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-- Vous ne le voudriez pas pour gendre, ma mère...
-- Charogne! C'est toi qui conviens de son indignité!... Il est
donc si bas, ton galant, que nous, pouilleux, sommes trop propres
pour lui!... Mais il s'agit bien de mariage! Le gueux qui t'a
débauchée mangera plutôt de la prison, car tu es mineure quoique
nubile et précoce comme une chatte de gouttière!... Voyons, c'est
sans doute l'un de ces «pays de roses», l'un ou l'autre porcher
ivre qui t'aura efflanquée songeant à sa truie favorite?...
N'espère point le sauver car les juges lui arracheront bien un
aveu ou ses camarades finiront par le vendre!
Cette fois elle répondit avec feu et non sans pitié:
-- Non, ce n'est aucun des «pays de roses». C'est un pauvre, un
passant plus misérable que le plus infime d'entre eux; je ne l'ai
jamais vu auparavant et il n'est même point d'ici... Il était
triste, m'a-t-il semblé... Un de ceux auxquels on fait volontiers
l'aumône... je ne lui aurais rien refusé, et je ne savais même pas
avant ces derniers jours ce que je lui avais accordé...
-- Misérable hypocrite! Tu mens!
La furie appliqua de nouveaux soufflets à la fillette en la
sommant chaque fois de parler, puis, comme Blandine continuait à
se rebiffer, elle se mit à la battre des poings et des pieds.
Pour se donner du coeur, sous les coups, Blandine, un sourire aux
lèvres, se rappelait le grand garçon, au teint de bronze nouveau,
aux yeux tristes et implorateurs. Il lui était agréable d'endurer
quelque chose pour cet homme traqué et honni.
La marâtre la traînait par terre, exaspérée par cette sérénité.
Alors, indifférente à la douleur, opiniâtrée dans son dévouement,
Blandine se mit à chanter l'_Ave Maris Stella, _un des cantiques
du mois de mai. Puis, sous les coups qui continuaient à pleuvoir
sur elle, l'enfant se suggéra le bruit sec du van sur le genou
d'Ariaan. Défaillante, mais moralement, inébranlable, elle mêlait
les deux chants, le cantique religieux et la villanelle du
manoeuvre; et, fermant les yeux, elle confondit en un souvenir
fanatique les fumées de l'encens et la poussière s'élevant au-
dessus du van, les parfums de l'église et la sueur du rustre:
_Van!... Vanne!... Vanvarla!
Balle!... Vole! Vanci! Vanla!
Vanne!... Ave!... Maris!... Stella!_
La voyant tout en sang, la forcenée la traîna dans l'auge à porcs,
l'y enferma, et lui fit apporter par l'un des enfants une cruche
d'eau et un quignon de pain. Le lendemain, la maraîchère tenta de
revenir à la charge, mais elle eût succombé elle-même avant de
tirer de Blandine ce qu'elle voulait savoir.
De guerre lasse, la vertueuse paysanne fit entreprendre sa fille
par le curé.
Celui-ci fut paterne et patelin:
-- Qu'est-ce à dire, petite Blandine, me faut-il croire ce que
raconte votre digne mère? On fait la méchante tête!... On se
révolte. Après avoir fauté on refuse de dire son complice... Ah,
c'est mal, bien mal cela!
-- Mon père, j'ai avoué ma faute à ma mère et suis prête à vous la
confesser, mais la délation me répugne...
-- Tout beau, ma fille! Comme nous nous exaltons! Et si moi, votre
pasteur, j'estimais qu'il vous faut nous livrer le nom de ce
malfaiteur...
-- Je refuserais tout de même, monsieur le curé.
Et comme le prêtre, interloqué par cette insubordination, lui
lançait un regard dur, Blandine éclata en sanglots:
-- Oui, je refuserais, monsieur le curé, ce nom je ne le dirais
même pas au bon Dieu si sa providence l'ignorait! Cet homme est
déjà bien assez malheureux! Le nommer serait lui valoir une
nouvelle condamnation. On le retiendrait plus longtemps en prison
à cause de moi!...
La candide enfant avait été bien édifiée depuis ces derniers jours
sur les lois humaines et les conventions du juste et de l'injuste.
-- Mais, objecta le prêtre, vous l'aimez donc ce misérable!
-- Je ne sais si je l'aime, mais je ne le hais point.
-- Il vous a cependant fait du mal, mon enfant!
-- Peut-être... Je veux même le croire, puisque vous l'affirmez;
mais, monsieur le curé, n'est-il pas dit dans le catéchisme que
nous devons pardonner à nos ennemis, chérir jusqu'à ceux qui nous
haïssent!...
Le prêtre maugréa, mais n'insista point.
La paysanne, curieuse et salace, changeant de tactique voulut au
moins savoir si l'enfant avait été prise par violence.
