait sans ce désintéressement qui est si beau chez un vieillard et
si convenable à un oncle. Dites tout, Jahel!

--Oh! vous le dites mieux que moi, Jacques.

--J'en demeure stupide. A son âge, cela se peut-il?

--Mon ami, vous avez la peau blanche et l'âme à l'avenant. Tout vous
étonne. C'est cette candeur qui fait votre charme. On vous trompe pour
peu qu'on s'en donne la peine. On vous fait croire que Mosaïde est âgé
de cent trente ans, quand il n'en a pas beaucoup plus de soixante,
qu'il a vécu dans la grande pyramide, tandis qu'en réalité il faisait
la banque à Lisbonne. Et il ne tenait qu'à moi de passer à vos yeux
pour une Salamandre.

--Quoi, Jahel, dites-vous la vérité? Votre oncle...

--Oui, et c'est le secret de sa jalousie. Il croit que l'abbé Coignard
est son rival. Il le détesta d'instinct, à première vue. Mais c'est
bien autre chose depuis qu'ayant surpris quelques mots de l'entretien
que ce bon abbé eut avec moi dans les épines, il le peut haïr comme la
cause de ma fuite et de mon enlèvement. Car, enfin, j'ai été enlevée,
mon ami, et cela doit me donner quelque prix à vos yeux. Oh! j'ai été
bien ingrate en quittant un si bon oncle. Mais je ne pouvais plus
endurer l'esclavage où il me retenait. Et puis j'avais une ardente
envie de devenir riche, et il est bien naturel, n'est-ce pas? de
désirer de grands biens quand on est jeune et jolie. Nous n'avons
qu'une vie, et elle est courte. On ne m'a pas appris, à moi, de beaux
mensonges sur l'immortalité de l'âme.

--Hélas! Jahel, m'écriai-je dans une ardeur d'amour que me donnait sa
dureté même, hélas! il ne me manquait rien près de vous au château des
Sablons. Que vous y manquait-il, à vous, pour être heureuse?

Elle me fit signe que M. d'Anquetil nous observait. Le trait était
raccommodé et la berline roulait entre les coteaux de vignes.

Nous nous arrêtâmes à Nuits pour le souper et la couchée. Mon bon
maître but une demi-douzaine de bouteilles de vin du cru, qui échauffa
merveilleusement son éloquence. M. d'Anquetil lui rendit raison, le
verre à la main; mais, quant à lui tenir tête dans la conversation,
c'est ce dont ce gentilhomme était bien incapable.

La chère avait été bonne; le gîte fut mauvais. M. l'abbé Coignard
coucha dans la chambre basse, sous l'escalier, en un lit de plume
qu'il partagea avec l'aubergiste et sa femme, et où ils pensèrent tous
trois étouffer. M. d'Anquetil prit avec Jahel la chambre haute où le
lard et les oignons pendaient aux solives. Je montai par une échelle
au grenier, et je m'étendis sur la paille. Ayant passé le fort de mon
sommeil, la lune, dont la lumière traversait les fentes du toit,
glissa un rayon entre mes cils et les écarta à propos pour que je
visse Jahel, en bonnet de nuit, qui sortait de la trappe. Au cri que
je poussai, elle mit un doigt sur sa bouche.

--Chut! me dit-elle, Maurice est ivre comme un portefaix et comme un
marquis. Il dort ci-dessous du sommeil de Noé.

--Qui est-ce, Maurice? demandai-je en me frottant les yeux.

--C'est Anquetil. Qui voulez-vous que ce soit?

--Personne. Mais je ne savais pas qu'il s'appelât Maurice.

--Il n'y a pas longtemps que je le sais moi-même. Mais il n'importe.

--Vous avez raison, Jahel, cela n'importe pas.

Elle était en chemise et cette clarté de la lune s'égouttait comme du
lait sur ses épaules nues. Elle se coula à mon côté, m'appela des noms
les plus tendres et des noms les plus effroyablement grossiers qui
glissaient sur ses lèvres en suaves murmures. Puis elle se tut et
commença à me donner ces baisers qu'elle savait et auprès desquels
tous les embrassements des autres femmes semblent insipides.

