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rebroussant chemin et en se hâtant de descendre l'escalier
d'honneur, heureux, semblait-il, de cette diversion contre
laquelle pestait intérieurement la rusée Claudie.
Les Govaertz et les autres invités le suivirent en bas dans la
vaste orangerie dont on avait ouvert sur l'ordre de la toujours
invisible Blandine, les larges portes vitrées.
Les musiciens de la Ghilde se sont formés en demi-cercle au pied
du perron.
Ils soufflent à pleins poumons dans les tubes à larges pavillons
et martèlent en conscience la peau d'âne des caisses.
Tous portaient, à quelques variantes près, le costume pittoresque
des gars du pays. Chez beaucoup, l'accoutrement, élimé et même
rapiécé, contractait plus de patine et de ragoût que les nippes
trop neuves des convives. Il y en avait de franchement débraillés,
sans veste, en manches de chemise, la vareuse dégageant leur col
robuste jusqu'à la naissance des pectoraux.
C'étaient presque tous de grands et fermes garçons, des bruns bien
découplés, recrutés dans toutes les castes de l'île, dans les
fermes de Zoudbertinge aussi bien que dans les taudis de
Klaarvatsch. La Ghilde, d'essence très démocratique, fondait les
fils de notables avec la progéniture mâle des pillards d'épaves et
des coureurs de grèves.
Les plus jeunes de ces petits-fils de naufrageurs, des gamins aux
cheveux ébouriffés, aux yeux brillants mais farouches, à la figure
brunie comme celle des anges du Guide, déjà membrus, le pantalon
tenu par des cordes d'étoupe en guise de bretelles, et finissant
aux genoux par des déchiquetures ornées d'épines et de feuilles
mortes, remplissaient, moyennant quelques deniers de pourboire,
l'office de porteurs de torches. Et sous prétexte de raviver
l'éclat du luminaire, mais à la vérité pour s'amuser, à tout bout
de champ ils retournaient leurs falots et aspergeaient le sol des
langues enflammées de la résine qu'ils trépignaient ensuite pour
les éteindre, sans crainte de brûler leurs pieds nus dont la
plante était devenue dure comme la corne.
En l'honneur du Dykgrave, la Ghilde Sainte-Cécile joua de très
vieux airs du pays, qui contractaient une indicible patine
harmonique dans la tiédeur parfumée de ce soir. Un, surtout, navra
et surprit délicieusement Henry par sa mélodie plaintive comme le
jusant, la rafale sur la bruyère et les ahanements onomatopiques
des diguiers enfonçant des pilotis. Ces manoeuvres, ou plutôt
leurs chefs d'équipe, le chantent en effet pour donner du coeur à
leurs hommes pendant le travail. Attelés chacun à une corde,
simultanément ils guindent en l'air le lourd mouton et le laissent
retomber. Les jambes se tendent, les torses se prosternent, et les
croupes se redressent en cadence. On entend aussi cet air à bord
des sloops de pêche. Des marins prennent leur instrument avec eux
et, par leurs rhapsodies et leurs bucoliques, ils trompent les
heures parfois mornes et les calmes plats du large, accordant leur
plainte et leur langueur au rythme haletant des vagues.
Un des gars, élève de l'école de musique d'Upperzyde, avait
transcrit ce chant pour fanfare. Le petit bugle stridait cette
mélopée modulante et un peu rauque, sur un accompagnement de tubas
et de trombones évoquant la basse profonde des flots.
Kehlmark considéra le joueur de bugle, un adolescent mieux
découplé et plus élancé que les compagnons de son âge, aux reins
cambrés, au teint d'ambre, aux yeux de velours sous de longs cils
noirs, à la bouche charnue et très rouge, aux narines dilatées par
de mystérieuses sensualités olfactives, aux cheveux noirs plantés
drus, avantageusement moulé dans son méchant costume qui adhérait
à ses formes comme leur pelage aux membres élastiques des félins.
Le corps doucement balancé et tortillé semblait suivre les
ondulations de la musique et exécutait sur place une danse très
lente, comparable au frémissement des trembles, par ces nuits
d'été où la brise se réduit à la respiration des plantes. La
sculpturale cambrure de ce jeune rustre qui joignait le relief
musculaire de ses pareils à l'on ne sait quel souci de la ligne,
rappelait précisément à Kehlmark le _Joueur de chalumeau_ de Frans
Hals. Cet éphèbe lui représentait un merveilleux tableau vivant
d'après la toile du musée d'Upperzyde. Son coeur se serra, il
retint sa respiration, en proie à une ferveur trop grande.
Michel Govaertz s'étant aperçu de l'attention accordée par le
Dykgrave au jeune soliste, profita de la pause qui suivit pour
aborder celui-ci et l'amener assez brutalement par l'oreille, au
risque de la lui meurtrir, auprès de Kehlmark.
