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Mon bon maître me parla ensuite du Panopolitain avec une éloquence
inconcevable. Hélas! je l'écoutai mal, songeant à cette goutte de
clair de lune qui était tombée dans la nuit sur les lèvres de
Catherine.
Enfin, il s'arrêta et je lui demandai sur quel fondement les Grecs
avaient établi le goût des Nymphes pour les Satyres. Mon bon maître
était prêt à répondre sur toutes les questions, tant son savoir avait
d'étendue. Il me dit:
--Mon fils, ce goût est fondé sur une sympathie naturelle. Il est vif,
bien que moins ardent que le goût des Satyres pour les Nymphes, auquel
il correspond. Les poètes ont très bien observé cette distinction. A
ce propos, je vous conterai une singulière aventure que j'ai lue dans
un manuscrit qui faisait partie de la bibliothèque de M. l'évêque de
Séez. C'était, (je le vois encore) un recueil in-folio, d'une bonne
écriture du siècle dernier. Voici le fait singulier qui y est
rapporté. Un gentilhomme normand et sa femme prirent part à un
divertissement public, déguisés l'un en Satyre, l'autre en Nymphe. On
sait, par Ovide, avec quelle ardeur les Satyres poursuivent les
Nymphes. Ce gentilhomme avait lu les _Métamorphoses_. Il entra si bien
dans l'esprit de son déguisement que, neuf mois après, sa femme lui
donna un enfant qui avait le front cornu et des pieds de bouc. Nous ne
savons ce qu'il advint du père, sinon que, par un sort commun à toute
créature, il mourut, laissant avec son petit capripède un autre enfant
plus jeune, chrétien celui-là, et de forme humaine. Ce cadet demanda à
la justice que son frère fût déchu de l'héritage paternel pour cette
raison qu'il n'appartenait pas à l'espèce rachetée par le sang de
Jésus-Christ. Le Parlement de Normandie siégeant à Rouen lui donna
gain de cause, et l'arrêt fut enregistré.
Je demandai à mon bon maître s'il était possible qu'un travestissement
pût avoir un tel effet sur la nature, et que la façon d'un enfant
résultât de celle d'un habit. M. l'abbé Coignard m'engagea à n'en rien
croire.
--Jacques Tournebroche, mon fils, me dit-il, qu'il vous souvienne
qu'un bon esprit repousse tout ce qui est contraire à la raison, hors,
en matière de foi, où il convient de croire aveuglément. Dieu merci!
je n'ai jamais erré sur les dogmes de notre très sainte religion, et
j'espère bien me trouver en cette disposition à l'article de la mort.
En devisant de la sorte, nous arrivâmes au château. Le toit
apparaissait éclairé par une lueur rouge, au milieu des ténèbres.
D'une des cheminées sortaient des étincelles qui montaient en gerbes
pour retomber en pluie d'or sous une fumée épaisse dont le ciel était
voilé. Nous crûmes l'un et l'autre que les flammes dévoraient
l'édifice. Mon bon maître s'arrachait les cheveux et gémissait.
--Mon Zozime, mes papyrus et mes manuscrits grecs! Au secours! au
secours! mon Zozime!
Courant par la grande allée, sur les flaques d'eau qui reflétaient des
lueurs d'incendie, nous traversâmes le parc, enseveli dans une ombre
épaisse. Il était calme et désert. Dans le château tout semblait
dormir. Nous entendions le ronflement du feu, qui remplissait
l'escalier obscur. Nous montâmes deux à deux les degrés, nous arrêtant
par moments pour écouter d'où venait ce bruit épouvantable.
Il nous parut sortir d'un corridor du premier étage où nous n'avions
jamais mis les pieds. Nous nous dirigeâmes à tâtons de ce côté, et,
voyant par les fentes d'une porte close des clartés rouges, nous
heurtâmes de toutes nos forces les battants. Ils cédèrent tout à coup.
M. d'Astarac, qui venait de les ouvrir, se tenait tranquille devant
nous. Sa longue forme noire se dressait dans un air enflammé. Il nous
demanda doucement pour quelle affaire pressante nous le cherchions à
cette heure.
Il n'y avait point d'incendie, mais un feu terrible, qui sortait d'un
grand fourneau à réverbère, que j'ai su depuis s'appeler athanor.
Toute cette salle, assez vaste, était pleine de bouteilles de verre au
long col, sur lequel serpentaient des tubes de verre à bec de canard,
des cornues semblables à des visages joufflus, d'où partait un nez
comme une trompe, des creusets, des matras, des coupelles, des
cucurbites, et des vases de formes inconnues.
Mon bon maître dit, en s'épongeant le visage, qui luisait comme
braise:
--Ah! monsieur, nous avons cru que le château flambait ainsi qu'une
paille sèche. Dieu merci, la bibliothèque n'est pas brûlée. Mais je
vois que vous pratiquez, monsieur, l'art spagyrique.
