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toutes les langues et de tous les côtés à la fois, le matelot ne
sait auquel entendre. Le pont revêt l'aspect d'une Bourse de
commerce. De groupe à groupe se débat la valeur représentée par
chaque tête de l'équipage. Les vétérans intimident les faibles et
les novices; les politiques s'efforcent d'évincer les béjaunes.
Quelques runners lâchent pied. Mais la plupart se le disputant en
vigueur et en astuce, les conférences s'animent et tournent en
colloques. On montre les dents, des poings se ferment, renards
redeviennent loups. Les altercations du rivage se renouvellent;
envenimées par l'ajournement, cette fois les querelles se videront
pour de bon. Il suffira d'un corps à corps isolé pour amener une
bagarre générale. Ils se daubent, se prennent à la gorge, se
terrassent, s'agrippent comme des dogues, jouent de la griffe et
même du croc, et s'ils craignent le dessous recourent aux feintes
déloyales, aux coups félons.
Les marins se gardent bien d'intervenir dans ces passes d'armes
dont ils représentent l'enjeu. D'ailleurs, eux-mêmes ont la tête
trop près du bonnet pour contrarier ces règlements de compte. Ils
font cercle, passifs, affriolés, jugeant des coups. Leurs
dépouilles appartiendront aux vainqueurs. Ces convoitises féroces
déchaînées chez les mercantis, flattent peut-être les grands
enfants prodigues, résolus à fondre jusqu'à leur dernier jaunet
dans n'importe quelle fournaise. Un oeil poché, une lèvre fendue,
une dent déchaussée, quelques contusions et quelques estafilades
décident de la victoire. Terrassés, le genou du vainqueur pesant
sur leur poitrine, beaucoup se rendent avant d'avoir été mis hors
de combat. Ils regagnent piteusement leurs barques et battent en
retraite vers le Doel, à moins que, de loin, ils ne s'obstinent à
escorter le Dolphin et à poursuivre de huées leurs heureux
compétiteurs.
À présent, ceux-ci s'amadouent, rentrent les griffes, étanchent le
sang de leurs égratignures, réparent les ruines et les brèches de
leur accoutrement, et sous le boucanier, héroïque à ses heures,
reparaît le trafiquant sordide, le roué de comptoir.
Ils se rabattent sur les matelots comme, après une bataille
décisive entre deux fourmilières, les triomphateurs s'empressent
d'emporter et de traire les gros pucerons des vaincus.
Paniers de victuailles, rouleaux de tabac, caisses de cigares,
tablettes de cavendish, et surtout tonnelets de liquide, bières,
gins, whiskeys, tisanes gazeuses jouant le champagne, bordeaux
plus ou moins frelatés ou alcoolisés, pimentés à emporter la
mâchoire d'un boeuf, émergent, surgissent, comme par enchantement,
des mystérieuses cachettes où les avaient dissimulés les
belligérants. Le champ de bataille se résout en un champ de foire
et le carnage en un bivac. Les bouchons sautent, les bondes
perforent les tonnelets. Robinets de tourner, pintes et verres de
se remplir, et les marins de répondre aux avances des insinuants
capteurs. Les débagouleurs se font chattemiteux et presque
mignards.
Les officiers se contentent de veiller à l'exécution des
manoeuvres indispensables et pour plus de sûreté mettent eux-mêmes
la main à la besogne. Et graduellement l'ambiante langueur les
gagne:
-- Oh! se déprendre au plus vite du morne et rigide devoir,
dépouiller le sacerdoce avec l'uniforme, s'humaniser; oui, même
s'animaliser... En attendant, pourquoi ne pas tâter des
rafraîchissements que ces gueux nous apportent! Voilà trois
semaines que, sous prétexte de brandy, le steward ne nous sert
plus que de la ripopée et l'estomac répugne au biscuit de mer, aux
conserves et aux salaisons.
Ainsi monologuent les officiers en arpentant le pont. L'austère
capitaine lui-même se sent plus faible et plus indulgent que de
coutume.
Un runner devine ce trouble, car il s'approche du commandant et,
avec un geste câlin, en lui versant une rasade de mixture
mousseuse: «Un verre de champagne, mon capitaine!». Le capitaine
dévisage l'effronté, prêt à lui tirer les oreilles, mais le juron
courroucé expire entre les poils de sa moustache grise, il ébauche
à peine un rictus sourcilleux, et, tantalisé, accepte le verre, le
siffle d'un trait, claque des lèvres et le tend au jeune échanson,
non pour le rendre mais bien pour qu'il le lui remplisse.
