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eBook Title
Escal-Vigor
Author Language Character Set
Georges Eekhoud French ISO-8859-1


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-- Pardonnez-moi, Blandine, balbutia le maladroit... Vous savez

bien que nulle compagnie, nulle présence ne pourrait m'être plus
précieuse que la vôtre... Mais encore ne veux-je abuser de votre
abnégation... Après avoir sacrifié quelques-unes des plus belles
années de votre jeunesse à soigner ma vénérable aïeule, je ne puis
consentir à ce que vous vous enterriez là-bas, dans un désert,
avec moi; dans une situation fausse, exposée aux médisances de
rustres malveillants; je le puis d'autant moins aujourd'hui que
vous êtes libre, la chère défunte ayant essayé de reconnaître vos
dévoués services en vous assurant de quoi ne dépendre de
personne... Vous pourrez donc vous établir avantageusement...

Il allait ajouter «et trouver un mari», mais les yeux de plus en
plus éplorés de sa maîtresse lui firent sentir que cette parole
eût été abominable.

-- Oui, poursuivit-il en lui prenant les mains et en la regardant
de ces yeux énigmatiques dans lesquels il y avait à la fois du
malaise et de l'exaltation, vous méritez d'être heureuse, très
heureuse, ma bonne Blandine!... Car vous fûtes si affectueuse,
même meilleure que moi, son petit-fils, pour la morte bien
aimée... Ah! moi, je lui occasionnai bien des soucis, -- vous en
savez quelque chose, vous sa confidente, -- je la navrai bien
malgré moi, mais cruellement tout de même... Et peut-être par mon
caractère inégal et mes nombreuses frasques, ai-je hâté sa fin...
Mais crois-moi bien, Blandine, ce n'était pas de ma faute: non,
non, jamais je ne le faisais exprès... Il y avait autre chose, des
choses que personne, pas même toi, ne pourrait comprendre et
s'imaginer; la fatalité, l'inexplicable s'en mêlait...

Ici, son regard se fit plus nébuleux encore et, d'un revers de la
main, il s'essuyait la sueur du front, en regrettant sans doute de
ne pouvoir en même temps se débarrasser d'une image obsédante.

-- Tandis que vous, Blandine, ajouta-t-il, vous ne lui aurez été
que baume, sourire et caresse... Ah, laissez-moi, ma pauvre
enfant, c'est le moment de la séparation... Cela vaudra mieux pour
vous sinon pour moi...

Il se détournait tout bouleversé, lui-même prêt à pleurer, et
s'éloignait en faisant le geste de la repousser, mais elle
s'empara avidement de cette main qui se flattait de la bannir:

-- Vous ne le voudrez pas, Henry! s'écria-t-elle avec un accent de
supplication qui alla au coeur du jeune comte. Où m'en irais-je?
Après votre sainte aïeule, il ne me reste que vous à chérir. Vous
êtes ma raison d'être. Et surtout ne me parlez pas de sacrifice.
Les années que j'eus le bonheur de passer auprès de
Mme de Kehlmark n'auraient jamais pu être plus belles!... Je dois
tout à votre grand'mère, monsieur le comte!... Ô laissez-moi bien
humblement reporter sur vous la dette que j'ai contractée envers
elle... Vous aurez besoin d'un intendant, d'un administrateur pour
s'occuper de vos affaires, gérer votre fortune, diriger votre
maison... Vous entretenez de trop radieuses, de trop nobles idées
pour vous tracasser à tous ces détails prosaïques et matériels.
Compter, chiffrer, n'est pas votre fait; moi, c'est ma vie... Je
ne connais même que ça! Allons, monsieur l'artiste, (elle se
faisait adorablement câline) un bon mouvement, ne me renvoyez pas
cette fois-ci; consentez à me maintenir dans l'emploi que je
remplissais chez la comtesse... Si elle était ici, elle-même
intercéderait pour moi... À moins que vous ne songiez à vous
marier?

-- Me marier! se récria-t-il. Moi, me marier!

Impossible de se méprendre à l'intonation de ces paroles. Le comte
de Kehlmark devait être en effet réfractaire à tout pacte
conjugal.

Blandine parvint à peine à dissimuler sa joie; du rire traversait
ses larmes.

-- Eh bien, Henry, dans ce cas je ne vous quitte plus. Qui tiendra
votre grand château là-bas? Qui prendra soin de vous? Est-il
quelqu'un qui connaisse vos goûts mieux que moi et qui mette
autant de sollicitude à les flatter? Non, Henry, la séparation est
impossible... Vous ne pouvez pas plus vous passer de moi que je
pourrais me proscrire de votre présence... Tenez, même si vous
vous étiez marié, j'aurais voulu vivre à votre foyer dans l'ombre,
obscure, soumise, rien que votre humble servante... Oui, si vous
le désirez, je ne serai plus que votre fidèle factotum... Ah!
monsieur Henry, prenez-moi avec vous; vous verrez, je ne serai
guère encombrante, je ne vous importunerai pas de ma personne, je
m'effacerai autant que vous l'exigerez... D'ailleurs, je puis bien
vous le dire, Henry, c'était le voeu de votre grand'mère, gardez-
moi au moins, par égard pour la chère en allée...