--Je ne vous celerai pas, répondit M. d'Astarac, que j'y ai fait de
grands progrès, sans avoir trouvé toutefois le thélème qui rendra mes
travaux parfaits. Au moment même où vous avez heurté cette porte, je
recueillais, messieurs, l'Esprit du Monde et la Fleur du Ciel, qui est
la vraie Fontaine de Jouvence. Entendez-vous un peu l'alchimie,
monsieur Coignard?
L'abbé répondit qu'il en avait pris quelque teinture dans les livres,
mais qu'il en tenait la pratique pour pernicieuse et contraire à la
religion. M. d'Astarac sourit et dit encore:
--Vous êtes trop habile homme, monsieur Coignard, pour ne pas
connaître l'Aigle volante, l'Oiseau d'Hermès, le Poulet d'Hermogène,
la Tête de Corbeau, le Lion vert et le Phénix.
--J'ai ouï dire, répondit mon bon maître, que ces noms désignaient la
pierre philosophale, à ses divers états. Mais je doute qu'il soit
possible de transmuter les métaux.
M. d'Astarac répliqua avec beaucoup d'assurance:
--Rien ne me sera plus facile, monsieur, que de mettre fin à votre
incertitude.
Il alla ouvrir un vieux bahut boiteux, adossé au mur, y prit une pièce
de cuivre à l'effigie du feu roi et nous fit remarquer une tache ronde
qui la traversait de part en part.
--C'est, dit-il, l'effet de la pierre qui a changé le cuivre en
argent. Mais ce n'est là qu'une bagatelle.
Il retourna au bahut et en tira un saphir de la grosseur d'un oeuf,
une opale d'une merveilleuse grandeur et une poignée d'émeraudes
parfaitement belles.
--Voici, dit-il, quelques-uns de mes ouvrages, qui vous prouvent
suffisamment que l'art spagyrique n'est pas le rêve d'un cerveau
creux.
Il y avait au fond de la sébile où ces pierres étaient jetées cinq ou
six petits diamants, dont M. d'Astarac ne nous parla même point. Mon
bon maître lui demanda s'ils étaient aussi de sa façon. Et
l'alchimiste ayant répondu que oui:
--Monsieur, dit l'abbé, je vous conseillerais de montrer ceux-là en
premier lieu aux curieux, par prudence. Si vous faites paraître
d'abord le saphir, l'opale et le rubis, on vous dira que le diable
seul a pu produire de telles pierres, et l'on vous intentera un procès
en sorcellerie. Aussi bien le diable seul pourrait vivre à l'aise sur
ces fourneaux où l'on respire la flamme. Pour moi, qui y suis depuis
un quart d'heure, je me sens déjà à moitié cuit.
M. d'Astarac sourit avec bienveillance et s'exprima de la sorte en
nous mettant dehors:
--Bien que sachant à quoi m'en tenir sur la réalité du diable et de
l'Autre, je consens volontiers à parler d'eux avec les personnes qui y
croient. Le diable et l'Autre, ce sont là, comme on dit, des
caractères; et l'on en peut discourir ainsi que d'Achille et de
Thersite. Soyez assurés, messieurs, que, si le diable est tel qu'on le
dit, il n'habite pas un élément si subtil que le feu. C'est un grand
contresens que de mettre une si vilaine bête dans du soleil. Mais,
comme j'avais l'honneur de le dire, monsieur Tournebroche, au capucin
de madame votre mère, j'estime que les chrétiens calomnient Satan et
les démons. Qu'il puisse être, en quelque monde inconnu, des êtres
plus méchants encore que les hommes, c'est possible, bien que presque
inconcevable. Assurément, s'ils existent, ils habitent des régions
privées de lumière et, s'ils brûlent, c'est dans les glaces, qui, en
effet, causent des douleurs cuisantes, non dans les flammes illustres,
parmi les filles ardentes des astres. Ils souffrent, puisqu'ils sont
méchants et que la méchanceté est un mal; mais ce ne peut être que
d'engelures. Quant à votre Satan, messieurs, qui est en horreur à vos
théologiens, je ne l'estime pas si méprisable à le juger par tout ce
que vous en dites, et, s'il existait d'aventure, je le tiendrais non
pour une vilaine bête, mais pour un petit Sylphe ou tout au moins pour
un Gnome métallurgiste un peu moqueur et très intelligent.
Mon bon maître se boucha les oreilles et s'enfuit pour n'en point
entendre davantage.
--Quelle impiété, Tournebroche, mon fils, s'écria-t-il dans
l'escalier, quels blasphèmes! Avez-vous bien senti tout ce qu'il y
avait de détestable dans les maximes de ce philosophe? Il pousse
l'athéisme jusqu'à une sorte de frénésie joyeuse, qui m'étonne. Mais
cela même le rend presque innocent. Car étant séparé de toute
croyance, il ne peut déchirer la sainte Église comme ceux qui y
restent attachés par quelque membre à demi tranché et saignant encore.