Blandine, pour mieux dépister les limiers de justice et pallier la
faute du pauvre diable, prétendit ne pas avoir essayé de se
dérober à son attentat.
Mais un moment, la marâtre persistant à soupçonner l'un ou l'autre
«pays de roses», la pauvre Blandine avait éprouvé de douloureux
scrupules. En refusant de livrer le vrai coupable, n'exposait-elle
point ces braves gars à être inquiétés, condamnés peut-être?
Heureusement il leur fut facile, à tous, d'établir leur parfaite
innocence.
Les dignes garçons étaient extrêmement marris de l'aventure,
surtout celui qui s'était proposé de reconduire Blandine et qui
s'en voulait à présent de ne pas l'avoir accompagnée malgré elle.
Des fois aussi, la magnanime enfant entretint l'envie de se mettre
à la recherche de celui qui l'avait déshonorée, de celui qui
n'oserait pas réparer sa faute, non seulement parce qu'il avait
commis un crime aux yeux des hommes, mais parce qu'aux yeux de la
foule, la condition d'un bâtard et d'une fille-mère serait
préférable à celle du fils légal et de la compagne légitime du
voleur et du vagabond. Blandine de plus en plus exaltée se sentait
de taille à marcher à l'encontre de toute convention injuste,
religieuse ou sociale.
Depuis cette fatale SS. Pierre et Paul, une vocation de dévouement
et de sacrifice s'était déclarée lancinante et cruelle en son
coeur.
Elle était décidée, elle se rendrait à la prison. Elle verrait
Ariaan pour lui pardonner; elle le disculperait par un sublime
mensonge en s'accusant de s'être donnée à lui et de lui avoir
caché son âge. Formée comme elle l'était, Ariaan aurait pu croire,
de bonne foi, n'avoir séduit qu'une fille majeure. C'en était
fait. Elle accepterait d'être la femme du voleur, du repris de
justice...
Mais quel mystérieux pressentiment arrêta la jeune fille dans son
élan de charité et lui fit entendre que son heure n'était pas
encore venue, qu'un être bien autrement malheureux et anathème que
ce candide voleur de poules l'attendait quelque part?
Pourtant elle hésitait encore, de sourds combats continuaient à se
livrer en elle, lorsque l'événement rendit pour le quart d'heure
tout sacrifice inopportun: Blandine mit au monde un enfant mort.
Ce dénouement désarmait la vindicte paroissiale et coupait court
au scandale. La faute étant expiée de cette façon, même la marâtre
traita la pauvresse avec moins de barbarie. Les frères et soeurs
cessèrent de molester Blandine et de la tenir à l'écart comme une
bête puante. On accepta ses services et elle obtint la grâce de
pouvoir s'évertuer pour le bien de sa famille. À quelque temps de
là, sa mère mourut. Blandine, alors âgée de quinze ans, se montra
décidément de trempe héroïque, quoique toute simple. Elle prit le
gouvernement de la maisonnée, vaqua aux multiples besognes, fit
face à toutes les charges, dressa les enfants, n'eut de cesse
avant d'avoir placé avantageusement les uns et les autres, ceux-ci
en apprentissage, celles-là en condition. La vaillante petite mère
oeuvra si bien qu'elle se trouva mieux que réhabilitée. Le curé,
tout le premier, n'en revenait pas; à son admiration se mêlait une
espèce de stupeur. La vaillance et le caractère de cette mioche le
confondaient.
V
Vers cette époque la douairière de Kehlmark ayant renoncé à son
fastidieux train de maison et à son nombreux domestique pour se
retirer dans une coquette villa du faubourg noble de la capitale,
s'enquérait d'une personne de confiance tenant le milieu entre la
dame de compagnie et la camériste. Une de ses vieilles amies,
résidant l'été au village de Blandine, lui vanta à la requête même
du curé, cette courageuse fillette, sans omettre l'aventure dont
elle avait été autrefois victime. Il se trouva que cette
particularité des références était faite pour rallier à la
pauvresse les sympathies de la grand'mère d'Henry, qui l'engagea
aussitôt qu'elle se fut présentée.
Mais aussi quelle gentille et accorte villageoise! Elle embaumait
la santé et la droiture. Un galbe de statue grecque modernisé,
avifié par des joues roses; des yeux limpides et confiants, du
bleu saphir très clair; une bouche au pli gracieux et
mélancolique; les cheveux d'un blond cendre, un peu crespelés,
séparés en bandeaux sur un front d'ivoire immaculé. De taille
moyenne, admirablement prise, dans ses vêtements de paysanne, on
eût dit une fille de qualité déguisée en pastourelle.