Rien ne rendrait l'expression à la fois piteuse, effarouchée et
extatique du petit sonneur de bugle brusquement confronté avec le
Dykgrave. Il semblait que dans ses yeux et sur sa bouche se
concentrassent toute la sublime détresse d'un martyr.
-- Monsieur le comte, voilà mon fils Guidon, le vaurien dont je
vous parlais tout à l'heure, ricana le bourru en faisant pivoter
le gamin sur lui-même; voilà le compagnon des sacripants de
Klaarvatsch, un fieffé paresseux, une mauvaise tête qui réunit
peut-être toutes les qualités de gosier des pinsons et des
alouettes, mais qui ne possède aucun des mérites que j'espérais
rencontrer chez un garçon de mon sang. Ah! rêvasser, siffloter,
roucouler dans le vide, béer aux mouettes, s'étendre sur le dos ou
se vautrer au soleil, comme les phoques sur un banc de sable,
voilà qui lui convient!... Figurez-vous que depuis sa naissance il
ne nous a encore été d'aucune utilité. Comme il ne nous aidait en
rien à la ferme, j'avais songé à en faire un matelot et je
l'embauchai comme mousse sur une barque de pêche... Bernique!
Après trois jours, un bateau qui rentrait au port nous l'a
ramené... Au milieu de la manoeuvre, il s'arrêtait court pour
regarder les nuages et les vagues... Sa négligence et son
étourderie lui valurent plusieurs dures corrections, mais les
coups n'avaient pas plus raison de ce méchant mousse, que les
remontrances et les exhortations. De guerre lasse, il m'a bien
fallu le reprendre et le mettre à une besogne d'endormi: il garde
les vaches et les moutons dans les landes de Klaarvatsch, avec ces
petits pouilleux qui portent ce soir les torches de la Ghilde...
Bâti comme vous le voyez, monsieur, n'est-ce pas une honte? Et
pleurnichard! Ça se met à braire, ça se trouve mal quand on tue un
porc à la kermesse ou quand le boucher passe la craie rouge sur le
dos des ouailles à convertir en gigots!... Guidon, c'est une fille
manquée... Mon vrai garçon, c'est notre Claudie... En voilà une
qui abat de la besogne!...
-- C'est dommage, il a pourtant l'air bien intelligent! remarqua
le Dykgrave, avec autant d'indifférence que possible. Et c'est
qu'il joue adorablement du bugle. Que n'en faites-vous un musicien
pour de vrai!
-- Ah ben ouiche! Vous vous moquez, monsieur le comte. Il est
incapable de s'appliquer à quoi que ce soit de profitable. Ma
parole, pour m'en débarrasser, j'ai déjà voulu le livrer à des
saltimbanques. Peut-être eût-il fait un bon pitre? En attendant,
il ne me vaut que des dégâts et des affronts. Ainsi ne s'est-il
pas avisé de barbouiller de charbon les murs fraîchement blanchis
de la ferme, sous prétexte de représenter nos bêtes!
-- Aurait-il aussi des dispositions pour la peinture? proféra d'un
air ennuyé Kehlmark, qui alla même jusqu'à prendre la contenance
de quelqu'un qui réprime un bâillement.
Les camarades de Guidon faisaient cercle autour des Govaertz et de
Kehlmark, s'amusant de la confusion du petit pâtre mis ainsi sur
la sellette par son propre père. Les drilles se trémoussaient, se
donnaient l'un à l'autre du coude dans les reins, soulignant, par
des rires et des murmures, les doléances que le bourgmestre
faisait sur son fils.
Avec Guidon, Henry se sentait le point de mire de tous ces
narquois. Claudie couvait son frère de regards durs et
malveillants. Henry devina que le bourgmestre ravalait et décriait
ainsi son garçon pour flatter Claudie, sa préférée. Entre cette
fille rude, presque hommasse, et ce petit paysan plutôt affiné,
l'incompatibilité devait être crispante à l'extrême. Perspicace,
Henry se suggéra de violentes querelles au foyer des Govaertz, et
il en eut le coeur singulièrement étreint. Au surplus Claudie lui
parut visiblement agacée de l'attention témoignée par le Dykgrave
à cet enfant répudié, mis au ban, vivant presque en marge de la
famille.
-- Écoutez, bourgmestre, nous en reparlerons! reprit Kehlmark.
Peut-être y aura-t-il moyen de faire quelque chose de ce
fantaisiste!
Paroles bien évasives et qui n'engageaient à rien, mais en les
prononçant Henry ne put se défendre de tourner un instant les yeux
vers le pastoureau, et dans ce regard celui-ci lut ou du moins
crut lire un engagement bien plus sérieux que celui contenu dans
les termes mêmes. Le pauvret en ressentit une joie pleine
d'espérance et de balsamique augure. Jamais on ne l'avait regardé
ainsi, ou plutôt jamais il n'avait lu tant de bonté dans une
physionomie. Mais le jeune réfractaire se trompait sans doute! Le
comte aurait été bien fou de s'intéresser à un paroissien si
fallacieusement recommandé par le fermier des Pèlerins. Qui
songeait encore à s'empêtrer de ce sauvageon, de cette mauvaise
graine?