Tels sont, mon fils, les Luthériens et les Calvinistes, qui gangrènent
l'Église au point de rupture. Au contraire, les athées se damnent tout
seuls, et l'on peut dîner chez eux sans péché. En sorte qu'il ne nous
faut pas faire scrupule de vivre chez ce M. d'Astarac, qui ne croit ni
à Dieu ni au diable. Mais avez-vous vu, Tournebroche, mon fils, qu'il
se trouvait au fond de la sébile une poignée de petits diamants, dont
il semble lui-même ignorer le nombre et qui me paraissent d'une assez
belle eau? Je doute de l'opale et des saphirs. Quant à ces petits
diamants, ils vous ont un air de vérité.
Arrivés à nos chambres hautes, nous nous souhaitâmes l'un à l'autre le
bonsoir.
Nous menâmes, mon bon maître et moi, jusqu'au printemps une vie exacte
et recluse. Nous travaillions toute la matinée, enfermés dans la
galerie, et nous y retournions après le dîner comme au spectacle,
selon l'expression même de M. Jérôme Coignard; non point, disait cet
homme excellent, pour nous donner, à la mode des gentilshommes et des
laquais, un spectacle scurrile, mais pour entendre les dialogues
sublimes, encore que contradictoires, des auteurs anciens.
De ce train, la lecture et la traduction du Panopolitain avançaient
merveilleusement. Je n'y contribuais guère. Un tel travail passait mes
connaissances, et j'avais assez d'apprendre la figure que les
caractères grecs ont sur le papyrus. J'aidai toutefois mon maître à
consulter les auteurs qui pouvaient l'éclairer dans ses recherches, et
notamment Olympiodore et Photius, qui, depuis ce temps, me sont restés
familiers. Les petits services que je lui rendais me haussaient
beaucoup dans ma propre estime.
Après un âpre et long hiver, j'étais en passe de devenir un savant,
quand le printemps survint tout à coup, avec son galant équipage de
lumière, de tendre verdure et de chants d'oiseaux. L'odeur des lilas,
qui montait dans la bibliothèque, me faisait tomber en de vagues
rêveries, dont mon bon maître me tirait brusquement en me disant:
--Jacquot Tournebroche, grimpez s'il vous plaît à l'échelle et
dites-moi si ce coquin de Manéthon ne parle point d'un dieu Imhotep
qui, par ses contradictions, me tourmente comme un diable?
Et mon bon maître s'emplissait le nez de tabac avec un air de
contentement.
--Mon fils, me dit-il encore, il est remarquable que nos habits ont
une grande influence sur notre état moral. Depuis que mon petit collet
est taché de diverses sauces que j'y ai laissé couler, je me sens
moins honnête homme. Tournebroche, maintenant que vous êtes vêtu comme
un marquis, n'êtes-vous point chatouillé de l'envie d'assister à la
toilette d'une fille d'Opéra et de pousser un rouleau de faux louis
sur une table de pharaon; en un mot, ne vous sentez-vous point homme
de qualité? Ne prenez pas ce que je vous dis en mauvaise part, et
considérez qu'il suffit de donner un bonnet à poil à un couard pour
qu'il aille aussitôt se faire casser la tête au service du Roi.
Tournebroche, nos sentiments sont formés de mille choses qui nous
échappent par leur petitesse, et la destinée de notre âme immortelle
dépend parfois d'un souffle trop léger pour courber un brin d'herbe.
Nous sommes le jouet des vents. Mais passez-moi, s'il vous plaît, les
Rudiments de Vossius, dont je vois les tranches rouges bâiller là,
sous votre bras gauche.
Ce jour-là, après le dîner de trois heures, M. d'Astarac nous mena,
mon bon maître et moi, faire un tour de promenade dans le parc. Il
nous conduisit du côté occidental, qui regardait Rueil et le
Mont-Valérien. C'était le plus profond et le plus désolé. Le lierre et
l'herbe, tondus par les lapins, couvraient les allées, que barraient
ça et là de grands troncs d'arbres morts. Les statues de marbre qui
les bordaient souriaient sans rien savoir de leur ruine. Une Nymphe de
sa main brisée, qu'elle approchait de ses lèvres, faisait signe à un
berger d'être discret. Un jeune Faune, dont la tête gisait sur le sol,
cherchait encore à porter sa flûte à sa bouche. Et tous ces êtres
divins semblaient nous enseigner à mépriser l'injure du temps et de la
fortune. Nous suivions le bord d'un canal où l'eau des pluies
nourrissait les rainettes. Autour d'un rond-point, des vasques
penchantes s'élevaient où buvaient les colombes. Parvenus à cet
endroit, nous prîmes un étroit sentier pratiqué dans les taillis.
