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rue étroite et passante, encombrée du matin au soir de véhicules
de toutes sortes, camions et fardiers des corporations ouvrières,
charrettes et banneaux de maraîchers.
Les fenêtres de Laurent prenaient vue, par-dessus les bicoques
d'en face, sur les jardins du pléban de la cathédrale. L'immense
vaisseau gothique dépassait la futaie. Quelques corneilles
voletaient en croassant autour du faîte de l'église.
C'est à Notre-Dame qu'on avait tenu Laurent sur les fonts
baptismaux, et justement le carillon, le cher carillon, l'âme
mélodieuse de la tour, qui l'avait bercé durant ses premières
années quand il jouait aux osselets ou à la marelle, devant la
porte, avec les polissons du voisinage, se mit à égrener les notes
d'une vieille ballade flamande que Siska chantait autrefois:
Au bord d'un rivelet rapide
Se lamentait une blanche jeune fille.
Laurent résolut d'aller retrouver sur-le-champ cette féale amie.
Une nouvelle commotion l'attendait au Port en face du grand
fleuve. Il déboucha place du Bourg, à l'endroit où le quai
s'élargit et pousse une pointe dans la rade. De l'extrémité de ce
promontoire la vue était magnifique.
En aval et en amont l'Escaut déroulait avec une quiétude
majestueuse ses superbes masses de flots. On le voyait dessiner
une courbe vers le nord-ouest, fuir, se contourner, poursuivre,
virer de nouveau, comme s'il voulait rebrousser chemin pour saluer
encore la métropole souveraine, la perle des cités rencontrées
depuis sa source, et comme s'il s'en éloignait à regret.
À l'horizon, des voiles fuyaient vers la mer, des cheminées de
steamers déployaient, sur le gris laiteux et perlé du ciel, de
longues banderoles moutonnantes, pareils à des exilés qui agitent
leurs mouchoirs, en signe d'adieu, aussi longtemps qu'ils sont en
vue des rives aimées. Des mouettes éparpillaient des vols d'ailes
blanches sur la nappe verdâtre et blonde, aux dégradations si
douces et si subtiles qu'elles désoleront éternellement les
marinistes.
Le soleil se couchait lentement; lui aussi ne se décidait pas à
s'éloigner de ces rives. Ses rougeurs d'incendie, sabrées de
larges bandes d'or, mettaient à la crête des vagues comme de
lumineuses gouttelettes de sang. C'était à perte de vue, le long
des pilotis, des quais plantés d'arbres, puis des digues herbeuses
du Polder, un papillotement, un scintillement de pierreries
animées.
Des barques de pêcheurs regagnaient les canaux de refuge et les
bassins de batelage. De flegmatiques péniches se laissaient
pousser, à vau l'eau, si lentement qu'elles en paraissaient
immobiles et comme pâmées aux caresses titillantes de cette eau
pleine de flamme, chargée de fluide comme une fourrure de félin.
Les voiles blanches devenaient roses. Les contours des bateaux, le
ventre et les flancs des carènes étaient très arrêtés à cette
heure. Et, par instants, sur la toile des chaloupes se détachaient
noires, agrandies, prenant on ne sait quelle autorité fatidique,
quelle valeur supraterrestre de nobles silhouettes de marins
tirant sur une amarre ou transplantant un mât.
À droite, aux confins de la zone des habitations, s'enfonçaient
profondément vers l'intérieur, comme à la suite d'une victoire du
fleuve sur la terre, d'immenses carrés qui étaient des bassins,
puis encore des bassins d'où s'élançaient en cépées compactes des
milliers de mâts compliqués, aux gréements croisés de vergues. Et
dans cette forêt de mâts, musoirs, passerelles, sas, écluses,
cales sèches ménageaient des clairières, des échappées sur
l'horizon.
En certain point des bassins, l'encombrement était tel que, vus de
loin, mâtures et cordages des navires accotés semblaient
s'enchevêtrer, se croiser, et évoquaient des filets aux mailles si
serrées, qu'ils en offusquaient le rideau d'éther opalin où
piquait quelque étoile hâtive et faisaient rêver de toiles tissées
par des mygales fabuleuses, où les fanaux multicolores et les
constellations d'argent viendraient se prendre comme des lucioles
et des lampyres.
Prête à se reposer, la ruche commerçante se hâtait, redoublait
d'activité, désireuse de finir sa tâche quotidienne. À des
recrudescences de vacarme succédaient de subites accalmies. Les
pics des calfats cessaient de battre les coques avariées; les
chaînes des grues des cabestans interrompaient leurs grincements;
un vapeur en train de geindre et de renâcler se taisait; les cris
d'attaque, les mélopées rythmiques des débardeurs et des marins
attelés à des manoeuvres collectives, tarissaient subitement.