Et, profondément remuée, Blandine éclata de nouveau en sanglots;
Kehlmark aussi se sentit ébranlé jusqu'au fond de l'âme.

Il attira doucement la jeune fille contre sa poitrine et la baisa
fraternellement sur le front.

-- Eh bien, qu'il soit fait selon ton désir! murmura-t-il, mais
puisses-tu ne jamais t'en repentir, ne jamais me reprocher ce
fatal consentement!

En prononçant ces dernières paroles, sa voix tremblait et
s'assourdissait comme sous la menace d'une inéluctable
catastrophe.


VIII

Avec Blandine, le comte de Kehlmark avait emmené à l'Escal-Vigor,
son seul domestique, le même qui l'accompagnait lors de l'accident
de voiture.

Thibaut Landrillon, fils d'un garde forestier ardennais, était un
courtaud trapu et solide, assez bien tourné. Ayant passé longtemps
par la caserne, il en gardait le type et les façons du
«fricoteur», du «casseur d'assiettes et de coeurs», comme il
disait en son jargon de corps de garde. Rond de visage, il avait
l'oeil brun, émerillonné aux moiteurs lubriques, un petit nez
carlin et frétillant de grosses lèvres de ce rouge de minium,
signe, à la fois, de cruauté et de sensibilité; un pinceau de
moustache, la virgule; les joues allumées par une menace de
couperose; de petites oreilles ourlées et poilues de satyre, les
cheveux drus et broussailleux, le parler gras et gouailleur, les
hanches roulantes, des jambes torses. Viveur de bas étage, il
cachait, sous une rondeur de surface, et un bagout bongarçonnier,
une âme rapace et trigaude.

Ses façons scurriles, ses sorties peuple et pimentées avaient
cependant le don d'amuser et de dérider le pensif et toujours
préoccupé, toujours tendu châtelain d'Escal-Vigor, à la façon dont
les clowns et les bouffons de cour trompaient et dissipaient
autrefois l'hypocondrie ou le latent remords d'un tyran. Paillard
vicieux ayant traîné dans les sentines de la débauche, palefrenier
des pieds à la tête, le moral aussi imprégné de fumier que sa
souquenille et ses bottes, ce garçon suintait l'esprit d'une fleur
de populace. Sa casquette sur l'oreille continuait à jouer le
bonnet de police du troupier. Toujours les mains au fond des
poches de la culotte, le brûle-gueule dans un coin de la bouche ou
la chique promenée d'une joue à l'autre; et s'entourant d'âcres
jets de salive ou de bouffées suffocantes dont semblait se
pimenter et se colorer son vocabulaire.

Aucun bienfait ne l'eût touché ou attendri. À l'égard de son
maître qui l'avait cependant ramassé dans la boue, en dépit d'une
cartouche jaune et de déplorables références, il entretenait
l'envie, le mauvais gré, la rancune du gueux contre le riche et du
bélître contre l'homme bien né, une hargne féroce dissimulée sous
une luronnerie de gavroche. Ses allures désintéressées masquaient
un effréné désir de jouissances triviales, car du luxe et de la
fortune, les tempéraments de cette trempe convoitent exclusivement
les sensations toutes physiques que peuvent se payer les
détenteurs de l'or. Quant aux plaisirs intellectuels que goûtait
Kehlmark, Landrillon les tenait pour autant de niaiseries.

Le comte accordait une grande tolérance à ce drôle. Il souriait à
lui entendre dégoiser ses équipées de batteur de bouges et de
coureur de mansardes. Où Landrillon se montrait particulièrement
impayable, c'était dans des charges de misogyne, dans des tirades
paradoxales et ravalantes contre un sexe, qui, à l'en croire, ne
lui avait cependant point ménagé ses complaisances.

Tant qu'ils avaient vécu à la ville, Landrillon ne logeait pas
chez la douairière, mais au-dessus des écuries reléguées à quelque
distance de la villa; Mme de Kehlmark n'ayant jamais pu s'habituer
aux grimaces de ce singe.