--Marchez avec précaution, nous dit M. d'Astarac. Ce sentier a ceci de
dangereux, qu'il est bordé de Mandragores qui, la nuit, chantent au
pied des arbres. Elles sont cachées dans la terre. Gardez-vous d'y
mettre le pied: vous y prendriez le mal d'aimer ou la soif des
richesses, et vous seriez perdus, car les passions qu'inspire la
mandragore sont mélancoliques.
Je demandai comment il était possible d'éviter ce danger invisible. M.
d'Astarac me répondit qu'on y pouvait échapper par intuitive
divination, et point autrement.
--Au reste, ajouta-t-il, ce sentier est funeste.
Il conduisait tout droit à un pavillon de brique, caché sous le
lierre, qui, sans doute, avait servi jadis de maison à un garde. Là
finissait le parc sur les marais monotones de la Seine.
--Vous voyez ce pavillon, nous dit M. d'Astarac. Il renferme le plus
savant des hommes. C'est là que Mosaïde, âgé de cent douze ans,
pénètre, avec une majestueuse opiniâtreté, les arcanes de la nature.
Il a laissé bien loin derrière lui Imbonatus et Bartoloni. Je voulais
m'honorer, messieurs, en gardant sous mon toit le plus grand des
cabbalistes après Enoch, fils de Caïn. Mais des scrupules de religion
ont empêché Mosaïde de s'asseoir à ma table, qu'il tient pour
chrétienne, en quoi il lui fait trop d'honneur. Vous ne sauriez
concevoir à quelle violence la haine des chrétiens est portée chez ce
sage. C'est à grand'peine qu'il a consenti à loger dans ce pavillon,
où il vit seul avec sa nièce Jahel. Messieurs, vous ne devez pas
tarder davantage à connaître Mosaïde, et je vais vous présenter tout
de suite, l'un et l'autre, à cet homme divin.
Ayant ainsi parlé, M. d'Astarac nous poussa dans le pavillon et nous
fit monter, par un escalier à vis, dans une chambre où se tenait, au
milieu de manuscrits épars, dans un grand fauteuil à oreilles, un
vieillard aux yeux vifs, au nez busqué, dont le menton fuyant laissait
échapper deux maigres ruisseaux de barbe blanche. Un bonnet de
velours, en forme de couronne impériale, couvrait sa tête chauve, et
son corps, d'une maigreur qui n'était point humaine, s'enveloppait
d'une vieille robe de soie jaune, éblouissante et sordide.
Bien que ses regards perçants fussent tournés vers nous, il ne marqua
par aucun signe qu'il s'apercevait de notre venue. Son visage
exprimait un entêtement douloureux, et il roulait lentement, entre ses
doigts ridés, le roseau qui lui servait à écrire.
--N'attendez pas de Mosaïde des paroles vaines, nous dit M. d'Astarac.
Depuis longtemps, ce sage ne s'entretient plus qu'avec les Génies et
moi. Ses discours sont sublimes. Comme il ne consentira pas, sans
doute, à converser avec vous, messieurs, je vous donnerai en peu de
mots une idée de son mérite. Le premier, il a pénétré le sens
spirituel des livres de Moïse, d'après la valeur des caractères
hébraïques, laquelle dépend de l'ordre des lettres dans l'alphabet.
Cet ordre avait été brouillé à partir de la onzième lettre. Mosaïde
l'a rétabli, ce que n'avaient pu faire Atrabis, Philon, Avicenne,
Raymond Lulle, Pic de la Mirandole, Reuchelin, Henri Morus et Robert
Flydd. Mosaïde sait le nombre de l'or qui correspond à Jéhovah dans le
monde des Esprits. Et vous concevez, messieurs, que cela est d'une
conséquence infinie.
Mon bon maître tira sa boîte de sa poche et, nous l'ayant présentée
avec civilité, huma une prise de tabac et dit:
--Ne croyez-vous pas, monsieur d'Astarac, que ces connaissances sont
extrêmement propres à vous mener au diable, à l'issue de cette vie
transitoire. Car enfin, ce seigneur Mosaïde erre visiblement dans
l'interprétation des saintes écritures. Quand Notre Seigneur mourut
sur la croix pour le salut des hommes, la synagogue sentit un bandeau
descendre sur ses yeux; elle chancela comme une femme ivre, et sa
couronne tomba de sa tête. Depuis lors, l'intelligence de l'Ancien
Testament est renfermée dans l'Église catholique à laquelle
j'appartiens malgré mes iniquités multiples.
A ces mots, Mosaïde, semblable à un dieu bouc, sourit d'une manière
effrayante et dit à mon bon maître d'une voix lente, aigre et comme
lointaine:
--La Mashore ne t'a pas confié ses secrets et la Mischna ne t'a pas
révélé ses mystères.