Et ces alternatives de silence et de tumulte s'étendant
simultanément sur tous les points de la ville laborieuse,
donnaient l'idée du soupir d'ahan dans lequel se soulèverait et
s'abaisserait une poitrine de Titan.
Dans l'infini brouhaha, Laurent discernait des appellations
gutturales, rauques ou stridentes, aussi fignolées que les
mélancoliques sonneries de la caserne, tristes comme la force qui
se plaint.
Et après chaque phrase du choeur humain retentissait un bruit plus
matériel; des ballots s'éboulaient à fond de cale, des poutrelles
de fer tombaient et rebondissaient sur le dallage des quais.
En reportant ses regards, du fleuve sur la rive, Laurent aperçut
une équipe de travailleurs réunissant leurs forces, pour mouvoir
quelque arbre géant, de la famille des cèdres et des baobabs,
expédié de l'Amérique. Leur façon de faire la chaîne, de se
grouper, de se buter à ce bloc inerte, de jouer des épaules, des
reins, de la croupe, auraient fait pâlir et paraître mièvres les
bas-reliefs des temps héroïques.
Mais une odeur véhémente et compliquée, où se fondaient sueurs,
épices, peaux de bêtes, fruits, goudron, varech, cafés, herbages,
et qu'exaspérait la chaleur, montait à la tête du contemplatif,
comme un bouquet supérieur, l'encens agréable au dieu du commerce.
Ce parfum, taquinant ses narines, sensibilisait ses autres sens.
Le carillon se remit à chanter. Planant au-dessus de l'eau, il
parut à Laurent plus doux, plus tendre encore, lubrifié par une
mystérieuse onction.
Les mouettes viraient, leur essor oblique prenait l'air en
écharpe. Elles s'approchaient, s'éloignaient, revenaient encore,
se livraient à une chorégraphie réglée par les rites élémentaires;
tour a tour attirées, par l'eau, la terre et le ciel, jusqu'au
moment où ces trois maîtres de l'espace s'embrasaient dans un même
bain d'humide et grasse lumière vespérale...
À ce dernier prestige, Laurent se détourna, ébloui, perdant pied,
attiré vers l'abîme. Il regarda de nouveau l'équipe du baobab;
puis avisa, plus rapproché de lui, un lourd camion attelé d'un
cheval énorme, et le voiturier, attendant, à côté, que l'on
chargeât son véhicule. Et sur la planche entre le char et le
navire, le va-et-vient cadencé des plastiques débardeurs
encapuchonnés, ployant le cou, mais non le torse, sous le faix, la
croupe pleine modelée sur la poupe même du navire; les jarrets
musclés fléchissant très peu à chaque pas; asseyant d'une main la
charge sur les omoplates, l'autre poing sur la hanche. Des dieux!
Une pyramide de ballots s'éleva graduellement sur te fardier. Le
croc de la grue hydraulique ne cessait de fouiller et de mordre
les flancs du transatlantique et d'en retirer des monceaux de
marchandises.
Non loin de là, opération contraire, au lieu de rider le ventre du
vapeur, on le gavait sans relâche; du charbon tombait dans ses
soutes, des sacs et des caisses s'engouffraient dans les
profondeurs insatiables de sa cale. Et ses pourvoyeurs suaient à
grosses gouttes sans parvenir encore à apaiser sa fringale.
Ces manoeuvres de force accomplies par une élite d'hommes
suggéraient à l'observateur la grandeur et l'omnipotence de sa
ville natale. Mais elles ne laissaient pas de l'effrayer, de
l'intimider.
En ce moment où, enthousiaste, vierge de projets, il demandait de
l'intimité, des avances, des effusions aux pierres mêmes de la
cité, cet accueil au bord de la rade le froissait par son trop
grand éclat.
-- Serais-je encore une fois repoussé et tenu à distance? se
demandait l'orphelin.
Et voilà que, dans son appareil glorieux, Anvers lui incarna, à
son tour, une non moins hautaine et triomphale créature.
Se rendant un soir au théâtre, en grand apparat, sa cousine Gina
était tellement éblouissante qu'une impulsion inéluctable le
précipita vers elle comme un violent. Mais la radieuse jeune fille
prévint ce mouvement d'adoration. Elle se rajusta, écarta, d'un
geste distant, le candide idolâtre comme une poussière malpropre,
et de sa voix désespérément égale, sans joie, sans même cette
lueur de satisfaction que tout hommage, partit-il d'un bas-fond,
appelle sur le visage de la femme, elle lui dit: «Mais, laisse-
donc, gros benêt, tu vas chiffonner mes volants!»
Oui, sa ville trop belle, trop riche, ce berceau trop vaste pour
son nourrisson en imposa ce soir à Laurent.
-- Va-t-elle aussi m'écarter, comme un rebut, un indigne? se
demandait-il avec angoisse.