De son côté, Blandine s'était sentie attirée par cette
septuagénaire de grande race, mais dépourvue de morgue ou
d'afféterie et qui n'eût pas été déplacée, par son large esprit
philosophique, au siècle de l'Encyclopédie et de Diderot. Femme de
généreuse culture et sans préjugés, si elle demeurait jusqu'à un
certain point entichée de la noblesse de naissance, c'est parce
qu'en se comparant aux parvenus qui l'entouraient, elle avait bien
été forcée de convenir de la supériorité des sentiments, du ton et
de l'éducation d'une caste de plus en plus réduite, et encore
mieux proscrite et abolie par la crasse des mésalliances
financières que par la guillotine et les septembrisades. Mais, en
revanche, elle considérait comme d'apanage vraiment aristocratique
ces hautes qualités de coeur et d'esprit qu'on rencontre à tout
échelon de la société; les posséder équivalait pour elle à des
lettres patentes et tenait largement lieu d'un arbre généalogique.
Malvina de Kehlmarck, née de Taxandrie, autrefois d'une beauté
que, vers 1830, les «almanachs des Muses» proclamèrent ossianique,
avait des yeux vifs, d'azur gris aux irisations de perle fine, des
boucles à l'anglaise, un nez busqué, des lèvres spirituelles; elle
était grande, sèche et nerveuse, avec un port de reine, ce que les
peintres appellent la ligne, encore solennisé par de traînantes
robes de velours ou de satin noirs, aux larges manches de
guipures, des bonnets à la Marie Stuart, une toilette opulente et
sévère que constellaient les escarboucles de ses bagues et de sa
broche; celle-ci, une tête de sphinx taillée dans un onyx et
coiffée d'un pschent de brillants et de rubis.
Chez cette maîtresse femme rien de pédant ou de collet monté; ni
prude, ni vulgaire; bonne sans mièvrerie, même avec brusquerie et
goguenardise, mais affectueuse, loyale, d'une sensibilité infinie;
nullement pharisienne, n'abhorrant que la trahison, la duplicité
et la bassesse d'âme.
Cette athée évangélique devait infailliblement s'accorder avec
cette chrétienne fort dissidente. La douairière se moquait sans
malice de ce qu'elle appelait les momeries de Blandine, mais ne la
contrariait en rien dans la pratique d'ailleurs très réduite de sa
religion. Par son humeur enjouée, optimiste, frondeuse,
Mme de Kehlmarck contrastait avec le caractère prématurément
réfléchi et trempé de cette jeune fille qu'elle surnommait sa
petite Minerve, sa Pallas Athénée.
La vieille dame s'amusa à l'instruire, et lui apprit à lire et à
écrire, si bien qu'elle en fit sa lectrice et son secrétaire.
Mais elle lui inculqua surtout une dévotion pour son petit-fils,
son Henry qui étudiait alors au Bodenberg Schloss, et dont
Mme de Kehlmarck disait naïvement à Blandine qu'il était son seul
préjugé, sa superstition, son fanatisme. Sans cesse elle
entretenait sa demoiselle de compagnie de ce petit prodige, de cet
enfant précoce et compliqué. Elle lisait et se faisait relire les
lettres du collégien, Blandine répondait à ces lettres, sous la
dictée de la grand'mère; mais très souvent elle trouvait, la
première, le mot et même le tour de phrase ému que cherchait la
vieille dame. Elle finit par écrire d'emblée toute l'épître,
d'après le canevas qu'elle demandait à sa maîtresse; et celle-ci
avouait que le style de Blandine était plus maternel encore que le
sien.
La douairière lui montrait aussi les portraits du jeune comte; et
les deux femmes ne se lassaient point de parcourir durant des
heures l'iconographie de leur fétiche: depuis un daguerréotype qui
le représentait, remuant bébé, un pied déchaussé, sur les genoux
de sa mère, jusqu'à l'épreuve la plus récente, montrant un premier
communiant fluet aux grands yeux trop fixes.
Au début, Blandine avait feint de s'intéresser à tout ce qui
concernait le petit Kehlmark et elle mettait elle-même l'entretien
sur lui, uniquement pour plaire à l'excellente femme et flatter sa
touchante sollicitude; mais, insensiblement, elle se surprit à
partager ce culte pour l'absent. Elle le chérissait profondément
avant de l'avoir jamais vu.
Par la suite on verra qu'il y eut dans cet attachement une
influence plus haute et plus providentielle qu'un simple phénomène
d'auto-suggestion.
«Qu'il doit être grand à présent! Et fort! Et beau!»
conjecturaient les deux femmes. Elles se le décrivaient
mutuellement, l'une apportant des retouches flatteuses à l'image
que l'autre se faisait de lui. Combien il tardait à Blandine de le
voir! Elle languissait même en l'attendant. Et voilà qu'une
sinistre nouvelle arriva de Suisse au moment des vacances qui
devaient le rendre à son aïeule: Henry était tombé malade. Jamais
Blandine n'avait connu pareilles transes. Elle aurait volé au
chevet du collégien si elle n'avait été retenue près de l'aïeule,
suspendue elle-même entre la vie et la mort tant que son petit-
fils ne fut hors de danger. Puis, quelle jubilation quand Blandine
apprit le rétablissement du jeune homme.