--Mosaïde, reprit M. d'Astarac, interprète avec clarté, non seulement
les livres de Moïse, mais celui d'Enoch, qui est bien plus
considérable, et que les chrétiens ont rejeté faute de le comprendre,
comme le coq de la fable arabe dédaigna la perle tombée dans son
grain. Ce livre d'Enoch, monsieur l'abbé Coignard, est d'autant plus
précieux qu'on y voit les premiers entretiens des filles des hommes
avec les Sylphes. Car vous entendez bien que ces anges, qu'Enoch nous
montre liant avec des femmes un commerce d'amour, sont des Sylphes et
des Salamandres.
--Je l'entendrai, monsieur, répondit mon bon maître, pour ne pas vous
contrarier. Mais par ce qui nous a été conservé du livre d'Enoch, qui
est visiblement apocryphe, je soupçonne que ces anges étaient, non
point des Sylphes, mais des marchands phéniciens.
--Et sur quoi, demanda M. d'Astarac, fondez-vous une opinion si
singulière?
--Je la fonde, monsieur, sur ce qu'il est dit dans ce livre que les
anges apprirent aux femmes l'usage des bracelets et des colliers,
l'art de se peindre les sourcils et d'employer toute sorte de
teintures. Il est dit encore au même livre, que les anges enseignèrent
aux filles des hommes les propriétés des racines et des arbres, les
enchantements, l'art d'observer les étoiles. De bonne foi, monsieur,
ces anges-là n'ont-ils pas tout l'air de Tyriens ou de Sidoniens
débarquant sur quelque côte à demi déserte et déballant au pied des
rochers leur pacotille pour tenter les filles des tribus sauvages? Ces
trafiquants leur donnaient des colliers de cuivre, des amulettes et
des médicaments, contre de l'ambre, de l'encens et des pelleteries, et
ils étonnaient ces belles créatures ignorantes en leur parlant des
étoiles avec une connaissance acquise dans la navigation. Voilà qui
est clair et je voudrais bien savoir par quel endroit M. Mosaïde y
pourrait contredire.
Mosaïde garda le silence et M. d'Astarac sourit de nouveau.
--Monsieur Coignard, dit-il, vous ne raisonnez pas trop mal, dans
l'ignorance où vous êtes encore de la gnose et de la cabbale. Et ce
que vous dites me fait songer qu'il pouvait se trouver quelques Gnomes
métallurgistes et orfèvres parmi ces Sylphes qui s'unirent d'amour aux
filles des hommes. Les Gnomes, en effet, s'occupent volontiers
d'orfèvrerie, et il est probable que ce furent ces ingénieux démons
qui forgèrent ces bracelets que vous croyez de fabrication
phénicienne. Mais vous aurez quelque désavantage, monsieur, je vous en
préviens, à vous mesurer avec Mosaïde sur la connaissance des
antiquités humaines. Il en a retrouvé les monuments qu'on croyait
perdus et, entre autres, la colonne de Seth et les oracles de
Sambéthé, fille de Noé, la plus ancienne des Sibylles.
--Oh! s'écria mon bon maître en bondissant sur le plancher poudreux
d'où s'éleva un nuage de poussière, oh! que de rêveries! C'en est
trop, vous vous moquez! et M. Mosaïde ne peut emmagasiner tant de
folies dans sa tête, sous son grand bonnet qui ressemble à la couronne
de Charlemagne. Cette colonne de Seth est une invention ridicule de ce
plat Flavius Josèphe, un conte absurde qui n'avait encore trompé
personne avant vous. Quant aux prédictions de Sambéthé, fille de Noé,
je serais bien curieux de les connaître, et M. Mosaïde, qui paraît
assez avare de ses paroles, m'obligerait en en faisant passer
quelques-unes par sa bouche, car il ne lui est pas possible, je me
plais à le reconnaître, de les proférer par la voie plus secrète à
travers laquelle les sibylles anciennes avaient coutume de faire
passer leurs mystérieuses réponses.
Mosaïde, qui ne semblait point entendre, dit tout à coup:
--La fille de Noé a parlé; Sambéthé a dit: "L'homme vain qui rit et
qui raille n'entendra pas la voix qui sort du septième tabernacle;
l'impie ira misérablement à sa ruine."
Sur cet oracle nous prîmes tous trois congé de Mosaïde.
Cette année-là, l'été fut radieux, d'où me vint l'envie d'aller dans
les promenades. Un jour, comme j'errais sous les arbres du
Cours-la-Reine, avec deux petits écus que j'avais trouvés le matin
dans la pochette de ma culotte et qui étaient le premier effet par
lequel mon faiseur d'or eût encore montré sa munificence, je m'assis
devant la porte d'un limonadier, à une table que sa petitesse
appropriait à ma solitude et à ma modestie, et là je me mis à songer à
la bizarrerie de ma destinée, tandis qu'à mes côtés, des mousquetaires
buvaient du vin d'Espagne avec des filles du monde. Je doutais si la
Croix-des-Sablons, M. d'Astarac, Mosaïde, le papyrus de Zozime et mon
bel habit n'étaient point des songes dont j'allais me réveiller, pour
me retrouver en veste de basin devant la broche de la _Reine
Pédauque_.