Mais comme si l'adorable ville, moins dure, moins cruelle que
l'autre, eût lu la détresse du déclassé et tenu à ce que rien ne
gâtât l'ivresse de son émancipation, avant que son coeur se fût
serré complètement, le ciel enflammé amortissait son éclat trop
acerbe et, du même coup, l'eau dans laquelle on semblait avoir
fondu des rubis retrouvait son apparence normale. L'atmosphère
crépusculaire redevint fluide et tendre; les flots s'ouatèrent
d'une brume légère, à l'horizon il n'y eut plus que des rappels
roses de l'embrasement furieux qui avait effarouché Paridael.
Ce fut une véritable détente. La ville lui serait donc meilleure,
plus pitoyable!
Même les mouvements des débardeurs lui parurent moins surhumains,
moins hiératiques. Les ouvriers sur le point de cesser le labeur
se surprenaient à respirer et à souffler comme de simples mortels,
les bras ballants ou croisés, ou se frottant le front du revers de
la manche. Laurent les trouvait tout aussi beaux comme cela, et
meilleurs. Au moment de rentrer, de se baigner dans l'intimité du
ménage, ils souriaient, anonchalis d'avance, et une langueur leur
descendait des reins aux jambes, et leurs étreintes cherchaient
des objets moins rugueux et moins inertes.
Laurent remettait pied dans la réalité.
II. LA CASQUETTE
À la recherche du logis des Tilbak, il s'était engagé dans le
quartier des Bateliers.
On commençait à allumer les réverbères, lorsqu'il avisa une petite
boutique portant pour enseigne: À la Noix de Coco, à l'étalage de
laquelle s'amoncelaient les objets les plus disparates; lunettes
et boussoles marines, coffres de matelots, chapeaux goudronnés,
casquettes de grosse laine, paquets de tabacs anglais et américain
enveloppés de papier jaune, tablettes de cavendish ou rôles de
tabac à chiquer, canifs, crayons, flacons de parfum, savon de
Windsor.
Quelque chose lui disait que c'était là le logis de sa chère
Siska. Il n'eut plus de doute en avisant, dans la boutique, une
femme occupée à ranger les articles déplacés. Elle tournait le dos
à Laurent, et comme la pièce n'était pas encore éclairée, il
distinguait à peine sa silhouette, mais avant qu'elle lui eût
montré son visage, il l'avait reconnue. Elle alluma les quinquets.
Il la voyait en face. C'était la même bonne figure ouverte
d'autrefois; elle avait encore ses bandeaux de cheveux crespelés,
un peu grisonnants à présent, où les doigts du gamin
s'embarrassaient et qu'il tirait sans pitié. Il demeurait en arrêt
devant l'étalage, de l'air d'une pratique qui fait son choix et,
comme la rue était plus sombre que la boutique, Siska avait plus
de peine à le distinguer. De temps en temps, tout en vaquant à la
toilette de son magasin, elle lançait au quidam hésitant un regard
à la dérobée. Cela ne mordait donc pas? Que fallait-il pour
l'amorcer? Pauvre femme! Laurent se demandait si elle vendait
beaucoup de ces articles?
Siska, ne comptant plus sur ce client, allait se retirer dans une
chambrette au fond du magasin. En poussant la porte, il fit tinter
une sonnette, elle se ravisa et vint à lui, avec cet empressement
et ce sourire engageant des marchands devant l'acheteur.
De l'air le plus grave, Laurent lui demanda à essayer des
casquettes. Elle le dévisagea, tâchant de juger, d'après le reste
de son ajustement, quelle coiffure lui agréerait. Cet examen
rapide lui donna sans doute une idée assez haute de l'élégance de
Paridael, car elle lui montra ce qu'elle «tenait» de plus cher
dans ce genre d'articles, des casquettes marines de fantaisie
comme en portent les passagers huppés. Mais Laurent demanda à voir
des casquettes de paysan, de roulier, d'arrimeur, et feignit de
jeter son dévolu sur d'énormes bourrelets en laine brune, à
visière et à pompon.
Siska le considéra rapidement, avec méfiance. Un excentrique, pour
sûr! ou quelque sujet ayant de bonnes raisons pour se déguiser en
dehors du temps de carnaval! Rien de propre en somme. Et elle mit
le comble à la joie malicieuse de Laurent -- qui épiait son manège
du coin de l'oeil, et sans oser la regarder en face de peur de se
trahir -- en enlevant rapidement le trousseau de clefs laissé sur
le tiroir. Laurent eut l'occasion de se rappeler, par la suite,
cette velléité de mascarade et cette fantaisie pour la coiffure
plébéienne.
Gardant sur la tête un des spécimens les plus tapageurs de
l'assortiment, coiffure rogue qui eût fait les délices d'un rôdeur
de quai, il lui en demanda le prix. Elle eut alors un air de
consternation si amusant, si sincère, qu'il ne parvenait plus à se
contenir. Tandis qu'elle lui rendait la monnaie sur un billet de
vingt francs, avec la hâte de quelqu'un qui voudrait se
débarrasser au plus vite d'un client louche, lui, au contraire,
prenait son temps, n'en finissait pas de se mirer et d'ajuster son
emplette de la manière la plus impudente et la plus dégagée.