-- Pourvu que Claudie ne lui dise point trop de mal de moi!
songeait le petit berger, souffrant de voir le Dykgrave entraîné
et pris à l'écart par la terrible soeur. Mais Kehlmark se retira
pour donner des ordres à Blandine. On servit à boire aux
musiciens. Lorsque le comte revint trinquer avec eux, comment se
fit-il qu'il omit de choquer son verre contre celui que lui
tendait -- oh si dévotement! -- le fils du bourgmestre Govaertz?
Celui-ci en éprouva un moment de tristesse, mais se reprit
aussitôt à commenter le regard caressant de tout à l'heure. Il
s'écarta des buveurs pour errer dans les salons et admirer à son
tour les tableaux. Occupé ostensiblement à courtiser la
plantureuse Claudie, Henry observait souvent à la dérobée le jeune
bugle de la Ghilde. Il surprit l'expression à la fois réfléchie et
extatique du petit devant _Conradin et Frédéric, _auxquels la
soeur n'avait accordé tout à l'heure qu'une attention de liseuse
de causes et de supplices célèbres.
À pleins verres, le Dykgrave avait fait raison aux rudes donneurs
de sérénades. Il leur sembla même un tantinet éméché, ce qui
n'était point fait pour les choquer, eux les indigènes de
Smaragdis, solides buveurs comme tous ceux du Nord.
La compagnie, en appétit d'exercice, se répandit dans les jardins
et sur la plage qui retentirent de lourds ébats et de clameurs
luronnes. Le hourvari effara même un couple de mouettes dans les
arbres de la Digue, et Kehlmark, qui se promenait avec Claudie sur
la terrasse du côté de la mer, vit quelque temps les bestioles
tournoyer avec des cris lamentables autour de la lanterne du phare
et leur accorda un effluve de poétique commisération, dont sa
compagne ne se douta pas un instant. Quelle corrélation
s'imaginait-il exister entre leur sauvagerie et ses propres
angoisses? Puis il se remit à débiter des propos badins à la fille
du bourgmestre.
Cependant les confrères de la Ghilde réclamaient leur petit bugle,
et comme il s'éternisait dans les appartements, devant les
peintures, ils s'en furent le relancer et l'entraînèrent, quoi
qu'il en eût, au fond du parc. Henry s'exagéra sans doute leurs
dispositions taquines à l'égard du jeune Govaertz, car, avec
Claudie, il se porta, étrangement sollicité, du côté de leurs
groupes turbulents. Son approche les intimida et coupa court aux
brimades qu'ils allaient exercer sur leur souffre-douleur.
Toutefois, une sorte de pudeur ou de respect humain empêchait
Kehlmark d'intervenir directement en faveur de son protégé; il se
détournait de lui et s'abstint même de lui adresser la parole;
mais en batifolant avec Claudie, il élevait la voix et Guidon se
figura très ingénument que le comte voulait être entendu de lui...
Enfin, la bande se décida à regagner le village. Le tambour battit
le rappel. Après de derniers cumulets sur l'herbe, les petits va-
nu-pieds de Klaarvatsch coururent rallumer leurs falots. La
musique prit la tête du cortège. Le comte leur donna la conduite
jusqu'à la grille d'honneur et les vit ensuite, aux sons scandés
de leur marche favorite, s'évanouir dans la grande ormaie régnant
entre le château et le village.
Claudie, sautillant au bras de son père, lui vantait le comte de
la Digue ou plutôt sa fortune et son luxe, mais sans avouer encore
au fermier le grand projet qu'elle avait conçu.
Le petit Guidon, tête droite, jouait sa partie avec une bravoure
inusitée. Son bugle semblait provoquer les étoiles. Et, tout le
temps, Guidon songeait au maître de l'Escal-Vigor. Dans les échos
de sa fanfare, il espérait retrouver les accents de la voix
évangélique du Dykgrave, et c'était aussi un peu de son regard
profond qu'il épiait dans les ténèbres veloutées. Bizarre
contradiction: nonobstant cet enthousiasme, le pauvret se sentait
le coeur gros, la gorge nouée, les yeux tout disposés aux larmes -
- et c'étaient parfois des appels de détresse, des cris au
secours, que son cuivre adressait au lointain protecteur qui les
écoutait encore, non moins navré de sympathie, bien après qu'ils
se fussent éteints sous les ormes particulièrement solennels.
IV
Blandine, la jeune femme qui donnait de l'ombrage à l'ambitieuse,
Claudie, celle que le comte avait appelée, non sans persiflage,
l'économe, le régisseur de l'Escal-Vigor, approchait de la
trentième année. Jamais à la voir, blanche, délicate, les allures
réservées, les traits empreints d'une extrême noblesse, la
physionomie mélancolique et fière, la mise soignée, on ne se fût
douté de son humble extraction.