La contrainte et le silence augmentaient la tension furieuse de mes
nerfs. La surprise, la joie d'une revanche et, peut-être, une jalousie
perverse, attisaient mes désirs. L'élastique fermeté de sa chair et la
souple violence des mouvements dont elle m'enveloppait, demandaient,
promettaient et méritaient les plus ardentes caresses. Nous connûmes,
cette nuit-là, les voluptés dont l'abîme confine à la douleur.

En descendant, le matin, dans la cour de l'hôtellerie, j'y trouvai M.
d'Anquetil qui me parut moins odieux, maintenant que je le trompais.
De son côté, il semblait plus attiré vers moi qu'il ne l'avait été
depuis le commencement du voyage. Il me parla avec familiarité,
sympathie, confiance, me reprochant seulement de montrer à Jahel peu
d'égards et d'empressement, et de ne pas lui rendre ces soins qu'un
honnête homme doit avoir pour toute femme.

--Elle se plaint, dit-il, de votre incivilité. Prenez-y garde, cher
Tournebroche; je serais fâché qu'il y eût des difficultés entre elle
et vous. C'est une jolie fille, et qui m'aime excessivement.

La berline roulait depuis une heure quand Jahel, ayant mis la tête à
la portière, me dit:

--La calèche a reparu. Je voudrais bien distinguer le visage des deux
hommes qui y sont. Mais je n'y puis parvenir.

Je lui répondis que, si loin, et dans la brume du matin, l'on ne
pouvait rien voir.

Elle me répondit que sa vue était si perçante, qu'elle les
distinguerait bien, malgré le brouillard et l'espace, si c'était
vraiment des visages.

--Mais, ajouta-t-elle, ce ne sont pas des visages.

--Que voulez-vous donc que ce soit? lui demandai-je, en éclatant de
rire.

Elle me demanda à son tour quelle idée saugrenue m'était venue à
l'esprit pour rire si sottement, et dit:

--Ce n'est pas des visages, c'est des masques. Ces deux hommes nous
poursuivent, et ils sont masqués.

J'avertis M. d'Anquetil qu'il semblait qu'on nous suivît dans une
vilaine calèche. Mais il me pria de le laisser tranquille.

--Quand les cent mille diables seraient à nos trousses, s'écria-t-il,
je ne m'en inquiéterais pas, ayant assez à faire à surveiller ce gros
pendard d'abbé, qui fait sauter la carte de façon subtile et me vole
tout mon argent. Même je ne serais pas surpris qu'en me jetant cette
vilaine calèche au travers de mon jeu, Tournebroche, vous ne fussiez
d'intelligence avec ce vieux fripon. Une voiture ne peut-elle cheminer
sur la route sans vous donner d'émoi?

Jahel me dit tout bas:

--Je vous prédis, Jacques, que de cette calèche il nous arrivera
malheur. J'en ai le pressentiment et mes pressentiments ne m'ont
jamais trompée.

--Voulez-vous me faire croire que vous avez le don de
prophétie?

Elle me répondit gravement:

--Je l'ai.

--Quoi, vous êtes prophétesse! m'écriai-je en souriant. Voilà qui est
étrange!

--Vous vous moquez, me dit-elle, et vous doutez parce que vous n'avez
jamais vu une prophétesse de si près. Comment vouliez-vous qu'elles
fussent faites?

--Je croyais qu'il fallait qu'elles fussent vierges.

--Ce n'est pas nécessaire, répondit-elle avec assurance.

La calèche ennemie avait disparu au tournant de la route. Mais
l'inquiétude de Jahel avait, sans qu'il l'avouât, gagné M. d'Anquetil
qui donna l'ordre aux postillons d'allonger le galop, promettant de
leur payer de bonnes guides.