Maintenant le gaillard était bel et bien dans la place et, comme
on dit à la chambrée, s'il cachait son jeu, il avait du moins tiré
son plan. Pas souvent qu'il se contenterait toute sa vie de ces
grappillages et de ces carottes de domestique infidèle. Autrement
sérieux, les projets du groom! Si la rude Claudie ambitionnait de
devenir comtesse de Kehlmark, Landrillon, lui, s'était promis
d'épouser la gouvernante du château. Il va sans dire qu'il avait
deviné d'emblée la liaison entre Henry et Blandine; mais, pas
dégoûté du tout, il se contenterait parfaitement des restes du
maître. La majordome de l'Escal-Vigor représentait une gaupe assez
friande aux yeux de cet amateur, mais il l'épouserait surtout pour
l'amour de la «belle galette» qu'elle avait su soutirer à la
vieille. De son côté, notre bourreau des coeurs n'avait pas amené
non plus un mauvais numéro à la loterie des agréments naturels, et
de plus il possédait quelques économies rondelettes.

Toutefois, la décente Blandine ne laissait pas d'en imposer
quelque peu à cet épateur de souillons. C'est qu'elle ressemblait
à une vraie dame, la donzelle! Pour sûr qu'elle lui ferait
honneur, se prélassant derrière le zinc d'un bar fashionable et
sportif où se donneraient rendez-vous les bookmakers et les petits
jobards de la haute!

Mais il fallait commencer, mon garçon, par te faire bien venir de
la particulière. Jusque-là, partageant l'aversion de feu la
comtesse, elle ne lui avait témoigné qu'une sympathie bien
relative, mais Thibaut Croque-les-Coeurs n'était pas homme à se
laisser rebuter. D'ailleurs, rien ne pressait, il avait le temps.

Peut-être se leurrait-elle encore de quelque illusion matrimoniale
à l'endroit de Kehlmark? Thibaut fut assez étonné de la voir,
devenue rentière, accompagner Kehlmark à Smaragdis. C'est même ce
qui le décida à les y suivre.

«Malheur! se disait-il, si elle reste auprès du bourgeois, c'est
qu'elle se flatte de l'engluer. Fichu calcul pourtant. Le petit
semble en avoir pris tout son saoul! Des nèfles, qu'il
t'épousera!» -- «Mais, j'y suis, ruminait-il, un autre jour en se
tirant le nez ce qui, chez lui, était un signe de satisfaction, la
mâtine songe à arrondir sa pelote en prenant la direction du
ménage! Bon appétit! Nous ne nous en entendrons que mieux!»

Le drôle mesurait toute conscience à l'aune de la sienne. Ces
malins manquent totalement de flair lorsqu'il s'agit de découvrir
de nobles mobiles.

À l'Escal-Vigor, il résolut de pousser sa pointe sans plus
d'hésitation. L'ennui aidant, négligée par le Dykgrave,
Mme l'Intendante ouvrirait peut-être l'oreille avec un peu plus de
complaisance aux déclarations du galant cocher. Si la mijaurée
continuait à se retrancher derrière ses grands airs et à se draper
dans sa vertu, le gaillard se flattait d'arriver à ses fins par
d'autres arguments. À bout de patience et d'action persuasive, il
était bien décidé à la prendre par surprise et par la force. Où
serait le mal? Diantre, elle aurait pu rencontrer un mâle plus
refroidi. En fait d'avantages, le cocher se croyait au moins
l'égal de son maître. La belle ne perdrait point au change.

Kehlmark continuait donc à s'accommoder du ton et des façons de ce
loustic égrillard, sur le caractère et le fond duquel il s'était
totalement mépris. Le comte était même tenté de croire cette
licence et ce cynisme dictés par un excès de franchise, une
largesse de vue presque philosophique et analogue à ses propres
conceptions.

Henry avait été touché aussi par l'empressement avec lequel le
domestique avait consenti à quitter la capitale pour le suivre à
Smaragdis:

-- Eh bien, toi aussi, tu viendras te retirer avec moi sur ce
perchoir à mouettes, mon pauvre Thibaut! C'est gentil, ça!

Il était loin de se douter des ressorts de ce ruffian, et il
poussait même l'aveuglement jusqu'à assimiler sa fidélité et son
dévouement à ceux de la noble Blandine. Pour tout dire, il se
serait peut-être privé plus difficilement de la présence pétulante
et tortillée de ce pitre, que de la caresse et de la ferveur que
la jeune femme entretenait dans ses ambiances.

Par la suite on comprendra mieux pourquoi la gouaillerie, le
sarcasme perpétuel et les blasphèmes de ce larbin flattaient l'âme
amertumée du Dykgrave. On s'expliquera comment cette nature
aimante, subtile et passionnée toléra si longtemps le voisinage de
ce simple pourceau incapable de comprendre n'importe quel amour et
n'ayant eu, semblait-il, de rapprochements génésiques que dans une
atmosphère de lupanars et de triperies.



DEUXIÈME PARTIE
LES SACRIFICES DE BLANDINE


I

Le surlendemain de la crémaillère, le Dykgrave se rendit à la
ferme des Pèlerins. Il y arriva à cheval, précédé de trois beaux
setters Gordon, aboyants et poudreux. Le fermier qui retournait
une sole dans un champ voisin, jeta loin sa bêche, et n'eut que le
temps de passer sa veste par-dessus sa camisole de flanelle rouge;
mais la fille ne se donna point la peine de rabattre ses manches
sur ses bras qu'elle avait rouges et charnus. Tous deux
accoururent, essoufflés, à la rencontre du visiteur considérable
et, après les compliments de bienvenue, ils se mirent en devoir de
lui faire les honneurs de la ferme.