La perspective du retour au pays, de cet enfant tant choyé, ne
rendait pas Blandine la moins anxieuse des deux femmes. Elle
comptait les jours et, puérilement, les biffait sur un calendrier,
comme le collégien devait le faire là-bas.
Quand Henry sonna à la grille de la villa, ce fut Blandine qui lui
ouvrit. Elle crut voir un dieu. Tout son sang reflua vers son
coeur. Elle l'adora d'emblée, respectueuse, sans espoir intéressé,
sans ambition, pour lui-même, et comprit qu'en vivant toujours en
la présence du jeune Kehlmark, elle aurait tout son désir, tout le
but de ses aspirations. Plus tard, elle se rendit un meilleur
compte de ce qui s'était produit en elle dès cette première mais
décisive confrontation. Aussi, cette impression complexe ne
pourra-t-elle se définir que par les phases successives de ce
récit. En somme, Henry imposait étrangement à la pieuse Blandine.
Dans ce coup de foudre préparé par un véhément afflux de
sympathies, entrait un mélange de crainte, de navrance et
d'admiration, peut-être même un peu de cette pitié occulte que
nous éprouvons devant les choses rares, éphémères presque
incompatibles avec la vie conforme.
-- Ah, c'est mademoiselle Blandine, sans doute! La petite fée dont
bonne maman m'a fait un si chaleureux éloge! dit le jeune homme en
tendant la main à la camériste. Je vous suis bien, bien
reconnaissant de vos soins pour elle! ajouta-t-il avec un peu de
timidité.
Les deux jeunes gens ne tardèrent pas à se traiter sur un pied de
camaraderie. Sous des allures enjouées Blandine cacha le profond
et grave amour qui la possédait. Était-ce parce qu'elle se savait
acquise à Kehlmark pour la vie qu'elle ne recourut à aucun des
manèges par lesquels la femme s'attache un amoureux? Cette absence
de coquetterie contribua à mettre à l'aise cet adolescent timide
et quinteux, inapte aux façons galantes. Il y avait des jours où
il se montrait très empressé auprès d'elle; d'autres jours, il la
couvait de regards singuliers ou semblait l'éviter et même la
fuir.
Trois ans se sont écoulés. On est au mois de mai, aux approches de
la nuit. La douairière de Kehlmark dîne seule chez sa vieille
amie, Mme de Gasterlé, comme elle y est accoutumée tous les mois.
Blandine ira la reprendre chez cette dame au coup de dix heures.
Henry s'est retiré dans sa chambre où il travaille, -- où plutôt
il prétend travailler, car le moment et la saison incitent aux
imaginations, aux curiosités, aux énervements.
Par la fenêtre ouverte, le jeune comte entend les accordéons et
les orgues d'un faubourg ouvrier dont le séparent quelques
hectares de jardins de plaisance, distribués entre la villa de la
douairière et celles des voisins, et séparés par des haies vives.
Depuis plusieurs soirs, les bouffées dolentes des cuivres
fignolant le couvre-feu dans une caserne d'artillerie, située là-
bas aux confins du faubourg, parviennent à Kehlmark avec les
fanfares des lilas qui agitent leurs thyrses jusque sous sa
fenêtre.
On bâtit aussi dans le voisinage; le gros oeuvre sera demain sous
toit, et, tout le jour, le jeune patricien a entendu les maçons
tirer d'argentines musiques des briques qu'ils battent de leurs
truelles. Plusieurs fois, sollicité, il s'est penché au dehors, et
il a vu les manoeuvres blancs et fauves, poupins garçons de la
campagne, l'auget ou l'oiseau à l'épaule, inconscients
équilibristes, gravir les échafaudages et affronter les vertiges.
Parfois les feuillages les lui masquent, puis, brusquement, ils
émergent de la futaie, en dramatique relief de chair active sur le
bleu indifférent du ciel...
Pourquoi son coeur gonfle-t-il d'indicible nostalgie quand, après
le coucher du soleil, il leur voit passer le rustique sarrau bleu
par-dessus leurs nippes aussi barbouillées qu'une palette? Ce sera
pire encore après-demain, quand ils auront fini; leur activité
harmonieuse comme une orchestrique devenait une habitude flattant
ses yeux et il prévoit qu'ils lui manqueront, ces peinards; l'un
surtout, un alerte blondin, mieux équarri, plus cambré que les
autres, qui trouvait, sans les chercher, des coups de reins, de
jarret et d'épaules à désespérer un sculpteur. «Il y aura de ces
aides-maçons dérobés à leur décoratif métier par la caserne»,
songe Kehlmark en entendant les appels du clairon, peut-être les
leurs, expirer dans un friselis de feuilles et un remous de
fragrances. Manoeuvres, paysans, déracinés de leurs villages,
soldats casernés, villages désirés et lointains, clochers
lancinants qui vous trouent les coeurs en mal de pays: cette
association d'idées fugaces tourna chez Kehlmark en une capiteuse
suggestion rustique d'où se détacha tout à coup, symbolique,
l'image de Blandine, non point la Blandine d'à présent, mais la
petite paysanne telle qu'elle s'avoua rétrospectivement à lui, le
poète épris de force et de pleine nature.