Par un excès de soin, il fit passer à chacun d'eux une des bouteilles
que l'abbé avait mises en réserve au fond de la voiture.

Les postillons communiquèrent aux chevaux l'ardeur que ce vin leur
donnait.

--Vous pouvez vous rassurer, Jahel, dit-il; du train dont nous allons,
cette antique calèche, traînée par les chevaux de l'Apocalypse, ne
nous rattrapera pas.

--Nous allons comme chats sur braise, dit l'abbé.

--Pourvu que cela dure! dit Jahel.

Nous voyions à notre droite fuir les vignes en joualles sur les
coteaux. A gauche, la Saône coulait mollement. Nous passâmes, comme un
ouragan, devant le pont de Tournus. La ville s'élevait de l'autre côté
du fleuve, sur une colline couronnée par les murs d'une abbaye fière
comme une forteresse.

--C'est, dit l'abbé, une de ces innombrables abbayes bénédictines qui
sont semées comme des joyaux sur la robe de la Gaule ecclésiastique.
S'il avait plu à Dieu que ma destinée fût conforme à mon caractère,
j'aurais coulé une vie obscure, gaie et douce, dans une de ces
maisons. Il n'est point d'ordre que j'estime, pour la doctrine et pour
les moeurs, à l'égal des Bénédictins. Ils ont des bibliothèques
admirables. Heureux qui porte leur habit et suit leur sainte règle!
Soit par l'incommodité que j'éprouve présentement d'être rudement
secoué par cette voiture, qui ne manquera pas de verser bientôt dans
une des ornières dont cette route est profondément creusée, soit
plutôt par l'effet de mon âge, qui est celui de la retraite et des
graves pensées, je désire plus ardemment que jamais m'asseoir devant
une table, dans quelque vénérable galerie, où des livres nombreux et
choisis fussent assemblés en silence. Je préfère leur entretien à
celui des hommes, et mon voeu le plus cher est d'attendre, dans le
travail de l'esprit, l'heure où Dieu me retirera de cette terre.
J'écrirais des histoires, et préférablement celle des Romains, au
déclin de la République. Car elle est pleine de grandes actions et
d'enseignements. Je partagerais mon zèle entre Cicéron, saint
Jean-Chrysostome et Boèce, et ma vie modeste et fructueuse
ressemblerait au jardin du vieillard de Tarente.

"J'ai éprouvé diverses manières de vivre et j'estime que la meilleure
est, s'adonnant à l'étude, d'assister en paix aux vicissitudes des
hommes, et de prolonger, par le spectacle des siècles et des empires,
la brièveté de nos jours. Mais il y faut de la suite et de la
continuité. C'est ce qui m'a le plus manqué dans mon existence. Si,
comme je l'espère, je parviens à me tirer du mauvais pas où je suis,
je m'efforcerai de trouver un asile honorable et sûr dans quelque
docte abbaye, où les bonnes lettres soient en honneur et vigueur. Je
m'y vois déjà, goûtant la paix illustre de la science. Si je pouvais
recevoir ce bon office des Sylphes assistants, dont parle ce vieux fou
d'Astarac et qui apparaissent, dit-on, quand on les invoque par le nom
cabalistique d'AGLA...

Au moment où mon bon maître prononçait ce mot, un choc soudain nous
abîma tous quatre sous une pluie de verre, dans une telle confusion
que je me sentis tout à coup aveuglé et suffoqué sous les jupes de
Jahel, tandis que M. Coignard accusait d'une voix étouffée l'épée de
M. d'Anquetil de lui avoir rompu le reste de ses dents et que, sur ma
tête, Jahel poussait des cris à déchirer tout l'air des vallées
bourguignonnes. Cependant M. d'Anquetil promettait, en style de corps
de garde, aux postillons de les faire pendre. Quand je parvins à me
dégager, il avait déjà sauté à travers une glace brisée. Nous le
suivîmes, mon bon maître et moi, par la même voie, puis tous trois,
nous tirâmes Jahel de la caisse renversée. Elle n'avait point de mal
et son premier soin fut de rajuster sa coiffure.