Je sortis de ma rêverie en me sentant tiré par la manche. Et je vis
devant moi frère Ange, dont le visage disparaissait entre son capuchon
et sa barbe.
--Monsieur Jacques Ménétrier, me dit-il, à voix basse, une demoiselle,
qui vous veut du bien, vous attend dans son carrosse sur la chaussée,
entre la rivière et la porte de la Conférence.
Le coeur me battit très fort. Effrayé et ravi de cette aventure, je me
rendis tout de suite à l'endroit indiqué par le capucin, en marchant
toutefois d'un pas tranquille, qui me parut le plus avantageux.
Parvenu sur le quai, je vis un carrosse avec une petite main posée sur
le bord de la portière.
Cette portière s'entr'ouvrit à mon approche, et je fus bien surpris de
trouver dans le carrosse mam'selle Catherine en robe de satin rose, et
la tête couverte d'un coqueluchon où ses cheveux blonds se jouaient
dans la dentelle noire.
Je restais interdit sur le marchepied.
--Venez là, me dit-elle, et asseyez-vous près de moi. Fermez la
portière, je vous prie. Il ne faut pas qu'on vous voie. Tout à l'heure
en passant sur le Cours, je vous ai vu chez le limonadier. Aussitôt je
vous ai fait quérir par le bon frère, que j'ai pris pour les exercices
du carême et que je garde près de moi depuis ce temps, car, dans
quelque condition où l'on se trouve, il faut avoir de la piété. Vous
aviez très bonne mine, monsieur Jacques, devant votre petite table,
l'épée en travers sur les cuisses, avec l'air chagrin d'un homme de
qualité. J'ai toujours eu de l'amitié pour vous, et je ne suis pas de
ces femmes qui, dans la prospérité, méprisent les amis d'autrefois.
--Eh! quoi? mam'selle Catherine, m'écriai-je, ce carrosse, ces
laquais, cette robe de satin....
--Viennent, me dit-elle, des bontés de M. de la Guéritaude, qui est
dans les partis, et des plus riches financiers. Il a prêté de l'argent
au Roi. C'est un excellent ami que, pour tout au monde, je ne voudrais
fâcher. Mais il n'est pas si aimable que vous, monsieur Jacques. Il
m'a donné aussi une petite maison à Grenelle, que je vous montrerai de
la cave au grenier. Monsieur Jacques, je suis bien contente de vous
voir en état de faire votre fortune. Le mérite se découvre toujours.
Vous verrez ma chambre à coucher, qui est copiée sur celle de
mademoiselle Davilliers. Elle est tout en glaces, avec des magots.
Comment va votre bonhomme de père? Entre nous, il négligeait un peu sa
femme et sa rôtisserie. C'est un grand tort chez un homme de sa
condition. Mais parlons de vous.
--Parlons de vous, mam'selle Catherine, dis-je enfin. Vous êtes bien
jolie, et c'est grand dommage que vous aimiez les capucins. Car il
faut bien vous passer les fermiers généraux.
--Oh! dit-elle, ne me reprochez point frère Ange. Je ne l'ai que pour
faire mon salut, et, si je donnais un rival à M. de la Guéritaude, ce
serait....
--Ce serait?
--Ne me le demandez pas, monsieur Jacques. Vous êtes un ingrat. Car
vous savez que je vous ai toujours distingué. Mais vous n'y preniez
pas garde.
--J'étais, au contraire, sensible à vos railleries, mam'selle
Catherine. Vous me faisiez honte de ce que je n'avais pas de barbe au
menton. Vous m'avez dit maintes fois que j'étais un peu niais.
--C'était vrai, monsieur Jacques, et plus vrai que vous ne pensiez.
Que n'avez-vous deviné que je vous voulais du bien!
--Pourquoi, aussi, Catherine, étiez-vous jolie à faire peur? Je
n'osais vous regarder. Et puis, j'ai bien vu qu'un jour vous étiez
fâchée tout de bon contre moi.
--J'avais raison de l'être, monsieur Jacques. Vous m'aviez préféré
cette Savoyarde en marmotte, le rebut du port Saint-Nicolas.
--Ah! croyez bien, Catherine, que ce ne fut point par goût ni par
inclination, mais seulement parce qu'elle prit pour vaincre ma
timidité des moyens énergiques.
--Ah! mon ami, croyez-moi, qui suis votre aînée: la timidité est un
grand péché contre l'amour. Mais n'avez-vous pas vu que cette
mendiante porte des bas troués et qu'elle a une dentelle de crasse et
de boue haute d'une demi-aune au bas de ses jupons?
--Je l'ai vu, Catherine.