Enfin, les poings sur les hanches il se campa, falot, devant la
marchande et la dévisagea obstinément... Et comme, intriguée par
ce regard, la bonne femme changeait de couleur, retrouvant dans
ses jeux une expression bien connue, Laurent lui sauta brusquement
au cou. Avec un cri, elle lui avait déjà ouvert les bras.
-- C'est moi, Siska! Moi, Laurent Paridael... votre Lorki...
-- Lorki!..., monsieur Laurent! Est-il Dieu possible! s'exclama la
bonne âme.
Elle le lâchait et se reculait pour l'admirer, l'étreignait de
nouveau, rouge de plaisir et de confusion, et ne cessait de se
récrier: «Voyez-vous ce vilain farceur! ce gamin qui me bernait
avec tant de sérieux!»
Cependant, aux exclamations de Siska, Vincent était accouru, pas
moins agréablement surpris que sa femme. Ils poussèrent Laurent
par les épaules, dans leur petite chambre de ménage.
Ce réduit ressemblait furieusement à une cabine. Le jour, une
fenêtre aussi étroite qu'une meurtrière y répandait une lumière
glauque comme sous-marine. Ses industrieux occupants résolvaient
chaque jour le problème d'y faire tenir le plus possible d'êtres
et d'objets. Pas un pouce d'espace qui y fût perdu. Cette chambre
était enduite d'une couleur brune, jouant l'acajou, ornée de
quelques gravures représentant des scènes de voyage; il y avait
sur la cheminée un trois-mâts en miniature, voguant à toutes
voiles, chef-d'oeuvre confectionné par Tilbak, et quelques-uns de
ces grands coquillages dans lesquels, en les appliquant contre
l'oreille, on entend mugir l'Océan.
Laurent se trouva mis en présence d'une kyrielle d'enfants de tout
âge. On lui présenta d'abord Henriette, une accorte ménagère. Un
visage ovale, allongé sans disgrâce, des yeux bleus étonnamment
doux, pour ainsi dire lactés, des boucles blondes, une physionomie
reposée et confiante; toute la personne embaumait la candeur
primordiale et la foncière pureté.
L'existence pour Siska de cette adolescente héritière ne laissait
pas d'intriguer Laurent. Devinant qu'il supputait les années
écoulées depuis leur mariage, Vincent profila d'une sortie de la
fillette pour lui dire à l'oreille, avec un coup de coude et le
bon rire franc et luron, et le clin d'oeil dont l'homme du peuple
accompagne généralement ses gaillardises:
-- Dame! monsieur Laurent! Lorsque Siska vous avait mis coucher,
il nous fallait bien passer le temps... La mijaurée ne
m'allongeait des claques et ne me tenait à distance que devant
vous.
Et Laurent se rappela certaine maladie mystérieuse de la servante,
et aussi avec quelle joie et quelle bonté Jacques Paridael la vit
revenir après une villégiature d'un mois.
Après Henriette venait Félix, un membru noiraud de quatorze ans
ressemblant au père, et que Door Bergmans avait engagé comme
saute-ruisseau et «garçon de courses», puis Pierket, un délicieux
garçonnet de douze ans, aux cheveux blonds comme sa mère et sa
grande soeur, mais avec les vifs yeux bruns et le teint un peu
ambré de son père et de Félix; et Lusse, une bambine de six ans à
peine -- la miniature de sa mère.
Que de confidences et d'épanchements! Laurent raconta aux Tilbak
ce qui s'était passé depuis le renvoi de Vincent, mais une pudeur
l'empêcha de parler de Gina. Il n'était pas sûr de la détester
autant qu'il l'aurait voulu. Ne venait-il pas de l'évoquer au bord
de l'Escaut?
Sollicité par son élément favori, mais forcé de renoncer à la
navigation hauturière et même au cabotage, Vincent cumulait les
fonctions de marinier, passeur et conducteur d'allèges; il
conduisait aussi jusqu'au bas de la rivière, les «commis de
rivière», envoyés parles trafiquants à la rencontre des navires
signalés au pilotage.
-- Et vous, qu'allez-vous devenir? demanda Vincent avec cette
rondeur des dévouements qu'on ne pourrait jamais taxer
d'indiscrétion.
Le jeune homme l'ignorait lui-même. Il n'avait rien à attendre des
gens de sa famille, et ses cent francs eussent-ils représenté une
rente suffisante, qu'il n'était pas d'âge à paresser.