Ce drôle dégourdi qui vient de l'induire si victorieusement en
tentation ne laisse pas d'intriguer le capitaine, presbytérien
rigide et quelque peu puritain. Il a la taille d'un jeune mousse,
la mine d'une fillette, et pourtant la hanche plus fournie et les
reins plus cambrés, plus modelés, que les autres lurons de sa
volée. Comme la plupart de ses pareils, celui-ci porte un
déguisement d'aspirant de marine. «Où diable cette confrérie de
fieffés bandits a-t-elle déniché d'aussi gentilles recrues?»
marronne le respectable capitaine, et, plus sollicité qu'il ne se
l'avoue par l'expression agaçante de l'échanson, il s'éloigne en
maugréant, lorsque le soi-disant runner lui jette les bras autour
du cou et lui révèle son double travestissement.
-- Damnation! clame le commandant, en voyant mille lucioles, c'est
qu'ils finiront par nous amener tout leur sacré b...
-- À vos ordres mon capitaine!
Et railleusement, elle lui désigne les lieutenants lutinés par des
runners auprès de qui ces officiers, bons connaisseurs, ne tardent
pas à partager l'agréable méprise de leur commandant.
Cependant, la présence de ces femmes à bord, active et irrite
l'appétence des matelots et leur fait paraître séculaire la demi-
heure qui les sépare des quais anversois. Et l'ivresse aidant, nos
simples suspectent encore d'autres supercheries et menacent de
confondre avec les quatre midship-women, les polissons imberbes,
qui les accablent de chatteries. Pourquoi ceux-là aussi ne
seraient-ils pas des nonnains d'un couvent de joie? Illusion
d'autant plus plausible, que dans ce monde équivoque, les filles
corrodent leur gentillesse et leur amabilité natives, à la
forfanterie, à l'abord rogue et à la parole enrouée des pilotins
en rupture de hune, tout comme les mousses de cette marine de
ribleurs recourent pour duper les matelots réguliers à des
effusions et à des jolivetés quasi féminines. Si l'orgie et la
traversée se prolongeaient de scabreux quiproquos résulteraient
des obsessions du runner et de l'abrutissement du marin.
Le Dolphin entre en rade.
À un dernier méandre du fleuve, le panorama d'Anvers s'étale dans
sa majestueuse et grandiose splendeur. Sur une longueur de plus
d'une lieue, la ville présente aux regards des arrivants un front
imposant de hangars, de halles, de monuments, de tours et de
clochetons, que domine la flèche de Notre-Dame. Ce phare de bon
conseil prémunit les voyageurs contre les embûches et les dédales
de perdition qui s'enroulent au pied de la cathédrale, comme le
serpent se repliait à l'ombre de l'arbre de vie. Le crépuscule
rosit le monument admirable, flamboie dans les dentelles de la
pierre, et, en même temps qu'à sa nichée de corneilles le beffroi
donne la volée aux notes de son carillon...
Mais le marin du Dolphin ne lève plus les yeux à cette hauteur et
n'entend même plus la voix des cloches vespérales. Pourquoi, la
flèche altière ne s'apercevait-elle pas des bouches de l'Escaut et
le bourdon si sonore n'a-t-il pas résonné jusqu'au Doel? Les
émissaires du diable prirent les devants sur les messagers des
cieux. Même lorsqu'il se trouve en présence de ces bons génies, il
n'aura d'oreilles que pour les boniments des courtiers et de
regards que pour les ruelles obliques dont les fenêtres rougeoient
comme des fanaux de malheur.
Aussi dès que le matelot met pied à terre, les runners
l'acheminent sans peine vers les dispensaires clandestins où le
publicain s'associe à la prostituée pour le détenir et pour le
gruger. Celle-ci s'attaque à ses moelles; celui-là le soulage de
son vaillant. La fille va l'énerver; puis le procureur le plumera
sans résistance.
Afin de le livrer pieds et poings liés à leur maître, les runners
lui avancent une partie de son gage et le déterminent ensuite à
confier à ses hôtes la poignée d'or amassée au prix d'un travail
pénible comme un supplice. Désormais, il ne s'appartient plus.
Il ne s'arrache des bras de la gouine que pour ivrogner avec le
ruffian.
On l'empêtre de toutes sortes d'emplettes de pacotille qu'on lui
endosse à des prix exorbitants. Il paie dix et vingt fois leur
valeur, pour en faire présent à son entourage, à ceux-là même qui
viennent de les lui coller, des flacons d'outrageuses essences,
des basses parfumeries, des colifichets criards, des miroirs en
écaille, de la coutellerie anglaise, des bagues en similor, du
clinquant, des rassades avec lesquelles les civilisateurs ne
parviendraient même plus à éblouir les Cafres et les Sioux. Jamais
il ne sort seul, jamais il ne franchit les confins de la région
excentrique.
Le long du jour il s'accoude au comptoir de la salle commune. Les
parois se tapissent de pancartes: matous de l'Old Tom Gin,
triangles rouges du pale-ale, bruns losanges du stout. Les
chromolithographies sentimentales des Christmas Numbers alternent
avec les épilepsies des Police News, de même que, sur le dressoir,
les sirops et les élixirs à goût de pommade voisinent avec les
alcools corrosifs.