-- Elle est là-haut à sa toilette! se dit-il, car l'heure approche
de rejoindre bonne maman.
Somnambulique, les yeux ivres de courses agrestes et d'étreintes
éperdues, il monte à la chambre de la petite.
Quoiqu'elle fût en chemise, Blandine n'eut qu'un frisson à peine
frileux devant cette intrusion. C'était comme si elle l'avait
attendu. Elle était en train de démêler sa luxuriante chevelure
flottant sur ses épaules et, embaumant la lavande et les
aromatiques herbages de son pays, elle se tourna vers lui avec un
confiant sourire. Il la prit par les mains, mais presque sans la
regarder, scrutant des absences, des au-delà, fermant même les
yeux pour sonder ces perspectives fuyantes, et il la poussa
soumise, sans une parole, vers le lit fraîchement refait. Elle,
frémissante et ravie, continuait à sourire et se donna comme à un
nouveau vagabond.
Pourquoi se rappelait-il, avant le spasme, l'accordéonie au
crépuscule, à travers les lilas en fleurs, et les jeunes
villageois tirant le sarrau bleu sur les feuilles mortes de leurs
hardes de travail? Était-ce parce que ces petits rustauds auraient
pu être du pays de l'amante? Glorieux, il communiait en elle toute
une humanité agreste; c'était la force, la saveur, le geste rude
et charnu, la chair de la glèbe, la sève villageoise qu'il aimait
en Blandine par ce soir nuptial. Cette fois et celles qui
suivirent, il la posséda dans l'idée des désirs qu'elle aurait
allumés chez de robustes manoeuvres ruraux, dans la ruée fauve,
fumeuse et dépoitraillée d'une priapée de kermesse...
Un moment, Blandine avait rencontré le regard de ses yeux
entr'ouverts. Quel abîme y découvrit-elle? L'abîme attire et
l'amour est fait d'une part de vertige. Sans s'abandonner à la
plénitude de la joie qu'elle avait espérée, sans se pâmer comme
dans la bruyère phosphorescente entre les bras du Roi des
Vanneurs, elle éprouva, du cerveau aux entrailles, une tendresse
plus tragique pour le jeune comte de Kehlmark. C'est qu'elle avait
surpris dans le regard d'Henry une angoisse infinie, dans son
étreinte le cramponnement d'un noyé, dans son baiser la
suffocation de l'assassiné qui appelle au secours.
Elle s'était livrée à lui, dominée par sa supériorité d'esprit;
elle mit toujours du respect et de l'humilité dans leurs rapports.
Ariaan, la brute saine et belle -- Blandine en avait la
conviction, à présent -- n'avait jamais été consumé d'affres
érotiques comparables à celles qui tisonnaient la chair et
l'imagination de ce jeune patricien, trop cérébral, trop
spéculatif.
Tout en l'adorant, elle l'approchait toujours avec une certaine
inquiétude: la petite mort du nageur au premier contact de l'eau.
Elle le trouvait singulier, fantasque, presque effrayant. Par
moments il dégageait la tristesse des paysages diffamés; il était
morne et glauque comme un canal traversant une banlieue encombrée
de gravats et de scories. Le crépuscule qui pesait, par
intermittences, sur ses pensées, passait comme une taie sur son
beau regard bleu. Au plus fort de ses accès de bonté et de
tendresse se produisirent des retours, des froids, de subits
recroquevillements. Des réactions continuelles écartelaient son
caractère. N'importe, dès la première apparition de Kehlmark, elle
s'était sentie en présence d'un être mystérieux en qui parlait une
voix inconnue dont elle resterait à jamais anxieuse; elle s'était
vouée à lui, sans espoir de salut, comme à un dieu qui la
reléguerait éternellement loin de son paradis, et quand elle le
regardait il y avait dans ses yeux à elle l'expression de ceux des
martyrs cherchant vainement à travers les nues le vol d'anges qui
tardent à venir les enlever. Et pourtant, elle ignorait encore les
rites et les pires épreuves de la religion d'amour à laquelle elle
s'était consacrée.
VI
Leur saison charnelle ne dura point. Quand leurs liens physiques
se furent relâchés, puis dissous, Blandine ne s'en affligea guère
et en fut à peine surprise. Pourtant elle l'aimait plus
passionnément que jamais, et elle lui gardait une idolâtre
reconnaissance de l'hommage qu'il lui avait rendu, s'estimant
heureuse et fière de son attachement.