--Grâce au ciel! dit mon bon maître, j'en suis quitte pour une dent,
encore n'était-elle ni intacte ni blanche. Le temps, en l'offensant,
en avait préparé la perte.

M. d'Anquetil, les jambes écartées et les poings sur la hanche,
examinait la berline culbutée.

--Les coquins, dit-il, l'ont mise dans un bel état. Si l'on relève les
chevaux, elle tombe en cannelle. L'abbé, elle n'est plus bonne qu'à
jouer aux jonchets.

Les chevaux, abattus les uns sur les autres, s'entre-frappaient de
leurs sabots. Dans un amas confus de croupes, de crinières, de cuisses
et de ventres fumants, un des postillons était enseveli, les bottes en
l'air. L'autre crachait le sang dans le fossé où il avait été jeté. Et
M. d'Anquetil leur criait:

--Drôles! Je ne sais ce qui me retient de vous passer mon épée à
travers le corps!

--Monsieur, dit l'abbé, ne conviendrait-il pas, d'abord, de tirer ce
pauvre homme du milieu de ces chevaux où il est enseveli?

Nous nous mîmes tous à la besogne et, quand les chevaux furent dételés
et relevés, nous reconnûmes l'étendue du dommage. Il se trouva un
ressort rompu, une roue cassée et un cheval boiteux.

--Faites venir un charron, dit M. d'Anquetil aux postillons, et que
tout soit prêt dans une heure!

--Il n'y a pas de charron ici, répondirent les postillons.

--Un maréchal.

--Il n'y a pas de maréchal.

--Un sellier.

--Il n'y a pas de sellier.

Nous regardâmes autour de nous. Au couchant, les coteaux de vignes
jetaient jusqu'à l'horizon leurs longs plis paisibles. Sur la hauteur,
un toit fumait près d'un clocher. De l'autre côté, la Saône, voilée de
brumes légères, effaçait lentement le sillage du coche d'eau qui
venait de passer. Les ombres des peupliers s'allongeaient sur la
berge. Un cri aigu d'oiseau perçait le vaste silence.

--Où sommes nous? demanda M. d'Anquetil.

--A deux bonnes lieues de Tournus, répondit, en crachant le sang, le
postillon qui était tombé dans le fossé et, pour le moins, à quatre de
Maçon.

Et, levant le bras vers le toit qui fumait sur le coteau:

--Là-haut, ce village doit être Vallars. Il est de peu de ressource.

--Le tonnerre de Dieu vous crève! dit M. d'Anquetil.

Tandis que les chevaux groupés se mordillaient le cou, nous nous
rapprochâmes de la voiture, tristement couchée sur le flanc.

Le petit postillon qui avait été retiré des entrailles des chevaux
dit:

--Pour ce qui est du ressort, on y pourra remédier par une forte pièce
de bois appliquée à la soupente. La voiture en sera seulement un peu
plus rude. Mais il y a la roue cassée! Et le pis est que mon chapeau
est là-dessous.

--Je me fous de ton chapeau, dit M. d'Anquetil.

--Votre Seigneurie ne sait peut-être pas qu'il était tout neuf, dit le
petit postillon.

--Et les glaces qui sont brisées! soupira Jahel, assise sur son
porte-manteau, au bord de la route.

--Si ce n'était que des glaces, dit mon bon maître, on y saurait
suppléer en baissant les stores, mais les bouteilles doivent être
précisément dans le même état que les glaces. C'est ce dont il faut
que je m'assure dès que la berline sera debout. Je suis mêmement en
peine de mon Boèce, que j'ai laissé sous les coussins avec quelques
autres bons ouvrages.

--Il n'importe! dit M. d'Anquetil. J'ai les cartes dans la poche de ma
veste. Mais ne souperons-nous pas?