Pour obtenir le droit de contempler perpétuellement la créature
dévolue à ses tendresses, il ingurgite tous les poisons de
l'étalage. Peu à peu, sous l'influence de ses libations, elle lui
semble revêtir l'apparence d'une madone trônant sur un reposoir,
les bouffées de la pipe embaument l'encens, le dressoir joue le
retable, les liqueurs composent des sujets de vitrail, et les
oraisons jaculatoires ne dégagent pas la ferveur des discours
qu'il tient à cette drôlesse. Alors, un rire moqueur lui rend le
sentiment de l'endroit où il se trouve et de la déesse qu'il
invoque.
Si son ivresse tourne exceptionnellement en frénésie, s'il tapage
et se démène un brin, ces accès ne durent qu'un moment.
La gaupe est même chargée de les provoquer par sa coquetterie, car
non seulement on porte largement la casse en compte au jaloux,
mais afin de se faire pardonner ses incartades, celui-ci ne se
montre que plus coulant, que plus malléable. Pour reconquérir sa
boudeuse maîtresse il n'est pas de folie qu'il ne commette, de
dispendieuse fantaisie à laquelle il ne se livre.
Chaque matin le dépositaire lui remet un louis sur son capital et
chaque soir le flambard a consciencieusement dépensé cet argent
mignon. Il paie recta, comme s'il possédait la pistole volante ou
la bourse de Fortunatus.
Aussi, son ébahissement, le jour où le publicain lui présente un
mémoire établissant qu'il doit à son hôte près du double de ce
qu'il croyait posséder encore. Cette fois le pigeon se regimbe et
va cogner pour de bon, mais en prévision du grabuge le logeur a
stipendié ses satellites ordinaires qui maîtrisent le
récalcitrant. On le menace aussi de la police maritime,
mystérieuse juridiction inconnue de ce simple et qu'il s'imagine
draconienne comme un Saint-Office. Un énorme abattement succède à
ses velléités de révolte. Plutôt que d'aller en prison il engagera
sa carcasse.
Ici commence la phase la plus douloureuse de la traite du matelot:
Le juif de Venise ne prenait au débiteur insolvable qu'une livre
de sa chair, les Shylocks anversois dépècent et charcutent
moralement le mauvais payeur en l'impliquant dans une série de
forfaitures: ils le contraignent de déserter, lui procurent un
nouveau contrat de louage, font main basse sur l'avance qu'on lui
paie; le forcent de signer un deuxième engagement, raflent une
deuxième fois la prime; l'embauchent de nouveau, retournent de
nouveau ses poches, et répètent ce jeu jusqu'à ce que l'autorité
consulaire s'émeuve et se prépare à sévir.
Ils l'ont exprimé comme une orange. À les en croire il ne leur
aurait pas encore rendu ce qu'il leur doit. Mais il devient
compromettant, il s'agit de s'en défaire. C'est seulement de
crainte qu'il ne parle et ne les fasse pincer avec lui que les
trafiquants le recèlent dans un taudion en dehors des
fortifications.
Enfin, ils brocantent une dernière fois la pauvre marchandise
humaine tant grevée, à un capitaine peu scrupuleux et, par une
nuit ténébreuse, le runner, toujours prêt aux missions risquées,
le même runner qui l'enivrait et le cajolait sur le Dolphin,
charge le contumax sur une allège, dissimulée en aval du port, et
le conduit clandestinement à bord de l'interlope.
À peine retourné à son élément, à son rude labeur, le matelot ne
pense plus aux vicissitudes du dernier mouillage. Le souvenir des
récentes abjections se fond au souffle rédempteur du large.
Si bien qu'après des circumnavigations prolongées, le pauvre
diable tout prêt à recommencer sa désastreuse expérience,
s'adonnera corps et âme, aux mauvais messies des rives de
l'Escaut.
En somme, il n'y a encore que ces pressureurs pour lui offrir les
délassements absolus!
Aux escales des antipodes sous ces climats véhéments, dans ces
terres de feu peuplées d'êtres à pulpe citronneuse, de femmes
reptiliennes et d'hommes efféminés, auprès de ces populations
jaunes et félines comme leurs fièvres, les Européens refoulent
leurs postulations charnelles, ou ne se prêtent au soulagement
qu'avec la répugnance d'un apoplectique qui se fait tirer une
palette de sang.
Ou bien ils affrontent le lupanar comme un danger, en se montant
le coup, avec des allures de bravache, et, pressés d'en finir,
mènent les débauches féroces à travers les fumées de l'opium. Une
flore capiteuse et entêtante, les épices, les venins et
l'incandescence de l'atmosphère les fouettent, les emballent, et
les précipitent tout d'un bloc vers des voluptés cuisantes suivies
de stupeurs et de remords...