Fille aînée de tout petits paysans, laitiers et maraîchers,
originaire d'une de ces rudes contrées flamandes que se sont
partagées la France, la Hollande et la Belgique, jusque vers sa
seizième année elle eût pu le disputer en formes plantureuses et
en façons pataudes avec la jeune fermière des Pèlerins! Son père
se remaria et, pour combler le malheur de la petiote, seule enfant
du premier lit, il mourut après lui avoir donné quantité de frères
et soeurs. La marâtre de Blandine l'excédait de travail et de
coups. Elle fut courageuse et stoïque, vraie bête de somme: non
seulement elle aida sa seconde mère dans les besognes du ménage,
s'occupa de débarbouiller, de veiller et de soigner ses puînés,
mais elle travaillait au potager, gardait les vaches, se rendait
toutes les semaines à pied au marché de la ville, chargée de
jarres à lait et de mannes de légumes.
Par la suite, souvent aux heures de solitude, penchée sur un
ouvrage de couture, Blandine devait évoquer la contrée natale et,
notamment, la chaumière paternelle.
Celle-ci s'encapuchonne de joubarbe et de mousse; les murs
effrités dissimulent leurs lézardes derrière l'enchevêtrement du
chèvre-feuille et de la vigne folle. Dans la cour, des porcs
s'ébattent près du fumier, entre des poules qu'ils effarent et des
pigeons blancs qui s'envolent sur le toit avec ce frou-frou
plaintif que font leurs ailes; un chien noir, à poil ras, de la
race des _spits_, à la fois gardien vigilant et solide bête de
trait, bâille dans sa niche et, par la chatière ouverte dans la
porte de l'étable, s'estompent deux vaches mastiquant le trèfle
nouveau.
Blandine se suggérera bien des années encore, à Smaragdis, les
alentours de sa borde familiale au pays de Campine. La Nèthe court
non loin de là et se livre à des méandres buissonniers; un de ses
bras morts se perd derrière le courtil dans les pacages
marécageux. Les vertes _drévilles, _ou petites allées d'aulnes
hirsutes et de saules gibbeux que circonviennent à la saison les
chèvrefeuilles parfumés, accompagnent en chaperons jaloux, la
course de la rivière argentée, qui, là-bas, aux confins du
village, fait tourner un moulin à eau pour la grande joie de la
marmaille.
L'intendante de l'Escal-Vigor se rappelle, derrière les prairies
et les cultures, une morne étendue de bruyère, au milieu de
laquelle se renfle un mamelon où des genévriers noirs et difformes
s'accroupissent comme un conventicule de _cabouters_, -- farfadets
de la garigue -- autour d'un hêtre isolé -- arbre si rare dans
cette région, qu'un oiseau de passage dut en laisser choir la
graine.
Cet arbre miraculeux appelait évidemment une de ces petites
figurines de la Vierge, renfermées sous verre, dans une miniature
de reposoir, que les simples appendent avec un instinct étonnant
aux endroits les plus romantiques de leurs paroisses. Ce tertre
rappelle l'oratoire en plein air sur lequel Jeanne d'Arc écoutait
ses «voix...»
La petite Blandine présentait dès l'âge le plus tendre un composé
étrange d'exaltation et d'intelligence, de sentiment et de raison.
Elle avait été élevée dans la religion catholique, mais, dès le
catéchisme, elle répugnait à la lettre étroite pour ne s'en tenir
qu'à l'esprit qui vivifie tout. À mesure qu'elle avança en âge,
elle confondit l'idée de Dieu avec la conscience. C'est assez dire
qu'aussi longtemps qu'elle se crut la foi, sa religion n'eut rien
de celle des bigotes et des cafards, mais fut une religion
généreuse et chevaleresque. Les dispositions poétiques, la
fantaisie, se conciliaient chez Blandine avec un large et probe
sens de la vie. Vaillante et adroite, si elle possédait
l'imagination d'une bonne fée, elle en tenait aussi les doigts
industrieux.
Femme, gouvernant l'économie d'un domaine seigneurial, elle se
revoit fillette, petite vachère, à l'ombre du hêtre dominant la
vaste plaine campinoise. Par la pensée, Blandine écoute râler les
rainettes dans les flaques et elle se délecte comme autrefois à
l'incomparable arôme des brûlis d'essarts, que la brise porte à
des lieues! Bivacs du berger accusant, au crépuscule, leurs
spirales de fumée et, à la nuit, leurs pâles flammes éparses! Âme
de la plaine infinie! Parfum sauvage, avant-coureur de la région,
que n'oubliera jamais plus quiconque l'a respiré.