La douairière avait soupçonné leur bonne entente, mais elle ignora
toujours jusqu'à quel point ils s'étaient aimés. Elle souriait à
cette affection, car elle s'habituait de plus en plus à considérer
Blandine comme sa petite-fille, comme la soeur, sinon la femme de
son Henry.
Mme de Kehlmark admirait, elle aussi, son petit-fils, mais lucide,
avertie par sa sollicitude même, elle le devinait exceptionnel
jusqu'à l'anomalie; quelque chose lui disait, à elle aussi, que le
jeune comte serait malheureux s'il ne l'était déjà. Elle
s'alarmait de cette promptitude, ou plutôt de cette inquiétude de
son génie. Il travaillait par boutades, s'enfermait dans sa
chambre, demeurait des semaines sans voir la rue, lisant, rimant,
composant des partitions, se saturant l'âme de Beethoven, Schumann
et Wagner, barbouillant des toiles, rangeant ses paperasses; puis,
à ces claustrations excessives, succédaient des périodes où il
éprouvait un besoin féroce de s'étourdir, où il se complaisait à
battre les quartiers interlopes, à courir les bouges à matelots et
à chaloupiers, se livrant à un noctambulisme effréné,
disparaissant durant plusieurs jours, passant des carnavals
entiers sans voir son lit, et lorsqu'il venait s'y abattre, à la
façon d'une épave échouée sur la grève ou d'un fauve pourchassé et
blessé qui a pu se traîner jusqu'à sa tanière, à bout, démoli,
c'était pour ne plus en sortir non plus de plusieurs jours et
dormir, dormir, et dormir encore!
On juge des transes par lesquelles passèrent les deux femmes. Le
plus souvent, elles ne savaient ce qu'il était devenu. En partant
pour ces caravanes, il se gardait de dire où il se rendait, tout
comme à son retour il se taisait sur l'emploi de son temps et la
nature de ses hantises. Comment concilier ces déportements avec la
ferveur filiale qu'il entretenait pour son aïeule! Au retour de
ces équipées, il pleurait comme un enfant, demandait pardon à la
bonne dame, mais, disait-il, c'était plus fort que lui; il lui
avait fallu ce changement, cette diversion tumultueuse; il avait
besoin de s'étourdir, de se griser de mouvement et de tapage pour
chasser le diable sait quelle préoccupation; car, sur celle-ci, il
refusait de s'expliquer. Ou bien il prétextait des maux de tête,
des névralgies, reste de sa grave maladie d'autrefois à la
pension.
Il lui arriva un jour, sur les instances de Mme de Kehlmark, de
conduire Blandine au bal le plus folâtre de la saison. Vers
l'aube, il l'entraîna, à la faveur du domino, dans des bastringues
de moindre étage, l'acoquina avec des masques de rencontre, lui
fit prendre sa part d'un plaisir canaille, dans des milieux qui
l'enivraient, lui, comme un mauvais alcool, mais sans lui procurer
la joie ou seulement l'illusion de la joie. On remarqua à la ville
qu'il ne frayait guère avec les gens de sa caste et qu'il
recherchait au contraire la camaraderie d'artistes et de lettrés
besoigneux ou même de parasites infimes. Réfractaire à l'étiquette
et au code mondain, il ne se montrait dans aucun salon.
Ses goûts et ses penchants offraient de bizarres contradictions.
Ainsi, le même dilettante acquéreur de rares estampes et amateur
de reliures de prix, collectionnait des défroques et des outils de
pauvres, des couteaux de matelot, de sordides tickets d'entrées de
bals faubouriens.
Après s'être montré d'une grande expansion, le jeune Kehlmark se
rencognait dans une contrainte farouche. Sa joie même était
désordonnée et une rauque intonation de voix en révélait parfois
la sombre arrière-pensée, au point que Blandine douta longtemps
qu'il eût connu un jour de véritable sérénité. Son plaisir
grimaçait, son rire grinçait. Il avait l'air de porter au dedans
de lui cette aigre fumée dont parle le Dante: _portando dentro
accidioso fummo._ Il semblait vouloir étouffer un mal secret,
imposer silence à l'on ne savait quel remords! Dans ses grands
yeux outre-mer, il y avait souvent de la provocation et de
l'offensive, mais lorsqu'il cessait de se composer un visage, ses
yeux s'inondaient de cette navrance sans bornes que Blandine y
avait surprise et qui l'avait conjurée pour la vie, cette navrance
comparable aux affres d'une bête acculée, d'un supplicié montant à
l'échafaud, ou mieux encore au regard à la fois sinistre et
sublime d'un Prométhée ravisseur du feu défendu.