-- Si je vous ai bien compris, reprit le mari de Siska, vous
préféreriez à un emploi sédentaire une besogne qui vous
permettrait d'aller et venir et de vous donner du mouvement. Je
tiens peut-être votre affaire. Un chef de «Nation» de mes
camarades a besoin d'un employé qui l'aide dans ses calculs et
dans la surveillance de la besogne, au chantier et à l'entrepôt.
Faut-il lui parler?
Laurent ne demandait pas mieux; il fut convenu qu'il reviendrait
prendre des nouvelles le lendemain.
III. RUCHES ET GUÊPIERS
Maître Jean Vingerhout engagea, sur-le-champ, le jeune homme
recommandé par son ami Vincent Tilbak, Jean était un joyeux
vivant, râblé, solide, cadet de notables fermiers des Polders les
alluvions de l'Escaut, lequel, fatigué de cultiver à perte, avait
acheté, avec le produit de son héritage, une part d'actionnaire
dans une «Nation».
Les «Nations», corporations ouvrières rappelant les anciennes
gildes flamandes, se partagent l'entreprise du chargement, du
déchargement, de l'arrimage, du camionnage et de l'emmagasinement
des marchandises; elles forment dans la cité moderne une puissance
avec laquelle doit compter le clan des forts commerçants de la
place, car, coalisées, elles disposent d'une armée de compagnons
peu formalistes capables d'entraîner une stagnation complète du
trafic et de tenir en échec le pouvoir du Magistrat. Là, du moins
on sauvegarderait les droits des enfants du terroir; jamais
l'immigré ne supplanterait l'aborigène de la contrée anversoise
comme baes, c'est-à-dire maître, ou même comme simple compagnon.
L'«Amérique», la plus ancienne et la plus riche de ces nations, au
service de laquelle venait d'entrer Laurent, écrémait la main-
d'oeuvre, disposait des plus beaux chevaux, possédait des
installations modèles et un outillage perfectionné. Chariots,
harnais, grues, bâches, cordeaux, bannes, poulies et balances
n'avaient point leurs pareils chez les corporations rivales.
Depuis Hoboken jusqu'à Austruweel et à Merxem on ne rencontrait
que ses diligentes équipes. Ses poseurs et ses mesureurs
transbordaient le grain importé sur des allèges d'une contenance
invariable; ses portefaix juchaient les sacs et les ballots sur
leurs épaules et les rangeaient à quai ou les guindaient sur les
fardiers; ses débardeurs déposaient sur la rive des planches,
poutres et grumes en réunissant les produits de la même essence.
Trop habitués à ouvrer de leurs dix doigts pour s'escrimer du
crayon et de la plume, c'était Laurent qui, sur la présentation de
leur collègue Vingerhout, le syndic des chefs ou baes, était
chargé de leur besogne de bureau et aussi du soin de contrôler, à
l'entrée ou à la sortie des docks, les chiffres renseignés par les
peseurs et mesureurs d'autres corporations.
Un négociant en café, client de l'Amérique, a-t-il repris une
partie de denrées à un confrère, Laurent reçoit le stock des mains
de la nation concurrente avec laquelle a traité le vendeur. Il en
a souvent pour une journée de posage sur le quai en pleine cohue,
sous les ardeurs du soleil ou par la pluie et la gelée. Mais il
s'absorbe en la tâche. Des centaines de balles poinçonnées et
numérotées depuis la première jusqu'à la dernière défilent devant
lui. Il additionne des colonnes de chiffres tout en surveillant du
coin de l'oeil le jeu de la balance. Car gare aux erreurs! Si le
preneur ne trouvait pas son compte, c'est l'Amérique qu'il
tiendrait responsable de l'écart, à moins que Laurent n'eût
constaté que le préjudice émanait du vendeur et de ses ouvriers.
Plusieurs fois il eut à surveiller les expéditions de l'usine
Dobouziez, et ce n'était pas sans émotion qu'il avisait les
caisses blanches balafrées au pinceau noir du sacramentel D. B. Z.
Mais il n'éprouvait pas le moindre regret de son changement de
position. Au contraire. Il se réjouissait de servir ces patrons
sans morgue, ces baes d'un abord si réconfortant, au lieu de pâtir
dans un bureau morose à la solde d'un Béjard ou d'un autre
arrogant parvenu. Devant la rade et les bassins remplis de
navires, ce mouvement ininterrompu des entrées et des sorties, ces
dégorgements ou ces engloutissements de cargaisons, ce va-et-vient
entre les entrepôts flottants et les docks du rivage, cet
éboulement continu des marchandises sur le quai et au fond des
cales, le commerce ne lui paraissait plus une abstraction, mais un
organisme tangible et grandiose.
Souvent Laurent assistait à la réunion des baes, le soir, dans une
brasserie du Port. Fardiers et camions sont remisés sous les
hangars, mangeoires remplies, litières renouvelées. Les chevaux
broient le picotin, le comptable a fermé ses registres, les vastes
bâtiments ne logent plus d'autre compagnon que le garde-écurie, et
les grosses portes massives, vraies portes de forteresse,
protègent la fortune de l'Amérique contre les coups de mains des
ribleurs et des larrons.