C'est de cette poésie un peu farouche et triste, mais cordiale et
énergique, inspiratrice des devoirs, et même des sacrifices, voire
des héroïsmes anonymes, que s'était imprégnée Blandine, alors une
petite paysanne laborieuse, mais qui trouvait le temps de rêver et
d'admirer, malgré les durs et constants labeurs auxquels sa
marâtre l'attelait.
Il y avait surtout une époque climatérique qui induisait en
nostalgie rétrospective la pseudo-châtelaine de l'Escal-Vigor:
c'était aux approches du vingt-neuf juin, jour des SS. Pierre et
Paul, le moment où les contrats entre maîtres et valets sont
abrogés.
Ces mutations de domestiques servent chaque année de prétexte à
une fête dont Blandine se souvient avec une voluptueuse et
lénitive mélancolie. À Smaragdis, il lui suffit de l'odeur des
seringas et des sureaux pour se représenter le cadre et les
acteurs de ces pompes rustiques:
Un beau soleil active les fragrances des haies et des bosquets. La
caille blottie dans les blés piaule sensuellement. Personne ne
travaille aux guérets. Dans leur empressement à prendre du
plaisir, les hommes ont abandonné, çà et là, la faux et la serpe,
la herse et le traînoir. Si les cultures sont désertes, par
contre, le long des routes vicinales, c'est une procession de
voitures maraîchères bâchées de blanc, chargées non point, comme
les vendredis, de légumes et de laitages, mais peintes à neuf,
tapissées de fleurs, les arceaux tressés de rubans, menées grand
train par des chefs d'attelage endimanchés, ébaubis et farauds, et
au fond desquelles se trémoussent des rustaudes non moins
réjouies, parées de leurs coquets atours.
Ces valets vinrent prendre le matin, en cérémonie, les servantes à
leur ancienne résidence pour les conduire chez leurs nouveaux
maîtres, et, comme les gars ne doivent être rendus à destination
que le soir, ils profiteront de la longue journée estivale pour
lier connaissance avec leurs futures compagnes de semailles, de
façons et de récoltes.
Souvent les journaliers d'une même paroisse, les salariés de
petits paysans, empruntent un char à foin à un gros fermier et se
cotisent pour la location des chevaux. Toutes les équipes:
batteurs en grange, vanneurs, aoûterons, vachères, faneuses,
prennent place sur le chariot, transformé en un verger ambulant,
où les faces rouges et joufflues éclatent dans les branches comme
des pommes rubicondes.
L'émouchette caparaçonne les forts chevaux, car les taons font
rage le long des chênaies; mais les mailles du filet disparaissent
sous les boutons d'or, les marguerites et les roses. Des
cavalcades se forment. Les voitures se rendant aux mêmes villages,
ou revenues des mêmes clochers, cahotent à la file, trimbalent de
compagnie leur nouvelle légion de servantes.
Défilé éblouissant et tapageur, apothéose des oeuvres de la glèbe
par ses affiliés. Sur leur passage, l'air vibre de parfum, de
lumière et de musique!
Bouviers et garçons de charrue, le sarrau bleu festonné d'un ruban
écarlate, la casquette ceinte d'un rameau feuillu, une branche
pour aiguillon, précèdent le cortège en manière de postillons, ou
caracolent sur les accotements; d'aucuns affourchés à la genette,
les jambes très écartées tant leurs montures ont le dos large,
d'autres assis en travers de la selle, les jambes ballant du côté
du montoir, comme on les rencontre au crépuscule par les sentiers,
après le labeur.
Leurs voix éclatantes se répercutent d'un village à l'autre.
-- Voilà encore un _rozenland_! un «pays de roses»! disent les
gamins que leur approche ameute près de l'église; car on a dénommé
«pays de roses», ces chars de joie, à cause du refrain de la
ballade que les compagnons ne chantent que ce jour-là:
_Nous irons au pays des roses,
Au pays des roses d'un jour,
Nous faucherons comme foin les fleurs trop belles
Et en tresserons des meules si hautes et si odorantes
Qu'elles éborgneront la lune
Et feront éternuer le soleil__[3]__._
Des sarabandes se nouent à la porte des cabarets. Les «pays de
roses» -- le nom a passé des chars à la charretée humaine --
envahissent la salle en vacarmant comme un sabbat. À chaque étape,
on emplit de bière et de sucre un énorme arrosoir et, après en
avoir détaché la gerbe, on le fait circuler à la ronde de couple
en couple.
La fille, aidée par son meneur, trempe la première les lèvres au
breuvage, puis, d'un geste retrouvé des temps héroïques, elle se
cambre, son bras nu presque aussi robuste que celui des mâles de
la bande, saisit l'anse de l'original vaisseau, le brandit, le
soulève au-dessus de sa tête et finit par l'incliner vers son
cavalier.