Michel Govaertz ne s'était point vanté. Tout l'établissement,
depuis le corps de logis jusqu'à la moindre dépendance, les
écuries, les étables, les celliers, la grange, la basse-cour,
trahissaient l'ordre, l'opulence et le gros confort.

Henry se montra de nouveau très empressé auprès de Claudie,
s'intéressant à l'économie de la ferme, se faisant donner des
explications par la fermière, s'arrêtant avec complaisance et sans
montrer le moindre ennui devant des réserves de pommes de terre,
de betteraves, de fèveroles ou de céréales qu'on lui montrait dans
des greniers torrides ou des réduits humides et noirs. Il tomba
plus d'une fois en arrêt devant certains travaux des gens de la
ferme, prisant beaucoup, par exemple, le geste de deux garçons de
charrue; l'un debout sur une charretée de trèfle, l'autre campé à
l'entrée de la grange et recevant sur sa fourche les bottes à
fleurs de sang que lui lançait son camarade. Le teint rissolé, des
yeux bleu de faïence, le sourire puéril de leurs grosses lèvres
démasquant de saines dentures, ils peinaient crânement et Claudie
les ayant hélés d'une voix gutturale et gaillarde, ils
redoublèrent de plastiques et suggestifs efforts. Elle les
stimulait à peu près comme elle eût flatté de vaillantes bêtes de
somme.

Kehlmark s'informa du jeune Guidon, mais d'un ton détaché et comme
par simple politesse pour la famille. Le vaurien devait être là-
bas, quelque part du côté de Klaarvatsch. Claudie désigna
l'horizon à l'autre bout de l'île d'un geste ennuyé, en haussant
les épaules, et s'empressa de détourner la conversation.

Claudie accaparait le visiteur et il semblait n'avoir d'attention
que pour elle, de regard que pour ce qu'elle lui montrait. Il
caressa, encouragé par son exemple, la croupe luisante des vaches;
il lui fallut goûter au lait fumant dont des trayeuses hommasses
remplissaient des jarres de terre brune. Dans une pièce voisine,
d'autres gothons battaient le beurre. La fadeur imperceptiblement
saurette écoeurait Henry, et il préféra respirer les senteurs
âcres de l'écurie où son cheval était en train de mastiquer du
trèfle nouveau en compagnie des robustes palefrois de la ferme. Au
jardin, elle lui cueillit un bouquet de lilas et de giroflées
qu'elle-même lui planta, non sans le palper, dans l'échancrure de
son gilet. «Il faudra revenir à la saison des fraises!» disait-
elle en se baissant sous prétexte de lui montrer les baies
mûrissantes, mais à la vérité pour le provoquer par les flexions
et les contours irritants de sa charnure.

-- Déjà midi! s'écria Kehlmark en tirant sa montre, comme l'heure
sonnait au clocher de Zoudbertinge.

Le fermier l'invita en riant à partager leur soupe rustique, mais
sans oser espérer qu'il accepterait.

-- Volontiers, dit-il, mais à condition de manger à la table des
gens et même de piquer au plat comme eux!

-- Quelle idée! se récria Claudie, pourtant flattée par ce sans-
façon. Cette condescendance lui paraissait même de nature à
rapprocher la distance du très urbain gentilhomme à une simple
fille de la glèbe.

-- Tout ce monde crève de santé! constata Kehlmark en embrassant
la tablée dans un regard circulaire. Ils sont aussi friands que ce
qu'ils dévorent, et leur mine ragoûtante ajoute au fumet de la
platée.

Selon l'usage, dans ces campagnes, les femmes servaient les hommes
et ne mangeaient qu'après ceux-ci. Elles apportèrent une sorte de
garbure au lard et aux légumes, dans laquelle Henry trempa, le
premier, sa cuillère d'étain. Ses voisins, les deux manoeuvres qui
avaient rentré les trèfles, l'imitèrent allégrement.

-- Et votre fils ne rentre-t-il pas dîner? demanda Kehlmark au
bourgmestre.

-- Oh, celui-là, il emporte chaque matin son pain et sa viande!
fut la réponse de Claudie.

Après le dîner, Henry s'éternisa. Claudie, persuadée qu'elle le
captivait à ce point, le promena encore sur les terres des
Govaertz. Adroitement, elle le renseignait sur leur fortune. Leurs
champs allaient jusque là-bas, plus loin que le moulin à vent.
«Tenez, à l'endroit où vous voyez ce bouleau blanc!» Elle donna à
entendre au Dykgrave qu'ils étaient fort riches déjà, sans les
espérances. Les deux soeurs de Michel, les deux vieilles bigotes,
quoique brouillées avec le bourgmestre, avaient cependant promis
de laisser leurs biens à ses enfants.