Les bruyantes assemblées, l'épique déboutonnage, les croustilleux
ou tonitruants propos, alors, à l'»herberge» habituelle! Tudieu!
ces rudes chefs de corporation, ces baes à peine mieux équarris
que leurs subalternes, en lâchent de carabinées qui
renverseraient, comme ils en conviennent eux-mêmes, un paysan de
son cheval! Il fait beau les voir se nettoyer la bouche d'une
gorgée en conséquence, après une gaillardise énorme entre toutes
qui les fait se trémousser sur leurs escabeaux et communiquer à la
table, à l'armée des demi-litres et aux carreaux des fenêtres une
trépidation comparable à celle que provoquent pendant le jour les
cahotements sur le pavé d'un de leurs formidables attelages.
Laurent sortait de ces conférences abasourdi, assommé, un peu
asphyxié, comme si on l'avait regoulé de forts quartiers de viande
ou même exposé comme un jambon à des fumigations prolongées. Et en
présence de ces tourmentes d'humeur pléthorique comment taxer
d'exagération l'exubérance sanguine et la licence presque animale
des coloristes du passé!
En temps de presse, lorsque les salariés à demeure, l'effectif
stationnant, aux heures de la reprise du travail, devant les
locaux de l'Amérique, ne suffisait pas à l'abondance de la peine,
il arriva à Laurent d'accompagner son maître Jan Vingerhout au
Coin des Paresseux, le carrefour voisin de la Maison Hanséatique,
ainsi appelé parce que s'y tenait la Bourse des chômeurs
perpétuels. Bien typiques les scènes d'embauchage et de
recrutement auxquelles il assista! La première fois Laurent ne
comprenait pas que baes Jan, ayant seulement besoin d'un renfort
de cinq hommes, s'était embarrassé d'une vingtaine de ces
maroufles, assurément fort valides, même bâtis pour fournir des
travaux de géant, mais n'exerçant jamais leur musculature que dans
des altercations de pochard et mêlant trop d'alcool à leur sang
riche.
-- Attendez! lui dit, en riant, le baes, qui connaissait son
monde.
Après des transactions saugrenues, les drôles acceptaient enfin le
marché et se mettaient en route, mais comme à leur corps défendant
et en poussant, chaque fois qu'ils mettaient un pied devant
l'autre, des soupirs à fendre l'âme.
Arrivés à une vingtaine de mètres de leur lieu de stationnement,
l'un ou l'autre de ces lazzaroni du Nord, s'arrêtait net et
déclarait ne plus pouvoir avancer si on ne lui administrait un
cordial à base d'alcool.
Vingerhout faisant la sourde oreille, le soiffard se traînait non
sans maugréer à sa suite, quitte à formuler la même déclaration
quelques pas plus loin. Quoique deux autres recrues eussent appuyé
la supplique du camarade par un suggestif claquement de langue et
des gestes dignes de Tantale, le recruteur n'entendait pas plus
que la première fois.
Au troisième débit de liqueurs, autant dire à la sixième maison,
le patient s'avoua vaincu et, avec un juron de désespoir, déserta
la compagnie pour s'approcher du zinc plus irrésistible que
l'aimant. Ses deux partisans se traîneront jusqu'à l'assommoir
suivant, mais là, après une suprême, mais vaine sommation à
l'embaucheur, ils reprirent leurs libations au dieu Genièvre.
Laurent commença à comprendre pourquoi Vingerhout avait forcé le
contingent.
-- Ces trois-là sont des ivrognes et des lendores[4] patentés! lui
dit le baes. Je ne les engage plus que par acquit de conscience,
persuadé qu'ils me lâcheront à l'un des premiers tournants du
quai. Encore ne suis-je pas sûr des autres!
Jan avait raison de se méfier de leur force de caractère. Le
chantier vers lequel il tendait étant situé à près d'un kilomètre
de là, quelques défections se produisirent encore, l'une pratique
débauchant l'autre, si bien qu'à l'arrivée à pied d'oeuvre il ne
restait à Vingerhout que les dix bras dont il avait besoin.
-- Estimons-nous heureux que ceux-ci ne nous soient pas glissés
entre les doigts à la dernière minute, ce qui nous aurait forcé de
retourner à leur vivier et d'y recommencer la pêche! conclut le
Poldérien philosophe sans épiloguer autrement sur cet édifiant
épisode. Et pour reconnaître leur relative complaisance, il leur
paya une tournée du mirifique genièvre.