Un genou en terre, le soiffard embouche le tuyau du réservoir et
pompe sans relâche avec des mines béates que la petite Blandine
comparait, bien malgré elle, à l'extase des communiants recevant
leur Dieu les jours de fêtes carillonnées. Les coteries se sont
fait accompagner d'un ménétrier ou d'un joueur d'orgue, mais,
indifférent à la mélodie et au rythme, raclés ou moulus, c'est
toujours la même sabotière que dansent les drilles, c'est le même
choeur que braillent leurs voix psalmodiantes:
_Nous irons au pays des roses..._
Les serfs sont les seigneurs et les pauvres sont les riches.
Le salaire de toute une année sonne contre leur genou dans la
poche profonde comme un semoir.
Jour de frairie, jour de kermesse révolutionnant les prêtres
résignés de la terre! Chaudes matinées qui font éclore les
idylles: soirs orageux, instigateurs de carnages!
Ce n'est pas sans raison que les gendarmes surveillent à distance
les «pays de roses».
Ils sont pâles et tortillent nerveusement leur moustache, les
gendarmes, car, vers le tard, à l'heure des réactions, les
farouches et les jaloux leur en font voir de rouges. Ces bons
drilles qui trinquent avec effusion sont prêts, pour un rien, à se
jeter les pintes à la tête et à se déchiqueter comme des coqs. À
force d'accoler son voisin, cet expansif compère a fini par le
presser si étroitement contre sa poitrine qu'il l'a terrassé et un
peu meurtri.
Tous ces festoyeurs ne s'ébaudissent pas, mais tous
s'étourdissent. Ils noient leur souci dans la bière et l'étouffent
dans le tapage. Ils boivent: les uns pour oublier, peut-être pour
calmer le regret du toit et des visages familiers qu'ils
délaissent; les autres, au contraire, pour célébrer leur
affranchissement du joug ancien et saluer, pleins de confiance, le
foyer nouveau.
La plupart fraternisent d'emblée avec leurs camarades de demain et
se déclarent sur-le-champ aux pataudes embauchées avec eux.
Et ces excellentes pâtes, ces irresponsables que la pensée
fatiguerait, savourent sans se défier et sans se ménager, jusqu'à
la licence, à corps perdu, le charme puissant de cette trêve où
ils sont libres de leurs paroles, de leurs gestes et de leur
chair. Ils ont des frénésies de chien qu'on détache, ce vertige
que doivent éprouver, à leur premier essor vers l'espace, les
oiseaux nés dans une cage; et l'infini de leur bonheur rend celui-
ci presque aussi poignant qu'une extrême souffrance. On ne sait
par moments s'ils pleurent ou s'ils rient aux larmes, s'ils se
trémoussent d'aise ou s'ils se tortillent dans les convulsions.
Comme le voyage est long et la journée pleine, vers le midi on
arrête devant la principale «herberge» de la bourgade et on
dételle. Les blousiers s'abattent sur les bancs de la grande
salle, devant les platées fumantes. Mais malgré leurs fringales et
l'ivresse de leur émancipation, qui se traduit le jour durant par
des défis d'une crudité féroce envoyés à Dieu, à sa vierge et à
ses saints, ils n'omettent pas, entre deux signes de croix, de
rapprocher leurs larges mains calleuses.
Plus tard, Blandine se rendit un compte exact et intense de tous
ces sentiments et de toutes ces sensations, par le souvenir de ce
qu'elle avait éprouvé et enduré lors d'une de ces mémorables
journées des saints Pierre et Paul. Quoiqu'elle n'eût que treize
ans passés à cette époque, elle était plus outrée chez les siens
que la plus malheureuse servante. Sa marâtre, s'étant humanisée
par hasard, ou peut-être pour l'humilier en la confondant avec les
valets et mercenaires, l'autorisa à monter sur un vaste
«rozenland» affrété par cotisation. La petiote, rose et joufflue,
aux yeux opalins variant du bleu céleste au vert marin, prit avec
gratitude sa part de ces déduits ancillaires; la belle humeur
expansive de ces pauvres diables la réjouissait elle-même; elle
goûtait un naïf plaisir à trôner sur ce char fleuri et turbulent,
et à boire de la bière sucrée aux étapes désignées par le chef de
la charretée. Les gars payaient la bière, les filles de quoi la
sucrer; Blandine y allait à son tour de son écot de sucre en
poudre. Elle riait, chantait et ballait comme ses compagnons et
ses compagnes. Ne songeant à mal, les privautés qu'ils prenaient
autour d'elle ne l'effarouchaient pas plus que les pourchas des
oiseaux dans les branches ou la danse des insectes dans un rai de
soleil. À l'heure du dîner, elle partagea le repas des autres
_rozenlands_; puis s'éloigna encore à leur suite, entraînée dans
leur sillon de bombance et de caresses, se sentant leur petite
amie, et ne pouvant se résoudre à les quitter.
Cependant vers le soir, une langueur, une morbidesse, un trouble
la prenait. Les baisers et les étreintes autour d'elle
participaient des extravagances du rêve. Rien ne l'effrayait. Elle
se trouvait dans des dispositions d'esprit extrêmement
conciliantes.