--N'avez-vous point vu, Jacques, qu'elle était mal faite, et de plus
bien défaite?
--Je l'ai vu, Catherine.
--Comment alors aimâtes-vous cette guenon savoyarde, vous qui avez la
peau blanche et des manières distinguées?
--Je ne le conçois pas moi-même, Catherine. Il fallut qu'à ce moment
mon imagination fût pleine de vous. Et, puisque votre seule image me
donna le courage et la force que vous me reprochez aujourd'hui, jugez,
Catherine, de mes transports, si je vous avais pressée dans mes bras,
vous-même ou seulement une fille qui vous ressemblât un peu. Car je
vous aimais extrêmement.
Elle me prit les mains et soupira. Je repris d'un ton mélancolique:
--Oui, je vous aimais, Catherine, et je vous aimerais encore, sans ce
moine dégoûtant.
Elle se récria:
--Quel soupçon! vous me fâchez. C'est une folie.
--Vous n'aimez donc point les capucins?
--Fi!
Ne jugeant point opportun de trop la presser sur ce sujet, je lui pris
la taille; nous nous embrassâmes, nos lèvres se rencontrèrent, et je
sentis tout mon être se fondre de volupté.
Après un moment de mol abandon, elle se dégagea, les joues roses,
l'oeil humide, les lèvres entr'ouvertes. C'est de ce jour que je
connus à quel point une femme est embellie et parée du baiser qu'on
met sur sa bouche. Le mien avait fait éclore sur les joues de
Catherine, des roses de la teinte la plus suave, et trempé la fleur
bleue de ses yeux d'une étincelante rosée.
--Vous êtes un enfant, me dit-elle en rajustant son coqueluchon.
Allez! vous ne pouvez demeurer un moment de plus. M. de la Guéritaude
va venir. Il m'aime avec une impatience qui devance l'heure des
rendez-vous.
Lisant alors sur mon visage la contrariété que j'en éprouvais, elle
reprit avec une tendre vivacité:
--Mais écoutez-moi, Jacques: il rentre chaque soir à neuf heures chez
sa vieille femme, devenue acariâtre avec l'âge, qui ne souffre plus
ses infidélités depuis qu'elle est hors d'état de les lui rendre et
dont la jalousie est devenue effroyable. Venez ce soir à neuf heures
et demie. Je vous recevrai. Ma maison est au coin de la rue du Bac.
Vous la reconnaîtrez à ses trois fenêtres par étage, et au balcon qui
est couvert de roses. Vous savez que j'ai toujours aimé les fleurs. A
ce soir!
Elle me repoussa d'un geste caressant, où elle semblait trahir le
regret de ne point me garder, puis, un doigt sur la bouche, elle
murmura encore:
--A ce soir!
Je ne sais comment il me fut possible de m'arracher des bras de
Catherine. Mais il est certain que, en sautant hors du carrosse, je
tombai, peu s'en faut, sur M. d'Astarac, dont la haute figure était
plantée comme un arbre au bord de la chaussée. Je le saluai poliment
et lui marquai ma surprise d'un si heureux hasard.
--Le hasard, me dit-il, diminue à mesure que la connaissance augmente:
il est supprimé pour moi. Je savais, mon fils, que je devais vous
rencontrer ici. Il faut que j'aie avec vous un entretien trop
longtemps différé. Allons, s'il vous plaît, chercher la solitude et le
silence qu'exigé le discours que je veux vous tenir. Ne prenez point
un visage soucieux. Les mystères que je vous dévoilerai sont sublimes,
à la vérité, mais aimables.
Ayant parlé ainsi, il me conduisit sur le bord de la Seine, jusqu'à
l'île aux Cygnes, qui s'élevait au milieu du fleuve comme un navire de
feuillage. Là, il fit signe au passeur, dont le bac nous porta dans
l'île verte, fréquentée seulement par quelques invalides qui, dans les
beaux jours, y jouent aux boules et vident une chopine. La nuit
allumait ses premières étoiles dans le ciel et donnait une voix aux
insectes de l'herbe. L'île était déserte. M. d'Astarac s'assit sur un
banc de bois, à l'extrémité claire d'une allée de noyers, m'invita à
prendre place à son côté, et me parla en ces termes:
--Il est trois sortes de gens, mon fils, à qui le philosophe doit
cacher ses secrets. Ce sont les princes, parce qu'il serait imprudent
d'ajouter à leur puissance; les ambitieux, dont il ne faut pas armer
le génie impitoyable, et les débauchés, qui trouveraient dans la
science cachée le moyen d'assouvir leurs mauvaises passions. Mais je
puis m'ouvrir à vous, qui n'êtes ni débauché, car je compte pour rien
l'erreur où tantôt vous alliez tomber dans les bras de cette fille, ni
ambitieux, ayant vécu jusqu'ici content de tourner la broche
paternelle. Je peux donc vous découvrir sans crainte les lois cachées
de l'univers.