Généreux jusqu'à la prodigalité, passionné pour les causes justes,
révolté par les vilenies de la multitude, sensible à l'excès, il
en arrivait à ne plus admettre la contradiction et à s'emporter
contre quiconque s'avisait de le contrarier. Ainsi, un jour que
Blandine voulait lui reprendre un gentil enfant de pauvres gens
venus en visite chez Mme de Kehlmark, et pour lequel Henry s'était
pris de tendresse, il s'oublia jusqu'à poursuivre son amie un
poignard à la main et jusqu'à la blesser à l'épaule... Une détente
se produisit aussitôt et, fou de désespoir, il se faisait horreur,
menaçant de tourner contre lui l'arme qu'il avait dirigée contre
Blandine.
Justement alarmée à la suite de cette alerte, la douairière lui
ménagea, à son insu, pour ne pas l'impressionner fâcheusement, une
entrevue avec un praticien célèbre, qui se rendit à la villa sous
prétexte de demander à Kehlmark un renseignement bibliophilique.
Le médecin étudia longuement le jeune homme, à la faveur d'une
causerie sur la littérature à base scientifique.
Ayant revu la comtesse, le docteur diagnostiqua une irritabilité
nerveuse dont ils s'ingénièrent vainement à découvrir la cause. À
tout hasard, il prescrivit un régime hydrothérapique, la natation,
l'escrime, le patinage, le cheval, et déclara, au surplus, n'avoir
découvert chez le sujet, aucune lésion organique, aucune tare
morbide. Au contraire, il prétendit n'avoir jamais rencontré plus
souple intelligence, jugement aussi sain, pareille élévation de
vues dans une nature plus vibrante; et il finit par féliciter
l'aïeule, en disant avec cette rude bonhomie professionnelle:
«Madame, ou bien je suis une parfaite ganache, ou ce jeune exalté
fera honneur à votre nom. Il a du génie, votre petit-fils; il est
de la trempe de ceux chez qui l'avenir recrute les artistes, les
conquérants ou les apôtres!» -- «Que n'est-il plutôt de la trempe
des élus du bonheur!» soupira la douairière, peu ambitieuse, mais
sensible pourtant à ces prédictions de gloire.
VII
En attendant que se vérifiassent ces brillants pronostics,
Kehlmark se remit donc à ces exercices gymniques dans lesquels il
avait excellé à la pension. Malheureusement, il apportait à ces
sports la fièvre, l'outrance qu'il mettait dans ses paroles et ses
actions. Il se complut en des prouesses de casse-cou, s'amusa à
traverser à la nage de trop larges rivières, à naviguer à la voile
par des temps houleux, à dresser des chevaux rétifs et vicieux. Un
jour, sa monture s'emballait et, le long de la voie ferrée,
galopait à la tête d'un train express, de front avec la
locomotive, jusqu'au moment où elle s'abattait, entraînant son
cavalier sous elle. Kehlmark en fut quitte pour une foulure. Une
autre fois, le même cheval, écouteux à l'extrême, attelé à un dog-
car prenait ombrage d'une brouette de maçon abandonnée au milieu
de la rue, et, après un écart effrayant, se livrait à une course
frénétique sur le square planté d'arbres, jusqu'à ce qu'il allât
se jeter, avec la voiture, contre un réverbère. Kehlmark et son
groom furent culbutés croupe par-dessus tête, mais se remirent
aussitôt sur leurs pieds sans une égratignure. Le cheval sortait
indemne de la collision. Quant à la voiture, défoncée et tordue,
un badaud, appâté par une gratification, se chargea de la rouler
jusque chez le carrossier. Un commerçant du quartier s'empressa de
mettre son cheval et sa voiture à la disposition de
M. de Kehlmark. La nuit allait tomber, la douairière attendait
Henry pour le dîner, et il était loin du logis. Le groom attira
l'attention de son maître sur l'extrême excitation du cheval, qui
pointait des oreilles et s'ébrouait encore tout frémissant, et lui
conseilla d'accepter l'offre de ce bourgeois. Mais le comte ne
consentit à emprunter que la voiture. La trop ardente bête fut
attelée à la voiture du notable. Kehlmark reprit les rênes, le
groom monta sur le siège non sans rechigner. Contre leur attente,
le cheval semblait calmé et prit une allure normale.
Mais en débouchant sur un viaduc non loin de la gare, ils
avisèrent, en contrebas de la rampe, une foule de monde ameuté
devant un train de pétrole qui flambait en projetant des flammes
hautes comme des maisons.
-- Attention, monsieur le comte, ça va lui reprendre! À votre
place, je ferais demi-tour! proposa Landrillon, le domestique.
Et il fit mine de vouloir descendre.
Mais Henry l'en empêcha en fouettant le cheval et en rendant les
rênes, de sorte que la bête effarée s'engagea au trot à travers la
cohue.
-- À la grâce de Dieu! avait dit le comte avec un sourire
dédaigneux.