La nuit est tombée. Personne ne prend plus garde à Blandine.
Chaque servante est pourvue. Mais Blandine aura encore au moins
trois saisons à attendre qu'un honnête garçon s'occupe d'elle. Son
tour viendra! C'est ce que lui disent, avec un hommage anticipé,
en passant, les regards humectés ou brillants, ou les cuisses
frôleuses des lurons. L'enfant ne lit dans ces yeux et ne tâte
dans ces charnures qu'une sympathie un peu bourrue, voilà tout!
Autour d'elle, l'air si tiède chatouille et picote les dermes
échauffés. Travaillées depuis des heures, les ambiances de désirs
s'exaspèrent. Bientôt Blandine ne se rappellera plus les dernières
beuveries et sarabandes auxquelles elle prit part. Mais ce qui
l'enivre, c'est bien plus cette fermentation de robuste jeunesse
autour d'elle, que le parfum des roses et la bière sucrée. Quasi
somnanbulique, presque défaillante de bien-être, elle reprend
place sur le «Rozenland» ou bien elle en descend avec les autres;
et le refrain toujours répété concourt à son état de demi-veille.
Cependant, à travers la campagne, les charrettes bâchées de toile
blanche, aux cerceaux de fleurs, roulent plus lentement. Valets et
servantes entendent bruire et sentent courir sur leur nuque comme
une énervante brise d'équinoxe. C'est la respiration chaude des
couples affalés sur les banquettes derrière eux. Elles soupirent;
ils halètent... La petiote finissait par s'endormir, assoupie par
cette atmosphère plus capiteuse que les bouffées de la fenaison.
Comme personne ne s'offre à la reconduire, il serait temps pour
elle de mettre pied à terre et de rebrousser chemin, car les
autres ne songent pas encore au retour, et le «pays de roses» est
loin de la dernière station de son pèlerinage aux chapelles du
boire. Pour la bande luronne le vrai plaisir ne fait même que
commencer.
Enfin on se décide à réveiller la benjamine. L'un d'eux la mettra
sur son chemin et rattrapera le «pays des roses» à l'étape
suivante. Mais la petite remercie ce garçon. Inutile qu'il se
dérange. Elle regagnera bien toute seule la chaumière paternelle.
Des fois, les jours de marché, elle rentre plus tard encore et par
quels temps et quels chemins! Le drille obligeant se borne donc à
lui indiquer la route à prendre.
-- Écoute, petite, tu traverseras la bruyère que voilà en
obliquant de droite à gauche; tu arriveras à une sapinière que tu
laisseras à ta droite...
Blandine ne l'écoute guère, la voix n'arrive même plus jusqu'à
elle, car elle s'est éloignée d'un pas délibéré. Bonsoir à tous!
leur a-t-elle crié avec assurance. Leur réponse se perd dans les
claquements du fouet et le fracas du «pays de roses» se remettant
en marche.
Jamais Blandine n'avait eu peur. Puis, ce soir tout le pays n'est-
il pas en joie? Qui songerait à faire du mal à une enfant?
Tout à l'heure, à table, après la ventrée, on a raconté, pourtant,
force aventures terrifiantes ou affligeantes. Ainsi quelqu'un
s'étant étonné qu'un certain Ariaan, dit le Roi des Vanneurs,
longtemps au service d'un fermier de la paroisse, n'était pas de
la partie, un des camarades de l'absent apprit à la compagnie que
le gaillard avait mal tourné depuis leur fête dernière, même si
mal que son patron n'avait pas cru devoir attendre la Saint-Pierre
nouvelle ou la date sacramentelle pour se priver de ses services.
Malgré ses talents, le roi des Vanneurs avait été congédié
d'urgence pour avoir fait la concurrence aux fouines, belettes,
putois et autres amateurs de poules. N'ayant pas trouvé de maître
à qui louer ses bras, sans doute devait-il être hébergé pour
l'instant dans l'un ou l'autre des ces asiles que la générosité de
l'État ouvre aux pieds-poudreux.
La tablée s'était apitoyée pour la forme, non sans bâiller et
s'étirer, sur la guigne d'un ancien compagnon, d'un boute-en-
train, une belle fourchette et le reste! Mais, comme l'avait fait
observer l'un des gars, en rallumant sa pipe, ce n'était pas le
moment de brasser mélancolie et, se rangeant à son avis, ils
s'étaient empressés de deviser d'autre chose.
Comment se fait-il qu'en traversant la bruyère, la petite Blandine
se remémore obstinément la mésaventure du Roi des Vanneurs?