"Il ne faut pas croire que la vie soit bornée aux conditions étroites
dans lesquelles elle se manifeste aux yeux du vulgaire. Quand ils
enseignent que la création eut l'homme pour objet et pour fin, vos
théologiens et vos philosophes raisonnent comme des cloportes de
Versailles ou des Tuileries qui croiraient que l'humidité des caves
est faite pour eux et que le reste du château n'est point habitable.
Le système du monde, que le chanoine Copernic enseignait au siècle
dernier, d'après Aristarque de Samos et les philosophes
pythagoriciens, vous est sans doute connu, puisqu'on en a fait même
des abrégés pour les petits grimauds d'école et des dialogues à
l'usage des caillettes de la ville. Vous avez vu chez moi une machine
qui le démontre parfaitement, au moyen d'un mouvement d'horloge.
"Levez les yeux, mon fils, et voyez sur votre tête le Chariot de David
qui, traîné par Mizar et ses deux compagnes illustres, tourne autour
du pôle; Arcturus, Véga de la Lyre, l'Épi de la Vierge, la Couronne
d'Ariane, et sa perle charmante. Ce sont des soleils. Un seul coup
d'oeil sur le monde vous fait paraître que la création tout entière
est une oeuvre de feu et que la vie doit, sous ses plus belles formes,
se nourrir de flammes!
"Et qu'est-ce que les planètes? Des gouttes de boue, un peu de fange
et de moisissure. Contemplez le choeur auguste des étoiles,
l'assemblée des soleils. Ils égalent ou surpassent le nôtre en
grandeur et en puissance et, lorsque, par quelque claire nuit d'hiver,
je vous aurai montré Sirius dans ma lunette, vos yeux et votre âme en
seront éblouis.
"Croyez-vous, de bonne foi, que Sirius, Altaïr, Régulus, Aldébaran,
tous ces soleils enfin, soient seulement des luminaires? Croyez-vous
que ce vieux Phébus, qui verse incessamment dans les espaces où nous
nageons ses flots démesurés de chaleur et de lumière, n'ait d'autre
fonction que d'éclairer la terre et quelques autres planètes
imperceptibles et dégoûtantes? Quelle chandelle! Un million de fois
plus grosse que le logis!
"J'ai dû vous présenter d'abord cette idée que l'Univers est composé
de soleils et que les planètes qui peuvent s'y trouver sont moins que
rien. Mais je prévois que vous voulez me faire une objection, et j'y
vais répondre. Les soleils, m'allez-vous dire, s'éteignent dans la
suite des siècles, et deviennent aussi de la boue.
--Non pas! vous répondrai-je; car ils s'entretiennent par les comètes
qu'ils attirent et qui y tombent. C'est l'habitacle de la vie
véritable. Les planètes et cette terre, où nous vivons ne sont que des
séjours de larves. Telles sont les vérités dont il fallait d'abord
vous pénétrer.
"Maintenant que vous entendez, mon fils, que le feu est l'élément par
excellence, vous concevrez mieux ce que je vais vous enseigner, qui
est plus considérable que tout ce que vous avez appris jusqu'ici et
même que ce que connurent jamais Érasme, Turnèbe et Scaliger. Je ne
parle pas des théologiens comme Quesnel ou Bossuet, qui, entre nous,
sont la lie de l'esprit humain et qui n'ont guère plus d'entendement
qu'un capitaine aux gardes. Ne nous attardons point à mépriser ces
cervelles comparables, pour le volume et la façon, à des oeufs de
roitelet, et venons-en tout de suite à l'objet de mon discours. Tandis
que les créatures formées de la terre ne dépassent point un degré de
perfection qui, pour la beauté des formes, fut atteint par Antinoüs et
par madame de Parabère, et auquel parvinrent seuls, pour la faculté de
connaître, Démocrite et moi, les êtres formés du feu jouissent d'une
sagesse et d'une intelligence dont il nous est impossible de concevoir
l'étendue.
"Telle est, mon fils, la nature des enfants glorieux des soleils: ils
possèdent les lois de l'univers comme nous possédons les règles du jeu
d'échecs, et le cours des astres dans le ciel ne les embarrasse pas
plus que ne nous trouble la marche sur le damier du roi, de la tour et
du fou. Ces Génies créent des mondes dans les parties de l'espace où
il ne s'en trouve point encore et les organisent à leur gré. Cela les
distrait, un moment, de leur grande affaire qui est de s'unir entre
eux par d'ineffables amours. Je tournais hier ma lunette sur le signe
de la Vierge et j'y aperçus un tourbillon lointain de lumière. Nul
doute, mon fils, que ce ne soit l'ouvrage encore informe de quelqu'un
de ces êtres de feu.
"L'univers à vrai dire n'a pas d'autre origine. Loin d'être l'effet
d'une volonté unique, il est le résultat des caprices sublimes d'un
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