Kehlmark traîna tellement que le soir tombait quand il songea à
faire seller son cheval. Le comte espérait revoir le petit joueur
de bugle et au moment de se résigner à partir, il s'informa de
nouveau de lui: «Souvent il ne rentre qu'à la nuit, disait Claudie
en se renfrognant à la seule mention du gamin rebuté. Il lui
arrive même de coucher dehors. Ses moeurs de vagabond ne nous
inquiètent plus, père et moi. Nous n'en sommes pas autrement
surpris!»

Avec un serrement de coeur, le comte se représentait le petit gars
anuité dans la lande suspecte.

-- À propos, bourgmestre, dit-il au moment où le fermier lui
amenait son cheval, je veux faire partie de votre orphéon.

-- Faites mieux, monsieur le comte, soyez notre président, notre
protecteur.

-- C'est dit. J'accepte.

En songeant à Guidon, le comte s'était rappelé la sérénade de
l'avant-veille, et il se disait qu'il lui serait doux d'entendre
souvent cet air mélancolique et candide que jouait si bien le
petit pâtre.

Un pied dans l'étrier, il se ravisa encore; quelque chose lui
tenait au coeur. S'éloignerait-il avant de s'être ouvert sur le
véritable objet de sa visite?

-- Il est possible, se décida-t-il à dire timidement au fermier,
que votre fils ait de sérieuses dispositions pour la musique et le
dessin. Envoyez-le-moi... Peut-être y aura-t-il moyen d'en faire
quelque chose. Je veux tenter d'apprivoiser ce petit sauvage.

-- Monsieur le comte est bien bon! balbutia Govaertz, mais,
franchement, je crois que vous y perdrez votre peine. Le vaurien
ne vous fera aucun honneur.

-- Au contraire, monsieur le comte, enchérit la soeur du petit, il
ne vous vaudra que des affronts. Il ne tient à rien et à personne
ou plutôt il a des penchants et des inclinations bizarres; pensant
blanc quand les honnêtes gens pensent noir...

-- N'importe, je veux tenter l'expérience! reprit le comte de
Kehlmark en battant de sa cravache la poussière de ses bottes et
en mettant le moins d'expression possible dans sa voix. Puis, vous
l'avouerais-je, j'aime assez les tâches difficiles, celles qui
exigent quelque persévérance et même quelque courage. Ainsi j'ai
dompté et dressé pas mal de chevaux rétifs. Je vous confesserai
même, et ceci n'est pas à mon honneur, qu'il a suffi parfois de me
mettre au défi d'assumer une tâche, pour que je me sois engagé
dans l'entreprise. L'obstacle m'excite et le danger me grise. J'ai
la manie des gageures. En me confiant cette mauvaise tête, cet
indiscipliné, vous m'obligeriez, vrai... Tenez, ajouta-t-il, il se
peut que j'aille relancer le bonhomme dès demain en me promenant
du côté de Klaarvatsch. Je causerai avec lui et verrai ce qu'il
jauge...

-- Comme vous voudrez, monsieur le comte, dit Claudie. Dans tous
les cas, c'est nous faire bien de l'honneur. Nous vous en serons
même reconnaissants pour lui. Mais n'allez pas nous en vouloir si
le garnement ne profite pas de vos conseils et de vos soins.


Le jour suivant, le Dykgrave poussa jusqu'aux bruyères de
Klaarvatsch. Il eut bientôt avisé le petit gars dans un groupe de
polissons déguenillés, accroupis autour d'un feu de brindilles et
de racines sur lequel ils grillaient des pommes de terre. À
l'approche du cavalier, tous se mirent debout, et, à l'exception
de Guidon, coururent se blottir, effarés, derrière les
broussailles. Le jeune Govaertz, se faisant une visière de la
main, regarda bravement le comte de Kehlmark.

-- Ah, c'est toi, petit! l'interpella Kehlmark. Viens ici, veux-
tu, et tiens un instant mon cheval pendant que j'arrangerai mes
étriers?...

Le jeune homme approcha, confiant, et prit les rênes. Tout en
raccourcissant les courroies, opération qui n'était pour Henry
qu'un prétexte, un moyen de se donner une contenance, il
l'observait du coin de l'oeil, ne sachant comment entamer la
conversation, tandis que le gamin, de son côté, ne perdait pas un
de ses mouvements, et se sentait bizarrement troublé, appréhendant
et souhaitant à la fois ce qui allait se passer entre eux... Leurs
yeux se rencontrèrent et semblèrent se poser une poignante et
subtile interrogation. Alors Kehlmark, pour en finir, aborda le
petit, le prit par la main et le regardant jusqu'au fond des
prunelles, il lui rapporta non sans balbutier l'offre qu'il avait
faite la veille aux siens.