Âmes enfantines et mystiques ne goûtant pas le plaisir sans une
sourdine d'intimité et de ferveur, ils associent à leurs
nostalgies amoureuses les doux météores, les fraîches nuaisons des
mers germaniques: la température lénifiante des côtes
occidentales, les brises viriles et réconfortantes, même la
cordialité bourrue des grains et la brusquerie des sautes de vent
succédant à l'énervante caresse alizéenne; le sourire discret et
attendri du septentrion, les harmonieux rideaux de nuages tirés
enfin sur le rayonnement implacable, et surtout le baiser quasi
lustral du premier brouillard...
En revanche, ils se reprochent leur commerce avec les païennes
comme un rite sacrilège.
Et jamais ils ne se reporteront à ces attentats sans que surgisse
aussi le cauchemar des tourmentes de typhons et de cyclones durant
lesquelles d'occultes prêtresses de Sivah, avec des sifflements et
des torsions de tarasques, ne semblent pomper l'huile bouillante
de la mer que pour y substituer les laves telluriennes et les
métaux en fusion du firmament...
VI. CARNAVAL
Le cousinage de Laurent Paridael avec les couches dangereuses ou
indigentes de la population, n'allait évidemment pas sans une
prodigalité effrénée. On aurait dit que pour mieux ressembler à
ses entours, il lui tardait de se trouver sans sous ni maille. Le
vague dégoût mêlé de terreur qu'il conçut pour l'argent le jour
même de sa majorité, à peine était-il entré en possession de son
pécule, n'avait fait qu'augmenter depuis son explication avec les
Tilbak.
Comme à 1' «Or du Rhin» dans la tétralogie wagnérienne, il
attribuait au capital une vertu maligne et lénifère, cause de
toutes les calamités humaines, et il rapportait aussi ses
afflictions personnelles. N'était-ce pas l'argent qui le séparait
à la fois de Régina et d'Henriette? Cet argent qui n'avait même pu
lui rendre le grand service de retenir à Anvers ses chers amis de
la Noix de Coco!
Cependant, du train dont il maltraitait son avoir, il en aurait
raison en moins d'une année.
Après le départ des émigrants et sa brouille avec Bergmans, aucun
contrôle, aucune exhortation ne l'arrêtait plus. Il éprouvait de
la volupté à se défaire de ces écus abhorrés, à les rouler dans la
boue ou à les répandre dans les milieux faméliques où ils
consentent rarement à briller. Il affichait autant de mépris pour
ce levier du monde moderne que les négociants lui vouaient de
respect et d'idolâtrie.
Il inventait force extravagances afin de scandaliser une
bourgeoisie essentiellement timorée et pudibonde, au point que sa
dissipation ostensible outrageait comme un sacrilège et un
blasphème les thésauriseurs et même tous les gens d'ordre. On lui
eût pardonné ses autres travers, son encanaillement à vif et à
cru, sa lutte ouverte contre la société, mais ses grugeries
féroces lui méritèrent l'anathème des esprits les plus tolérants.
Ne s'avisait-il, pas en plein jour, ayant trop bien déjeuné, de
s'engager, avec ses convives peu accointables, le créat et le
piqueur d'un manège en faillite non moins éméchés que lui, par les
rues les plus passantes afin de croiser les gens d'affaires se
rendant à la Bourse! Par surcroît de provocation, à quelques pas
devant l'édifiant trio, marchait le chasseur du restaurant,
portant dans chaque bras, en guise d'enseigne et de bannière, une
bouteille du meilleur Champagne. En cet appareil les trois noceurs
entreprenaient l'ascension de la Haute tour, et, parvenus à la
dernière galerie, au-dessus du carillon et de la chambre des
cloches, sifflaient glorieusement le vin mousseux et lançaient
ensuite les flacons sur la place au risque de lapider les cochers
des fiacres stationnant au pied du monument.
C'était aussi des tournées d'alcool payées à tous les débardeurs
desservant un quai. De faction au comptoir du liquoriste, Paridael
empêchait celui-ci d'accepter la quincaille des consommateurs, au
fur et à mesure qu'ils s'amenaient à la file, par coteries
entières, s'avertissant l'un l'autre de l'aubaine qui les
attendait au bon coin.
Et maintes fois des bordées interminables tirées avec des
équipages au long cours ou des compagnies de troupiers, des
gobelotages de bouge en bouge, des pèlerinages aux sanctuaires
d'amour, le tout accidenté de batteries et de démêlés avec la
police.