Déjouant les prévisions alarmantes du valet, cet animal qu'un bout
de papier, qu'une feuille morte suffisait à apeurer traversa la
foule, trotta sans manifester la moindre panique au milieu du
crépitement des flammes, du sifflement de l'eau des pompes à
vapeur, des cris et du tumulte des spectateurs.
-- C'est égal, monsieur, nous l'avons échappé belle! dit
Landrillon lorsqu'ils eurent dépassé la zone critique.
Et il bougonnait, rancunier, entre ses dents:
«À des jeux pareils, il finira par laisser sa peau! C'est son
affaire, mais de quel droit risque-t-il la mienne, de peau?»
On aurait dit, en effet, que le comte cherchait des occasions de
se faire un malheur. De quelle peine pouvait-il bien être affligé
pour mépriser ainsi la vie que deux femmes aimantes s'efforçaient
de lui faire si radieuse et si douillette?
À présent, la comtesse et Blandine passaient par des angoisses
encore plus mortelles qu'autrefois. La pauvre aïeule espérait lui
concilier l'existence en satisfaisant ses fantaisies les plus
dispendieuses, mais du train qu'il menait, il finirait par se
ruiner de biens et de corps. «Que deviendra-t-il quand je n'y
serai plus? se demandait la digne femme. Il aura bien besoin d'une
compagne aimante et sage, d'une femme d'ordre, d'un ange gardien
au dévouement profond et absolu!»
Par un reste de préjugé, Mme de Kehlmark n'alla point jusqu'à
recommander le mariage à ceux qu'elle appelait ses deux enfants,
mais elle ne le leur aurait point déconseillé. Quand elle était
seule avec Blandine, elle lui exprimait ses appréhensions pour
l'avenir du jeune comte: «Il faudrait, disait-elle, une véritable
sainte, une égide à ce grand enfant illusionné pour le conduire
dans la vie, quelqu'un qui, sans l'arracher brutalement à ses
chimères, le mènerait tout doucement par la main dans les sentiers
de la réalité!»
Blandine promit du fond de l'âme à sa bienfaitrice de toujours
veiller sur le jeune comte et de ne se séparer de lui que s'il la
chassait. La douairière eût voulu rendre leur union indissoluble,
mais elle n'osa aborder ce sujet délicat avec Henry et lui faire
part de son voeu le plus cher. À force de se ronger le coeur, sa
robuste santé finit par s'altérer et son état s'aggrava de jour en
jour. Elle voyait approcher la mort avec cette fière résignation
puisée dans les écrits de ses philosophes préférés; elle l'aurait
même accueillie avec la joie que le travailleur, vaincu par la
fatigue d'une rude semaine, manifeste à l'idée du repos dominical,
si le sort de son cher garçon ne l'avait bourrelée d'angoisses.
Henry et Blandine se tenaient à son chevet, trompés par le calme
de la moribonde, et ne pouvant croire à l'imminence de la fin.
Il paraît que le voisinage de la mort prête aux agonisants le don
de seconde vue et de prophétie. La douairière de Kehlmark
entrevit-elle l'avenir scabreux de son petit-fils? Craignit-elle
de demander à Blandine d'associer irrévocablement sa destinée à
celle d'Henry? Toujours est-il qu'elle ne formula point son désir
suprême. Avec un sourire plein d'ineffable adjuration, elle se
borna à presser sacramentellement leurs mains réunies, et elle
passa, triste, non de mourir, mais d'abandonner ses enfants.
Par testament, elle laissait à Blandine une somme assez forte pour
assurer son indépendance et lui permettre de s'établir. Mais ne
l'eût-elle point promis à la morte tant vénérée, que la jeune
femme serait demeurée pour la vie avec Henry de Kehlmark.
Quand, quelques mois après la mort de l'aïeule, le comte, de plus
en plus dégoûté du monde banal et conforme, annonça à Blandine son
projet de s'installer à l'Escal-Vigor, loin de la capitale, dans
une île luxuriante et barbare, elle lui dit simplement:
-- Cela me convient parfaitement, monsieur Henry.
Malgré leur intimité, il était rare qu'elle ne fît précéder le nom
du jeune homme de cette appellation respectueuse.
Kehlmark, n'ayant sondé encore l'affection absolue qu'elle lui
vouait, s'était imaginé qu'elle profiterait des libéralités de la
défunte pour retourner en son pays natal de Campine et s'y mettre
en quête d'un épouseur sortable.
-- Que veux-tu dire? lui demanda-t-il, intimidé par l'air de
douloureuse surprise qui avait envahi le visage de la jeune femme.
-- Avec votre permission, monsieur Henry, je vous suivrai partout
où vous jugerez bon de vous fixer, à moins que ma présence ne vous
soit devenue importune...
Et des larmes de reproche tremblaient à ses cils, quoiqu'elle fît
un effort pour lui sourire comme toujours.
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