-- Tu comprends... Tu viendras tous les jours au château. Je
t'apprendrai moi-même à lire et à écrire, à dessiner, à peindre, à
brosser de grands tableaux comme ceux que tu admirais l'autre
soir. Et nous ferons aussi de la musique, beaucoup de musique! Tu
verras! Nous ne nous ennuierons point!

L'enfant l'écoutait sans mot dire, si ébaubi qu'il en avait l'air
hébété, la bouche ouverte, les yeux écarquillés et fixes, presque
hagard.

Le comte se tut, interloqué, croyant avoir fait fausse route, mais
continuant à le dévisager. Tout à coup Guidon changea de couleur,
son visage se contracta, il éclata d'un rire nerveux. En même
temps, au profond émoi de Kehlmark, il reculait et s'efforçait de
retirer sa main de la sienne; on aurait dit qu'il se rebiffait,
qu'il lui tardait de rejoindre ses petits camarades très amusés
par cette scène. Le comte, découragé, le lâcha.

Le petit sauvage prit son élan vers les autres vachers, mais il
s'arrêta court, cessa de rire, porta les deux mains devant ses
yeux, et se laissa choir dans l'herbe où il se vautrait, le corps
secoué par des sanglots, mordillant la bruyère, et entrechoquant
ses pieds nus.

Le comte, de plus en plus ahuri, courut le relever:

-- Pour l'amour du ciel, petit, calme-toi! Tu ne m'as donc point
compris! C'est à tort que tu t'alarmes. Je ne me pardonnerai
jamais de t'avoir fait de la peine. Au contraire, je voulais ton
bien. Je me flattais de mériter ta confiance, de devenir ton grand
ami. Et voilà que tu te mets dans cet état pénible! Mettons que je
n'ai rien dit! Sois tranquille... Je ne veux point t'enlever
malgré toi! Adieu...

Et le comte allait sauter en selle. Mais le jeune Govaertz se
redressa à moitié, se traîna à genoux, lui prit les mains, les
embrassa, les mouilla de larmes et éclata enfin, se soulagea en un
flux de paroles jaculatoires comme si, longtemps suffoqué, il
parvenait à se débonder:

-- Oh, monsieur le comte, pardon, je suis fou, je ne sais ce qui
m'arrive, ce qui se passe en moi; j'ai l'air d'être triste, mais
je suis trop heureux; je me sentais mourir de joie en vous
écoutant! Si je pleure, c'est que vous êtes trop bon... Et d'abord
je n'ai pas voulu croire... Vous ne vous moquez point, n'est-ce
pas? C'est bien vrai que vous me prenez chez vous?

Le Dykgrave, aussi attiré qu'il fût par cet impressionnable petit
paysan, n'avait pas cru rencontrer pareille nature amative. Il
l'habitua doucement à l'idée du bonheur qui allait être le sien,
et finit par le laisser ravi, la face illuminée de joie, après lui
avoir donné rendez-vous le lendemain même à l'Escal-Vigor.


II

Après cet accord, Guidon vint chaque jour au château. Kehlmark
s'enfermait de longues heures avec lui dans son atelier. Le jeune
paysan mit à s'instruire et à s'initier un zèle et une ardeur de
néophyte, dignes aussi de ceux d'un _creato_ ou apprenti des
maîtres de la Renaissance italienne. Pas de délassement comparable
pour tous deux à cette initiation. Guidon était à la fois le
modèle, le rapin et le disciple de Kehlmark. Quand ils étaient
fatigués d'écrire, de lire ou de dessiner, Guidon prenait son
bugle, ou bien, de sa voix grave comme l'airain, il chantait des
airs héroïques et primordiaux que lui avaient appris les pêcheurs
de Klaarvatsch.

Kehlmark ne parvenait plus à se passer de son élève et le faisait
appeler s'il tardait à venir. On ne les voyait jamais l'un sans
l'autre. Ils étaient devenus inséparables. Guidon dînait
généralement à l'Escal-Vigor, de sorte qu'il ne rentrait guère aux
Pèlerins que pour se coucher. À mesure que Guidon se
perfectionnait, s'épanouissait en dons exceptionnels, l'affection
intense de Kehlmark pour son élève devenait exclusive, même
ombrageuse et presque égoïste. Henry s'était réservé le privilège
d'être seul à former ce caractère, à jouir de cette admirable
nature qui serait sa plus belle oeuvre, à respirer cette âme
délicieuse. Il la cultivait jalousement, comme ces horticulteurs
effrénés qui eussent tué l'indiscret ou le concurrent assez
téméraire pour s'introduire dans leur jardin. Ce fut entre eux une
intimité suave. Ils se suffisaient l'un à l'autre. Guidon,
émerveillé, ne rêvait aucun paradis autre que l'Escal-Vigor. La
gloire, le souci d'être applaudi, n'intervenait en rien dans leur
activité d'artistes absolus.