Mais on découvrait un mobile généreux au fond de ses plus grands
excès: besoin d'expansion, protection des faibles, charité
déguisée, compassion sans limites, bonheur de procurer quelque
douceur et quelques bons moments à des infimes. Il semblait, qu'en
se livrant à un carnage aussi fantastique de louis et de
banknotes, le bourreau d'argent voulût mettre plus à l'aise les
gueux qu'il obligeait et légitimer leur éventuel manque de
mémoire. En cotant si bas ce qu'il éparpillait autour de lui, il
tenait les donataires quittes de toute reconnaissance. Aux pauvres
diables qui se confondaient en remerciements: «Prenez toujours,
disait-il... Empochez-moi cela et trêve de bénédictions... Autant
vous qu'un autre... Il ne me serait tout de même rien resté de cet
argent ce soir!»
Ses charités paraissaient intempestives et désordonnées comme des
fugues et des frasques. Non seulement il avait protégé la fuite et
la désertion d'un disciplinaire, mais il racheta plusieurs
matelots à leurs vampires, rapatria des émigrants, hébergea des
repris de justice.
Tout un hiver, un hiver terrible, durant lequel l'Escaut fût bâclé
par les glaçons, il visita les ménages des journaliers et des
manoeuvres. Il se donnait pour un anonyme délégué des bureaux de
bienfaisance, vidait ses poches sur un coin de meuble ou de
cheminée et avant que les crève-la-faim eussent eu le temps de
vérifier l'importance du secours, il s'éclipsait, dégringolait les
escaliers comme s'il eût dévalisé et pillé ces paupériens.
Il n'oublia jamais, entre autres escales de son périple de
miséricorde, cette mansarde où vagissaient une portée d'enfançons
d'un à cinq ans, dans une caisse matelassée de copeaux, litière
trop fétide pour un clapier. Il semblait, à entendre leurs
plaintes, à voir leurs convulsions, que la faim même se penchât
au-dessus d'eux et que ses ongles, fouillant leur décharnure, les
écorchât comme le râteau d'une âpre glaneuse râcle les guérets
surmoissonnés.
Acculé dans un coin, à l'autre bout du galetas, le plus loin
possible de leur agonie, le père, le veuf, un musclé et râblé
portefaix des Bassins, dont la disette n'était point parvenue
encore à fondre la chair, à tarir le sang et la sève, ruminait
sans doute la destruction prompte et violente de sa force inutile.
D'un rugissement suprême, d'un geste fulgurant qui ne souffrait
pas de réplique, le malheureux enjoignit à l'intrus de le
débarrasser de sa présence, mais les giries de plus en plus
pitoyables des petits étaient bien autrement impérieuses que
l'attitude comminatoire du père, et stimulé, presque sûr d'être
occis, mais ne voulant pas survivre à ces innocents, Laurent
marcha vers le désespéré et lui tendit une pièce de vingt francs.
Elle était plus aveuglante que le soleil, car le colosse ne put en
supporter l'éclat et se détourna vers le mur, à la façon d'un
enfant honteux et boudeur, en portant la main à ses yeux picotés
jusqu'aux larmes! Elle était donc si pesante que, Laurent l'ayant
glissée dans son autre main, les doigts formidables la laissèrent
échapper!
Cet or sonnait comme un angelus, un message de la Providence, car
la glaneuse abominable abandonna cette maigre râtelée d'épis
humains et la plainte s'apaisa!
Et, subitement, en furieux, en forcené, l'homme jeta les bras au
cou de Paridael et coucha sa bonne tête plébéienne sur l'épaule du
déclassé. Et Paridael, broyé contre cette large et houleuse
poitrine, toute pantelante de sanglots, arrosé par ces chaudes
larmes de reconnaissance, non moins éperdu que l'ouvrier même, se
pâmait transporté au sein des béatitudes infinies et croyait
arrivée l'heure de l'assomption promise aux élus du Sauveur! Et
jamais il n'avait vécu d'une vie aussi intense et ne s'était
trouvé pourtant si voisin de la mort!
Cela ne l'empêcha pas, au sortir de cette conjonction pathétique,
de consacrer, le soir même, à ses débauches, une partie de l'or
réhabilité et de se rejeter à corps perdu dans la crapule.
Il se distingua particulièrement pendant le carnaval de ce même
hiver calamiteux. D'ailleurs, de mémoire d'Anversois, jamais les
Jours Gras ne déchaînèrent tant de licence, ne furent célébrés
avec éclat pareil. On lirait prétexte de la misère et de la
détresse pour multiplier les fêtes et les sauteries au profit des
pauvres. Le peuple lui-même s'étourdit, chôma doublement, chercha
dans une passagère ivresse et dans l'abrutissement un dérivatif à
la réalité sinistre, fêta comme un Décaméron de dépenaillés ce
carnaval exceptionnel qui, au lieu de précéder le carême, tombait
en une saison d'abstinence absolue non prévue par l'Église et que
n'auraient jamais osé imposer les plus féroces mandements de la
Curie.