Quoique Ariaan ne soit pas tout à fait un inconnu pour elle, il ne
lui tient par aucun lien. Il avait demeuré une saison non loin de
chez elle. Par la porte de la grange, Blandine l'entrevoyait
furtivement, à sa besogne, nu jusqu'à la ceinture, rosâtre et
moite, avenant tout de même dans la pénombre. En cadence le van
battait son genou durillonné et finissait par user sa culotte de
coutil toujours rapiécée au même endroit.
Blandine, en trottant, cesse de fredonner le refrain du jour pour
se rappeler celui du vanneur:
_Van! Vanne! Vanvarla!
Balle!
Vole!
Vanci! Vanla!_
Si son coeur se serre même un peu, tandis qu'elle presse le pas,
ce n'est point par anxiété pour elle-même, mais par une sorte de
commisération pour le dévoyé. La nuit attendrie prête à ces
pensées vagues. L'obscurité diaphane rappelle de sombres
pierreries. Les ténèbres scintillent comme si, trop véhéments, les
parfums dont elles sont saturées, avaient pris subitement feu. Les
phosphorescences intermittentes des vers luisants s'accordent avec
le cri-cri des grillons...
Tout à coup, tandis qu'il semble à la petite retardataire que
ceux-ci exaspèrent leur crispante musique, Blandine est bousculée,
étreinte, renversée sur un tertre par une forme humaine qui s'est
ruée de derrière un buisson de genêts. L'assaillant lui retrousse
les jupes, fourrage parmi ses chairs d'adolescente, la palpe, en
soupirant, avec énergie mais sans brutalité, et finit par la
prendre.
«Ariaan!» Le nom qu'elle aurait voulu crier en reconnaissant le
roi des Vanneurs lui est resté dans la gorge, refoulé par
l'effroi. Elle éprouve une courte douleur, comme un déchirement de
son ventre, suivi presque aussitôt après d'une étrange béatitude.
Son être s'est-il doublé? Doué d'une sympathie nouvelle, elle
s'est projetée hors d'elle-même pour se fondre en un délice
infini...
Pendant qu'il la tient sous lui, elle se sent surtout conjurée par
les yeux révulsés du vanneur et elle associera, par la suite,
l'imploration de ces yeux aux scintillements livides des lampyres,
aux raclements des grillons, aux notes expirantes du refrain des
«pays de roses» et au rythme de l'ancienne chanson d'Ariaan:
_Van! Vanne!
Vanci! Vanla!_
Le rôdeur se releva, encore pantelant, le souffle plus précipité
qu'à ses besognes d'antan, et, l'ayant aidée à se relever à son
tour, il la tint quelques secondes par les poignets, la regarda
avec une gratitude mêlée de repentir, et s'éloigna, tout en se
rajustant, les jambes un peu flageolantes. Elle n'oublia jamais sa
face saurette, et les zigzags que sa silhouette traçait dans
l'espace immobile où il finit par s'enfoncer...
Blandine se traîna, plutôt affligée qu'indignée, jusqu'à sa maison
et, en se couchant, elle se promit bien de ne raconter jamais ce
qu'il lui était arrivé. Plutôt un instinct de solidarité qu'un
sentiment de pudeur lui dictait ce silence. À la vérité elle ne
parvenait pas à en vouloir à ce brutal, d'abord si impérieux, puis
accablé, presque penaud; elle était même convaincue qu'il lui
aurait demandé pardon s'il l'eût osé, mais la tendresse et une
certaine gratitude le rendaient presque aussi timide que le
violent désir l'avait effréné. Quelques jours après Blandine
apprit que le grand Ariaan avait été arrêté dans les environs,
rejoint par les gendarmes, comme il traversait la Nèthe à la nage.
Son pitoyable violateur était devenu un redoutable récidiviste.
Elle se jura de se taire plus que jamais, soucieuse de lui éviter
de nouveaux désagréments, une aggravation de peine.
Mais la pauvresse avait compté sans les délations de la nature.
Elle devint grosse.
La marâtre, pharisiennement vertueuse, jeta les hauts cris,
s'arracha les cheveux, feignit de désespérer, mais elle était
enchantée de cette occasion plausible de sévir contre sa victime,
de donner libre cours à ses instincts dénaturés. Peut-être même,
en envoyant cette enfant avec les «pays de roses» avait-elle
espéré qu'on la lui déflorerait!
-- Jour du jugement et de la damnation! fulminait cette mégère.
Honte et triple scandale! C'en est fait de notre bon renom! Catin
des catins! Quel exemple pour tes frères et soeurs! Il est heureux
pour toi que ton honnête homme de père soit mort. Il t'aurait
crevée comme une chienne que tu es!
Elle la somma de s'expliquer:
-- Son nom? Me diras-tu son nom?
-- Jamais, pardonnez-moi de vous désobéir, ma mère.
-- Son nom! Parleras-tu? Tiens!
Une gifle, puis une seconde.
-- Son nom?
-- Non, mère.
-- Ah tu refuses... C'est ce que nous allons voir... Son nom!...
Car il faut qu'il t'épouse.
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