--J'y songeais, dit l'abbé. Ce n'est pas en vain que Dieu a donné à
l'homme, pour son usage, les animaux qui peuplent la terre, le ciel et
l'eau. Je suis très excellent pêcheur à la ligne, le soin d'épier les
poissons convient particulièrement à mon esprit méditatif, et l'Orne
m'a vu tenant la ligne insidieuse et méditant les vérités éternelles.
N'ayez point d'inquiétude sur votre souper. Si mademoiselle Jahel veut
bien me donner une des épingles qui soutiennent ses ajustements, j'en
aurai bientôt fait un hameçon, pour pêcher dans la rivière, et je me
flatte de vous rapporter avant la nuit deux ou trois carpillons que
nous ferons griller sur un feu de broussailles.

--Je vois bien, dit Jahel, que nous sommes réduits à l'état sauvage.
Mais je ne vous puis donner une épingle, l'abbé, sans que vous me
donniez quelque chose en échange; autrement notre amitié risquerait
d'être rompue. Et c'est ce que je ne veux pas.

--Je ferai donc, dit mon bon maître, un marché avantageux. Je vous
payerai votre épingle d'un baiser, mademoiselle.

Et, aussitôt, prenant l'épingle, il posa ses lèvres sur les joues de
Jahel, avec une politesse, une grâce et une décence inconcevables.

Après avoir perdu beaucoup de temps, on prit le parti le plus
raisonnable. On envoya le grand postillon, qui ne crachait plus le
sang, à Tournus, avec un cheval, pour ramener un charron, tandis que
son camarade allumerait du feu dans un abri; car le temps devenait
frais et le vent s'élevait.

Nous avisâmes sur la route, à cent pas en avant du lieu de notre
chute, une montagne de pierre tendre, dont le pied était creusé en
plusieurs endroits. C'est dans un de ces creux que nous résolûmes
d'attendre, en nous chauffant, le retour du postillon envoyé en
courrier à Tournus. Le second postillon attacha les trois chevaux qui
nous restaient, dont un boiteux, au tronc d'un arbre, près de notre
caverne. L'abbé, qui avait réussi à faire une ligne avec des branches
de saule, une ficelle, un bouchon et une épingle, s'en alla pêcher,
autant par inclination philosophique et méditative que dans le dessein
de nous rapporter du poisson. M. d'Anquetil, demeurant avec Jahel et
moi dans la grotte, nous proposa une partie d'hombre, qui se joue à
trois, et qui, disait-il, étant espagnol, convenait à d'aussi
aventureux personnages que nous étions pour lors. Et il est vrai que,
dans cette carrière, à la nuit tombante, sur une route déserte, notre
petite troupe n'eût pas paru indigne de figurer dans quelqu'une de ces
rencontres de don Quigeot ou don Quichotte, dont s'amusent les
servantes. Nous jouâmes donc à l'hombre. C'est un jeu qui veut de la
gravité. J'y fis beaucoup de fautes et mon impatient partenaire
commençait à se fâcher, quand le visage noble et riant de mon bon
maître nous apparut à la clarté du feu. Dénouant son mouchoir, M.
l'abbé Coignard en tira quatre ou cinq petits poissons qu'il ouvrit
avec son couteau orné de l'image du feu roi, en empereur romain, sur
une colonne triomphale, et qu'il vida aussi facilement que s'il
n'avait jamais vécu que parmi les poissardes de la halle, tant il
excellait dans ses moindres entreprises, comme dans les plus
considérables. En arrangeant ce fretin sur la cendre:

--Je vous confierai, nous dit-il, que, suivant la rivière en aval, à
la recherche d'une berge favorable à la pêche, j'ai aperçu la calèche
apocalyptique qui effraye mademoiselle Jahel. Elle s'est arrêtée à
quelque distance en arrière de notre berline. Vous l'avez dû voir
passer ici, tandis que je pêchais dans la rivière, et l'âme de
mademoiselle en dut être bien soulagée.

--Nous ne l'avons pas vue, dit Jahel.