Ne se procurant plus de quoi manger, les pauvres diables
trouvaient du moins assez pour boire. Outre que l'alcool coûte
moins que le pain, il trompe les fringales, endort les
tiraillements de l'estomac. Le malheureux met plus de temps à
cuver l'âpre et rogue genièvre qu'à digérer une dérisoire bouchée
de pain. Et les fumées de la liqueur, lourdes et denses comme les
spleenétiques brouillards du pays, se dissipent plus lentement que
le sang nouveau ne se refroidit dans les veines. Elles procurent
l'ivresse farouche et brutale au cours de laquelle les organes
stupéfiés ne réclament aucun aliment et les instincts dorment
comme des reptiles en estivation.
Durant trois nuits, le théâtre des Variétés, réunissant en une
halle immense l'enfilade de ses quatre vastes salles, grouilla de
rutilante cohue, flamboya de girandoles, résonna de musique féroce
et de trépignements endiablés. Il y régnait un coude à coude, un
tohu-tohu, une confusion de toutes les castes presque aussi grande
que sur le trottoir. Dames et lorettes, patronnes et demoiselles
de magasins, frisottes et prostituées se trémoussaient dans les
mêmes quadrilles. Les dominos de soie et de satin frôlaient
d'horribles cagoules de louage. Aux pauses, tandis que les gandins
en habit, transfuges des sauteries fashionables, entraînaient dans
les petits salons latéraux une maîtresse pour laquelle ils
venaient de lâcher une fiancée, et lui payaient la classique
douzaine de «Zélande» arrosées de Roederer, les caveaux sous la
redoute, convertis en une gargantuesque rôtisserie, en un
souterrain royaume de Gambrinus, requéraient les couples et les
écots moins huppés qui s'y empiffraient, au milieu des fortes
exhalaisons des pipes, de saucisses bouillies, et s'inondaient
d'une mousseuse bière blanche de Louvain, Champagne populaire, peu
capiteuse, par exemple, ne montant pas à la tête, mais curant la
vessie sans impressionner autrement l'organisme.
Vers le matin, à l'heure des derniers cancans, ces cryptes, ces
hypogées du temple de Momus présentaient l'aspect lugubre d'une
communauté de troglodytes assommés par des incantations trop
fortes.
Tant que dura le carnaval, Laurent mit un point d'honneur à ne
point voir son lit, à ne point quitter son pierrot fripé.
Le carnaval des rues ne le sollicita pas moins que les caravanes
nocturnes. Ballant les artères dévolues à la circulation des
mascarades, il fut partout où le tapage était le plus
étourdissant, la mêlée la plus effervescente. Les éclats des
trompes et des crécelles se répercutaient de carrefour en
carrefour ou des vessies de porc gonflées et brandies en manière
de massues s'abattaient avec un bruit mat sur le dos des passants.
Des chie-en-lit, fallacieux pêcheurs, aggravant encore la
bousculade, tendaient, en guise d'hameçon, au bout de leur ligne,
une miche enduite de mêlasse, que des gamins aussi frétillants et
voraces que des ablettes s'évertuaient à happer, en ne parvenant
qu'à se poisser le visage. Mais Paridael se passionnait surtout
pour la guerre des pepernotes, la véritable originalité du
carnaval anversois. Il convertit une grosse partie de ses derniers
écus en sachets de ces «noix de poivre», confetti du Nord, grêlons
cubiques pétris de farine et d'épices, durs comme des cailloux,
débités par les boulangers et avec lesquels s'engagent, depuis
l'après-midi jusqu'à la brune, de chaudes batailles rangées entre
les dames peuplant les croisées et les balcons et les galants
postés dans la rue, ou entre les voiturées du «cours» et les
piétons qui les passent en revue.
L'après-midi du mardi gras, Laurent reconnut dans l'embrasure
d'une fenêtre de l'Hôtel Saint-Antoine, louée a un taux formidable
pour la circonstance, Mmes Béjard, Falk, Lesly, et les deux
petites Saint-Fardier.
Il n'avait plus revu sa cousine depuis le sas de l'hôtel Béjard,
et il s'étonna de n'éprouver, à l'aspect de Gina tant idolâtrée,
que du dépit et une sorte de rancune. Il lui en voulait, pour
ainsi dire, de l'avoir aimée. Sa vie orageuse, la misère et la
désolation des parias auxquels il venait de se frotter, n'étaient
pas étrangères a ce revirement.
Mais la catastrophe de la Gina avait compliqué cette antipathie
d'une sorte de terreur et d'aversion superstitieuses. La Nymphe du
Fossé, le mauvais génie de l'usine Dobouziez, exerçait à présent
son influence lénifère sur toute la cité. Elle empoisonnait
l'Escaut et irritait l'Océan.
La vague tristesse que reflétait le visage de la jeune femme, la
part très molle qu'elle prenait à la guerre des pepernotes, la
nonchalance avec laquelle elle se défendait, eussent sans doute
autre fois attendri et désarmé le dévot Paridael.