Laurent apprit à connaître des gaillards, plus originaux encore
que ces clampins, en accompagnant Vincent Tilbak qui conduisait,
en chaloupe, l'un ou l'autre commis de rivière, à la rencontre
d'un arrivage. L'amarre détachée, le rameur ne pouvait d'abord que
godiller, pour sortir du bassin de batelage et de la rade sans
heurter les chalands et les navires à l'ancre. L'yole passait
entre deux vaisseaux dont les oeuvres mortes semblaient de
somnolentes baleines ayant pour prunelles les fanaux clignotants.
Puis Tilbak jouait allègrement de l'aviron. Un silence
intermittent, plus majestueux que le calme absolu, planait sur la
terre et le ciel. Laurent prêtait l'oreille au grincement des
taquets frictionnés par les rames, à l'égouttement de l'eau des
palettes, au clapotis dans la cale. Parfois un «qui vive» partait
d'une patache de la douane en quête de smoglers. Le nom et la voix
de Tilbak apprivoisaient les gabelous. Au Doel les nuits se
passaient, suivant la saison et la température, dans la salle
commune de la frugale auberge, cassine en bois goudronné, ou à la
belle étoile, sur l'herbe de la Digue.
On y rencontrait une engeance interlope, d'industrieux amphibies
que Laurent avait le loisir de détailler: courtiers marrons,
estafettes de mercantis, drogmans de mauvais lieux, ou, à des
échelons inférieurs encore, pilotins réfractaires, garçons de
cambuse en congé forcé, rôdeurs de quai, gibier de la
correctionnelle, fretin des pénitenciers, généralement désignés
sous l'appellation de runners. Des adolescents imberbes, de
dégourdis bouts d'hommes, noctambules comme des matous, insinuants
comme des filles: asticots des pêcheries en eau trouble.
-- N'ayez peur, monsieur Lorki, disait Tilbak, se méprenant sur la
stupeur de Laurent devant ce bivac d'interlopes.
À la vérité Paridael celait une curiosité plus que partiale, sous
une contrainte et une répugnance assez plausibles. Ils chiquaient,
pipaient, sifflaient le rogomme, poissaient des cartes, se
portaient des gageures incongrues et mêlaient à leur argot
bourguignon flamand des termes d'une langue verte cosmopolite, des
éructations de slang. Le lucre, la ruse, la colère et le vice
chiffonnaient les frimousses très avenantes à la pénombre des
larges visières marines ou des cheveux frisottant sous les bérets,
et la lumière rembrandtesque du bouge, le fuyant clair de lune, le
petit jour cuivreux du dehors, un petit jour de guillotinade, leur
prêtaient une équivoque de plus.
Le brave Tilbak, qu'ils respectaient au point de céder le passage
à son client, leur gardait rancune depuis sa vie de matelot.
-- En voilà qui s'entendent à gruger les gens de mer! disait-il.
Ah! ce qu'ils m'ont fait sacrer, ces gouins-là! Les tentations,
les boniments, qu'il m'a fallu subir, lorsqu'ils s'abattaient sur
le pont comme une nuée de poissons volants. Heureusement j'avais
l'âme trop férue de Siska pour me laisser prendre à leurs amorces.
Ils en étaient pour leurs distributions de prix courants et
d'échantillons. Je n'aurais eu garde de leur engager mon prêt, ma
chair et mon salut. Mais c'est égal, j'étais content de mettre le
pied sur le plancher des vaches, pour échapper à leurs hameçons.
Je vous le dis, monsieur Laurent, ces runners sont les vrais
suppôts des sept péchés capitaux!...
Vincent Tilbak aurait dû remarquer que, loin de partager son
animadversion, Laurent scrutait les jeunes runners avec une
complaisance indue.
Un jour il laissa même entendre à son mentor les affinités qu'il
se découvrait avec ces mauvais petits bougres[5].
À cette ouverture la physionomie de l'honnête Tilbak exprima une
si touchante consternation, que l'étourdi s'empressa de renier ces
sympathies déplacées et déclara, non sans rougir, qu'il avait
simplement voulu badiner. Des instincts d'irrégulier et de
réfractaire couvaient en lui. De là, sans qu'il parvînt à se les
expliquer, les postulations sourdes, l'énervante angoisse, la
curiosité lancinante, le navrèrent jaloux et apitoyé, à la fois
craintif et tendre, qui le travaillaient devant le farouche Moulin
de pierre, le repaire, mais aussi l'asile des êtres asymétriques.