--Il faut donc, reprit l'abbé, qu'elle se soit remise en route quand
la nuit était déjà noire. Et du moins vous l'avez entendue.

--Nous ne l'avons pas entendue, dit Jahel.

--C'est donc, fit l'abbé, que cette nuit est aveugle et sourde. Car il
n'est pas croyable que cette calèche, dont point une roue n'était
rompue ni un cheval boiteux, soit restée sur la route. Qu'y
ferait-elle?

--Oui, qu'y ferait-elle? dit Jahel.

--Ce souper, dit mon bon maître, rappelle en sa simplicité ces repas
de la Bible où le pieux voyageur partageait, au bord du fleuve, avec
un ange, les poissons du Tigre. Mais nous manquons de pain, de sel et
de vin. Je vais tenter de tirer de la berline les provisions qui y
sont renfermées et voir si, de fortune, quelque bouteille ne s'y
serait point conservée intacte. Car il est telle occasion où le verre
ne se brise point sous le choc qui a rompu l'acier. Tournebroche, mon
fils, donnez-moi, s'il vous plaît, votre briquet; et vous,
mademoiselle, ne manquez point de retourner les poissons. Je
reviendrai tout de suite.

Il partit. Son pas un peu lourd s'amortit peu à peu sur la terre de la
route, et bientôt nous n'entendîmes plus rien.

--Cette nuit, dit M. d'Anquetil, me rappelle celle qui précéda la
bataille de Parme. Car vous n'ignorez pas que j'ai servi sous Villars
et fait la guerre de succession. J'étais parmi les éclaireurs. Nous ne
voyions rien. C'est une des grandes finesses de la guerre. On envoie
pour reconnaître l'ennemi des gens qui reviennent sans avoir rien
reconnu, ni connu. Mais on en fait des rapports, après la bataille, et
c'est là que triomphent les tacticiens. Donc, à neuf heures du soir,
je fus envoyé en éclaireur avec douze maistres...

Et il nous conta la guerre de succession et ses amours en Italie; son
récit dura bien un quart d'heure, après quoi il s'écria:

--Ce pendard d'abbé ne revient pas. Je gage qu'il boit là-bas tout le
vin qui restait dans la soupente.

Songeant alors que mon bon maître pouvait être embarrassé, je me levai
pour aller à son aide. La nuit était sans lune, et, tandis que le ciel
resplendissait d'étoiles, la terre restait dans une obscurité que mes
yeux, éblouis par l'éclat de la flamme, ne pouvaient percer.

Ayant fait sur la route, à la fois ténébreuse et pâle, cinquante pas
au plus, j'entendis devant moi un cri terrible, qui ne semblait pas
sortir d'une poitrine humaine, un cri autre que les cris déjà
entendus, qui me glaça d'horreur. Je courus dans la direction d'où
venait cette clameur de mortelle détresse. Mais la peur et l'ombre
amollissaient mes pas. Parvenu enfin à l'endroit où la voiture gisait
informe et grandie par la nuit, je trouvai mon bon maître assis au
bord du fossé, plié en deux. Je ne pouvais distinguer son visage. Je
lui demandai en tremblant:

--Qu'avez-vous? Pourquoi avez-vous crié?

--Oui, pourquoi ai-je crié? dit-il d'une voix altérée, d'une voix
nouvelle. Je ne savais pas que j'eusse crié. Tournebroche, n'avez-vous
pas vu un homme? Il m'a heurté dans l'ombre assez rudement. Il m'a
donné un coup de poing.

--Venez, lui dis-je, levez-vous, mon bon maître.

S'étant soulevé, il retomba lourdement à terre.

Je m'efforçai de le relever, et mes mains se mouillèrent en touchant
sa poitrine.
    
<<Page 9   |   Page 10   |   Page 11>>
Go to Page Index for La rôtisserie de la Reine Pédauque

You are here --- [ Home / Author Index F / Anatole France / La rôtisserie de la Reine Pédauque / Page #10 ]