Il n'est même pas dit qu'en un autre moment il n'eût retrouvé,
pour l'altière idole, quelque chose de sa religion première, mais
il se trouvait dans un de ces jours, de plus en plus fréquents,
d'humeur rêche et d'âcre irascibilité, dans un de ces états d'âme
où, gorgé, saturé de rancoeur, on nourrit l'envie de casser
quelque bibelot précieux, de détériorer une oeuvre dont la
symétrie, l'immuable sérénité insulte à la détresse générale;
conjonctures critiques où l'on irait même jusqu'à chagriner et
bourreler de toutes manières la personne la plus aimée.
Il trouva piquant de se joindre au bataillon de freluquets qui,
stationnant sur le trottoir en face de l'hôtel, de manière à bien
se mettre en évidence, rendaient hommage aux jeunes dames en leur
décochant languissamment du bout de leurs doigts gantés un
pepernote, pas plus d'un à la fois et pas trop dur. Parmi ces
beaux messieurs se trouvaient les deux Saint-Fardier, von Frans,
le fringant capitaine des gardes civiques à cheval, Diltmayr, le
grand drapier et marchand de laines verviétois et un personnage
basané, de mine exotique, exhibant une cravate rouge et des gants
patte de canard, que Laurent voyait pour la première fois.
Agacé par le flegme et les airs blasés de Mme Béjard autant que
par la piaffe et les petites manières des gandins, il résolut de
ne pas la ménager, se promit même de lasser sa patience, de la
harceler, de la forcer à se retirer de la scène. Fouillant dans
les poches profondes de sa blouse, il se mit à diriger de pleines
poignées de pepernotes vers la belle impassible. Ce fut une
continuelle volée de mitraille. Les projectiles lancés de plus en
plus fort visaient toujours Mme Béjard et de préférence au visage.
Après un furtif examen de ce pierrot débraillé, elle affecta
longtemps de ne point lui prêter d'autre attention. Puis, devant
l'impétuosité et l'acharnement de l'agression, elle abaissa à deux
ou trois reprises un regard dédaigneux vers le quidam et se mit à
caqueter de l'air le plus détaché du monde avec ses compagnes.
Cette attitude ne fit qu'exciter Laurent. Il ne garda plus la
moindre mesure. Elle s'occuperait de lui ou viderait la place. À
présent, il tapait comme un furieux.
Regardé de travers, dès le début, par la clique fashionable à
laquelle il prêtait un renfort intempestif, ces messieurs de plus
en plus indisposés contre ce carême-prenant avaient renoncé au
jeu, récusant et désavouant un partenaire si loqueteux.
Autour d'eux, au contraire, on s'amusait beaucoup de cette
balistique endiablée. Le populaire était prêt à prendre contre les
galantins le parti de cet intrus, qui se réclamait de lui par ses
allures et ses dehors. C'était un peu à leur bassesse, à leur
abjection collective que la patricienne opposait ses dédains de
plus en plus irritants.
Un moment on vit sourdre des gouttelettes de sang le long d'une
écorchure produite à la joue de Gina par la chevrotine de
Paridael. Elle détourna à peine la tête, esquissa une moue
dégoûtée et loin d'honorer d'une riposte cet adversaire
discourtois, elle dirigea, machinalement, une poignée de
pepernotes d'un tout autre côté de la place.
-- Assez! crièrent les gommeux, faisant mine de s'interposer.
Assez, le voyou!
Mais des compagnons de rude encolure se calèrent entre Paridael,
et ceux qui le menaçaient, en s'exclamant: «Bien touché, le
bougre! Hardi!... Laissez faire!... C'est carnaval!... Franc jeu!
Franc jeu!»
Paridael n'entendit ni les uns, ni les autres. Enfiévré par cet
exercice comme un sportman briguant l'un ou l'autre record, il
n'avait de regards et d'attention que pour Régina. Il la cinglait,
la criblait d'une réelle animosité. Son bras nerveux faisait
l'office d'une fronde et manoeuvrait avec autant de violence que
de précision.
Dans la chaleur du tir, chaque volée le rapprochait d'elle, l'élan
de son bras l'emportait à la suite de la mitraille, il lui
semblait que ses doigts s'allongeassent jusqu'à toucher aux joues
de la jeune femme et c'étaient ses ongles qui lui déchiraient
l'épiderme!
Gina, non moins entêtée, s'obstinait à lut servir de cible, ne
bronchait pas, demeurait souriante, ne daignait même pas se
protéger le visage de ses mains.
Elle n'avait pas reconnu Laurent, mais elle prenait plaisir à
exaspérer, à pousser à bout ce truculent maroufle, bien résolue à
ne pas démentir un instant sa force d'âme sous les regards
hostiles de la populace.