Puis Kehlmark avait vu d'assez près la vie sociale et de surface
des soi-disant artistes. Il savait la vanité des réputations, la
prostitution de la gloire, l'iniquité du succès, les immondices de
la critique, les compétitions entre rivaux plus féroces et plus
abominables que celles des sordides boutiquiers.

Blandine, un peu défiante, avait accueilli cordialement ce
commensal du château. Heureuse de la félicité que le jeune
Govaertz procurait à Henry, elle lui faisait bon visage sans
parvenir toutefois à lui témoigner beaucoup d'expansion. Au fond,
sans éprouver une antipathie manifeste pour ce petit paysan, elle
dut être parfois meurtrie en ses fibres, en ses atomes crochus,
et, malgré son bon coeur, sa saine raison, sa grandeur d'âme, elle
eut sans doute de fréquents mouvements de dépit contre ce commerce
intellectuel si intime, cette étroite camaraderie, cette entente
parfaite des deux hommes. Elle alla même jusqu'à jalouser le
talent et le tempérament du jeune artiste, ces dons spirituels qui
le rapprochaient plus de l'âme de Kehlmark que tout son amour à
elle, simple femme, gardienne de son bonheur. La bonne créature ne
montrait rien de ces moments, si humains, de faiblesse, que sa
raison reprochait à son instinct.

Quant à Claudie, au début et même longtemps, elle ne fut
aucunement offusquée de cette grande faveur témoignée par le
Dykgrave au jeune Guidon. Elle y vit une façon pour le comte de
faire indirectement la cour à la soeur, en mettant le frère dans
ses intérêts. Sans doute Kehlmark ferait du petit pâtre le
confident de son amour pour la jeune fermière. «Il est trop timide
pour se déclarer directement à moi, se disait-elle; il s'en
ouvrira d'abord au petit, et il tâchera d'être édifié par lui sur
la nature de mes sentiments. Il a pris un assez piètre
intermédiaire. Mais il n'avait pas le choix. En attendant, cette
sollicitude que le comte témoigne à ce méchant polisson va plutôt
à moi!» Et, très infatuée, la rude fille se réjouissait de ce
commerce assidu entre le Dykgrave et le vaurien si longtemps
répudié, presque renié par les siens. Elle en arrivait même à se
départir de sa brusquerie et de sa hargne à l'égard de son puîné.
À présent elle le choyait, l'entourait d'égards, s'occupait de ses
vêtements, entretenait son linge, tous soins auxquels il n'avait
pas été habitué. Pour expliquer ce revirement, la mâtine avait mis
Govaertz dans la confidence de son grand projet matrimonial. Le
bourgmestre, non moins ambitieux, applaudit à ces hautes visées et
ne douta pas un instant de la réussite. À l'exemple de son enfant
préférée, il cessa de rudoyer et il ménagea son garçon.

Lorsque après quelques mois de soi-disant épreuve, le Dykgrave
déclara au bourgmestre qu'il se chargeait définitivement du
prétendu propre à rien, Claudie détermina Michel Govaertz à
accepter cette proposition.

Le bourgmestre, très vaniteux, avait un peu hésité parce que,
d'après ce qu'il comprenait, la situation de Guidon, au château,
serait celle d'un subalterne, d'un valet un peu au-dessus de
Landrillon, mais d'un valet tout de même.

Alors que, longtemps, sous son propre toit, il avait ravalé son
garçon en le reléguant au plus bas de son équipe de manouvriers et
qu'il lui avait confié les soins les plus vils de la ferme, sa
vanité paternelle eût souffert de le voir dépendre d'une autre
autorité que la sienne. Pour justifier son intervention, Kehlmark
leur avait soumis des dessins déjà très poussés du jeune apprenti,
mais pas plus que la fille, le père n'était capable d'apprécier
les promesses contenues dans ces premiers essais.

-- Acceptons les offres du Dykgrave, insistait Claudie,
rencontrant les objections paternelles. D'abord c'est un excellent
débarras pour nous. Puis, soyez bien convaincu, que le comte ne
s'empêtre de ce vaurien et ne l'attire que pour nous être
agréable, pour me témoigner sa sollicitude. Nous le
désobligerions, croyez-moi, en le contrariant dans ses bonnes
intentions à l'égard du petit. C'est une façon de m'ouvrir les
portes de l'Escal-Vigor. Entre nous, il ne fait sans doute aucun
cas de ce barbouilleur ou du moins s'exagère-t-il ses faibles
mérites...

Les premiers temps, quand, le soir, Guidon revenait du château,
elle l'interrogeait sur l'emploi de sa journée, sur ce qui se
passait à l'Escal-Vigor, sur les paroles et les allures du
Dykgrave. «Le comte s'est-il informé de moi? Que t'a-t-il raconté?
Il nous porte bien de l'intérêt, dis? Voyons, parle, ne me cache
rien. Pour sûr, il a dû t'avouer certain faible pour ta soeur?»