La vie laborieuse et salubre qu'il menait avec de droits et probes
gaillards de la trempe de Jean Vingerhout, l'amitié de Vincent et
Siska, mais plus encore l'influence balsamique d'Henriette
devaient reculer l'éclosion de ces germes morbides. Laurent était
devenu le commensal régulier des Tilbak. Une confiance fraternelle
ne tarda pas à s'établir entre Henriette et lui. Jamais il ne
s'était trouvé plus à l'aise, plus rassuré, plus charmé, vis-à-vis
d'une personne de l'autre sexe. Il semblait qu'il la connût de
longue date. Ils avaient dû grandir ensemble. Le soir, Laurent
aidait les enfants, Pierket et Lusse, à écrire leurs devoirs et à
étudier leurs leçons. La soeur aînée vaquant aux soins du ménage,
allant et venant par la chambre, admirait la science du jeune
homme. Après le souper, il faisait la lecture à toute la famille
ou les instruisait en causant. Henriette l'écoutait avec une
ferveur non exempte de malaise. Lorsqu'il parlait des événements
de ce monde et de la condition de l'humanité, la jeune fille était
bien plus impressionnée par l'exaltation, l'amertume, la fièvre,
la révolte que trahissaient les propos du jeune homme, que par le
sens même de ses objurgations. Avec cette seconde vue des aimantes
âmes féminines, elle le devinait foncièrement triste et troublé,
et plus il montrait de sollicitude pour les malheureux, les
souffrants, et surtout les égarés, plus elle le chérissait lui-
même, plus elle s'absorbait candidement en lui, pressentant
qu'entre tous les misérables, celui-ci avait le plus grandement
besoin de charité.
D'ailleurs, auprès d'elle le cours de ses idées ne tardait pas à
reprendre une pente moins tourmentée. Sous la caresse tutélaire de
ces grands yeux bleus arrêtés ingénument sur lui, il ne
s'apercevait plus que de la quiétude présente, des ambiances
loyales et des sourires de la vie. Il cessait de chercher midi à
quatorze heures, imposait silence à ses orageuses spéculations.
Autrefois, à la Fabrique, les prunelles de Gina lui injectaient
sous le derme une liqueur traîtresse; il ne se possédait plus,
devenait mauvais, rêvait un bouleversement et des représailles,
une jacquerie, une révolte servile, après laquelle il se fût
attribué, pour part de butin, l'orgueilleuse et méprisante
patricienne et lui eût imposé les outrages de son incendiaire
désir. C'était même autant par rancune contre Gina que par haine
des dirigeants et des capitalistes qu'il était retourné vers les
exploités. Il allait descendre jusqu'aux parias subversifs,
lorsqu'il avait rencontré les prolétaires résignés. Il devint une
sorte d'ouvrier dilettante. La sagesse, la placidité, la belle
humeur, la philosophie de ses nouveaux entours, surtout la bonté
et le charme d'Henriette, endormirent ses rancunes, ses griefs, le
rendirent accommodant et presque opportuniste. L'image de Gina
pâlissait.
IV. LA CANTATE
En flânant sur les quais, Door Bergmans aperçut un particulier
dont la mine l'intrigua. Il eut un sursaut d'étonnement. «Je me
trompe!» se dit-il en poursuivant sa route. Mais après quelques
pas il rebroussa chemin et, reconnaissant bel et bien Laurent
Paridael, il marcha droit à lui la main tendue.
Laurent, en train de surveiller un chargement de balles de riz
entrepris par 1' «Amérique», se troubla un peu, fit même le
mouvement de se dérober, mais apprivoisé par l'abord affectueux et
simple du tribun, abandonna, momentanément son poste et se laissa
entraîner non loin de là. Mis au courant, Bergmans railla
doucement la fantaisie qui l'avait poussé à entrer comme marqueur
dans une Nation et à servir les débardeurs. Que ne s'était-il
adressé plutôt à lui? Il lui offrit même sur-le-champ, dans ses
bureaux, une place plus digne de son savoir et plus compatible
avec son éducation. Mais, à la surprise de plus en plus grande du
tribun, Laurent refusa d'abandonner sa nouvelle profession. Il
décrivit même en termes si enthousiastes, avec un tel lyrisme, son
nouveau milieu et ses nouveaux partenaires, qu'il justifia presque
son étrange vocation et que Bergmans crut ne plus devoir insister.
Il s'abstint de nommer Gina. Mis complètement à l'aise, Laurent
accueillit avec empressement la proposition de se réunir de temps
en temps Bergmans et lui, avec Marbol et Vyvéloy.
Le peintre Marbol, un petit homme sec, tout nerfs, cachait, sous
une apparence anémique et friable de souffreteux, une énergie, une
persévérance extraordinaire. Depuis une couple d'années, il
s'était acquis quelque notoriété en peignant ce qu'il voyait
autour de lui. Seul dans cette grande ville littéralement infestée
de rapins, de colorieurs en chambre, dans cet ancien foyer d'art
presque totalement éteint, nécropole plutôt que métropole, -- il
commençait à exploiter le plein air, la rue, le décor, le type
local. En quittant, avec un certain éclat, à la veille des
concours de Rome, l'antique académie fondée par Teniers et les
savoureux naturistes du dix-septième siècle, mais tombée à présent
sous la direction de faux artistes, peintres aussi timides que
maîtres intolérants, le jeune homme s'était mis à dos la clique
officielle, les marchands, les amateurs, les critiques, les
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