Laurent en était arrivé à ce degré de rage férine où, commencé en
badinage, un jeu de main dégénère en massacre. Faute d'autres
munitions, il lui aurait lancé des cailloux, il l'aurait lapidée.
Les bonbons semblaient durcir sous la pression de ses mains
nerveuses, et tel était le silence anxieux de la foule qu'on les
entendait battre les vitres, la muraille et même le visage de
Gina.
À la fin, ce visage fut en sang. De force, Angèle et Cora firent
rentrer Régina dans la pièce et rapprochèrent, derrière elle, les
battants de la porte-fenêtre.
Alors d'une dernière poignée de pepernotes, Laurent étoila une des
glaces derrière laquelle apparaissait la courageuse femme.
Puis haletant, harassé comme après une corvée, aussi insoucieux
des grondements et des murmures de réprobation que sa brutalité
soulevait chez les gens biens mis, que des applaudissements et des
rires affriolés de la plèbe, il se perdit dans la foule, gagna en
toute hâte une rue latérale, à l'écart de la tourmente et du
grouillement: et là, pris de remords et de honte, son ancienne
idolâtrie réagissant subitement contre son esclandre sacrilège, il
eut une crise de larmes qui brouillèrent son maquillage et le
firent ressembler au «petit sauvage» barbouillé par Gina, il y a
vingt ans, dans le jardin de la fabrique.
Un rassemblement qui s'était insensiblement formé autour de ce
pierrot larmoyant le rappela si catégoriquement à son rôle de
masque éhonté et braillard, que les badauds purent s'imaginer
qu'il avait pleuré pour rire.
Vers le soir, il alla relancer quelques pauvres diables figurants
et figurantes d'un théâtre en déconfiture, qu'il entraîna dîner
chez Casti, le restaurateur à la mode. Ce serait sa dernière
bombance! Quoi qu'il entreprit pour s'étourdir et se monter le
coup, il manqua d'entrain. Au lieu de le lénifier, le vin ne fit
que l'endolorir. D'ailleurs, il était harassé de fatigue. Il
s'assoupit au milieu du repas, tandis qu'autour de lui, les autres
dévoraient et lampaient en silence.
Moitié rêves, moitié rêveries, certains paysages lui revenaient
comme un douceâtre déboire. Le passé, la vie perdue soufflait par
bouffées chargées de moisissure, de parfum ranci, de remeugle
écoeurant, et, en cette brise rétrospective et intermittente,
roulaient les scabreuses ritournelles ouïes tous ces soirs dans
les cabarets interlopes. L'inutilité de ses jours défilait devant
Laurent en une procession macabre, une traînée de gilles et de
pierrots malades, nigaudant, zézayant, frileux et plaintifs, que
des accès salaces électrisaient et qui se torsionnaient et se
mêlaient dans des danses lascives comme le spasme même...
Comme il s'endormait pour de bon, indifférent aux caresses
reconnaissantes et presque canines d'une fille, il sursauta au
bruit d'une explication assez vive à l'entrée de l'escalier, suivi
de pas dans l'escalier, puis dans le corridor, qui se
rapprochèrent du cabinet où soupait Laurent, mais s'arrêtèrent
devant le numéro voisin.
-- Ouvrez! Au nom de la loi! commanda une voix grave, aux
intonations brutalement professionnelles, celle d'un commissaire
de police.
Laurent revenu complètement à lui, dégrisé en un clin d'oeil,
enjoint à ses compagnons de faire silène, en même temps qu'il
colle l'oreille a la cloison, séparant les deux pièces.
Des cris, un tohu-tohu, de la casse, une fenêtre qu'on ouvre, mais
pas de réponse. Puis le fracas de la porte qu'on a fait sauter.
Insurgé d'instinct contre toute autorité, prêt à prendre le parti
des noceurs, contre la police, Laurent s'est précipité au dehors,
et, par-dessus les épaules du commissaire arrêté sur le seuil du
salon, celles de Béjard, d'Athanase et de Gaston, il aperçoit à sa
consternation, Angèle et Cora, blotties chacune dans un angle de
la chambre et s'efforçant de dissimuler dans les plis d'un rideau
de fenêtre, la simplicité païenne de leur toilette. Non loin
d'elles, cherchant à prendre une contenance, un air digne et
résolu, incompatible, pourtant, avec leur ajustement aussi
sommaire que celui de leurs belles, se campent le svelte von
Frans, le gros Ditmayr et aussi -- bien reconnaissable quoiqu'il
n'ait pas plus gardé que le reste, sa cravate rouge et ses gants
patte de canard -- le rastaquouère basané à qui Laurent apprit cet
après-midi à lancer les pepernotes.
Les maris sont peut-être plus atterrés, plus éplafourdis encore
que les galants; c'est du moins le cas pour les deux jeunes Saint-
Fardier. Le commissaire lui-même manque d'assurance et
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