Guidon répondait évasivement, mais de manière à ne pas se
compromettre. En effet, le comte s'était informé d'elle comme de
son père et même des gens, voire des bêtes de la ferme. Mais sans
insister. À la vérité, Claudie défrayait fort peu les causeries du
maître et du disciple, tout entiers à leurs études et à leurs
travaux.

Guidon devint de plus en plus discret. Depuis leur première
conjonction, il avait voué à son protecteur une fidélité aussi
totale et aussi intense que celle de Blandine. À son affection
fanatique se joignait ce quelque chose d'aigu et de lumineux que
l'intelligence et la culture cérébrale ajoutent au sentiment.
Guidon, ce soi-disant fou, ce simple, ce mauvais rustre,
représentait une valeur morale dans un corps, un moule admirable
qui fortifiait et embellissait chaque jour.

Avec le tact, la seconde vue, cet instinct des natures aimantes,
il se douta de l'assotement de sa soeur pour le Dykgrave, mais il
pressentait aussi que jamais le comte ne la paierait de retour.
Guidon ne connaissait que trop sa soeur Claudie et il savait mieux
que pas un les abîmes de vulgarité et les incompatibilités totales
existant entre elle et Kehlmark.

L'élève en était même arrivé à se savoir préféré par son maître à
«madame l'intendante», à cette noble Blandine. Toujours est-il que
le comte semblait se préoccuper beaucoup plus de lui que de son
amante. Guidon s'enorgueillissait intérieurement de cette
prédilection dont il était l'objet, et, par ses prévenances pour
la jeune femme, on aurait dit qu'il voulait se faire pardonner la
part prépondérante qu'il prenait dans la vie de son maître.

Guidon devinait, sentait juste: Henry ne se révélait, ne se
livrait à fond qu'à son disciple. Avec les autres il se tenait sur
la réserve et ses paroles bienveillantes ne contractaient point la
caresse, l'onction et le velouté de ses épanchements auprès de son
protégé.

Jamais Blandine ne l'avait vu si enjoué, si radieux que depuis
qu'il s'était chargé de l'éducation et du sort de ce jeune va-nu-
pieds. Quelque déférent et empressé que celui-ci se montrât à
l'égard de la dame, il ne parvenait pas à dissimuler sa joie
d'être devenu le principal et constant souci du maître de l'Escal-
Vigor. Il n'y mettait point malice, non, il exultait naïvement,
s'attendrissait même sur la femme un peu délaissée, et, dans son
égoïsme d'enfant gâté, de néophyte, d'élu, il ne s'apercevait pas
du mutisme et de la réserve de Blandine, lorsque le comte le
retenait à dîner, ou des regards singuliers qu'elle leur lançait à
l'un et à l'autre quand ils conversaient en s'échauffant et en
s'exaltant, accouplés dans un même lyrisme, sans prendre garde à
la présence de ce témoin.

Les villageois de Zoudbertinge ne virent pas de mauvais oeil la
faveur particulière accordée par le Dykgrave au fils de Govaertz.

Aussi peu que le bourgmestre et sa fille ils croyaient au talent
et à la vocation du petit.

«C'est une bonne oeuvre et une charité, se disaient-ils. Le père
n'aurait rien su faire de bon de ce petit musard, farouche et
intraitable, ayant méprisé le travail autant que les distractions
des apprentis de son âge.»

Les patauds s'émerveillaient même que le comte fût parvenu à
retirer un semblant de service de ce gars qui n'avait jamais su
apprendre jusque-là qu'à jouer assez proprement du bugle.

D'ailleurs plus le maître et le disciple se chérissaient, plus
Kehlmark se montrait accueillant, généreux, même prodigue, faisant
largesse aux confréries d'agrément, multipliant les occasions de
cocagnes et de tournois gymnastiques.

Il institua des régates à la voile autour de l'île, où, monté avec
Guidon dans un yacht pavoisé à ses couleurs, il faillit l'emporter
sur les meilleurs matelots du pays. Il renouvela de ses deniers
les instruments de la ghilde Sainte-Cécile; assista assidûment aux
répétitions, aux sorties et aux repas de corps de cette confrérie
de jeunes gars; et il lui arriva même plus d'une fois, les belles
nuits d'été où le crépuscule et l'aube semblent se confondre,
après une veillée prolongée à grands renforts d'intermèdes
athlétiques et de pantalonnades d'entraîner toute la bande dans un
exode à travers l'île et de ne rendre les turlupins à leurs foyers
conjugaux ou paternels que le lendemain soir, après une
pittoresque caravane illustrée de saltations, de beuveries, de
ventrées et de prouesses galantes sous les chaumes et dans les
foins.
    
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