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eBook Title
La nouvelle Carthage
Author Language Character Set
Georges Eekhoud French ISO-8859-1


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Pour se défaire du fâcheux raseur, le rédacteur du grand journal
commercial a promis de les intercaler dans le compte rendu.

Plusieurs équipes des travailleurs les plus vigoureux et les plus
décoratifs du chantier attendent, à portée du navire, le moment de
lui donner la liberté complète. Il ne manque plus que les
autorités et les principaux acteurs, les premiers rôles de la
cérémonie qui se prépare. Au dehors du chantier, sur les quais, en
aval du fleuve vers la ville, des milliers de curieux refoulés des
installations Fulton, où l'on s'entasse à s'étouffer, sont postés
pour prendre leur part du spectacle, se piètent avec un tumulte
d'attente, un brouhaha d'endimanchement.

Attention! Dupoissy, un mouchoir attaché au bout de la canne, a
donné un signal, comme le starter aux courses.

Des artilleurs improvisés, dissimulés, derrière les hangars, font
partir des bottes. Le canon! se dit la foule en se trémoussant
dans un délicieux frisson d'attente. Les jeunes Saint-Fardier
plaisantent Angèle et Cora qui ont sursauté.

Un orphéon entonne la Brabançonne.

-- Ils arrivent! ils arrivent!

Ils arrivent en effet. Descendant de voiture, voici le
bourgmestre, le parrain du navire, donnant le bras à la marraine,
Mlle Dobouziez, éblouissante dans une toilette de gaze et de soie
rose; puis M. Béjard menant la maman Dobouziez, plus fleurie, plus
feuillue et plus emplumée que jamais, surtout que Gina a renoncé à
contrarier son innocente manie. Derrière, vient M. Dobouziez
conduisant la femme du constructeur. Le populaire, contenu à
grand'peine par la police, aux abords de l'enclos réservé,
s'émerveille naïvement devant la beauté de Mlle Dobouziez. Il a
acclamé Door den Berg, mais il fait entendre des grognements au
passage de Béjard. Et il se trouve, dans plus d'un groupe de cette
cohue de bonnes gens et même sur les banquettes de la tribune, des
narrateurs pour établir un rapprochement entre la cérémonie
brillante qui se passe aujourd'hui, au chantier Fulton, et les
atrocités qui s'y commettaient il y a vingt-cinq ans, sous la
responsabilité de Béjard, le père, et avec la complicité de Freddy
Béjard, le futur armateur. Mais les huées mal contenues et les
murmures se noient dans l'allégresse moutonnière et la jubilation
badaude. Lorsque le cortège imposant a gagné ses places, nouveau
coup de canon. La musique va repartir, mais Dupoissy fait un signe
furieux pour lui imposer silence. Et se plantant devant la
tribune, sur la berge, à quelques pas du navire, il tire de sa
poche un papier à faveur rose, le déplie, tousse, s'incline,
dégoise de sa voix de chevreau sevré avant terme une kyrielle
d'alexandrins rances, que personne n'écoute d'ailleurs. De temps
en temps, entré les conversations, on en saisit un hémistiche:
«Vaisseau fils de la terre -- conquérant de l'onde -- sur la plage
lointaine -- va saluer pour nous -- poindre à l'horizon des
eaux... symbole de nos lois... royaume d'Amphitrite...»

-- Que de chevilles! Vous verrez qu'il n'en ratera pas une!
murmure Mme Vanderling à l'oreille de Gaston Saint-Fardier, c'est
un véritable almanach des Muses que ce bonhomme-là!...

Il a fini. Quelques bravos discrets. Des «Pas mal! pas mal!»
proférés à demi-voix; des «ouf!» de soulagement chez la plupart
des auditeurs. Enfin se prépare la phase véritablement émouvante.
La musique joue l'air de Grétry «Où peut-on dire mieux»,
M. Fulton, le constructeur, court donner un ordre à ses ouvriers.

Sous la puissance des coups de bélier et du coinçonnage destiné à
le soulever, l'immense bâtiment, immobile jusqu'à présent,
commence à se mouvoir insensiblement. Tous les yeux suivent, non
sans anxiété, les efforts de la robuste théorie d'ouvriers massés
sous l'avant du navire, et l'étayant de ce côté, armés de barres
d'anspect afin de le faire glisser plus rapidement sur la
coulisse. Pieux, ventrières, étançons sont tombés, les dernières
accores ont sauté.

Cependant Béjard a conduit Mlle Dobouziez près de l'amarre.
Prenant une élégante hachette au manche garni de peluche, effilée
comme un rasoir, il l'offre à la marraine et l'invite à rompre
d'un coup sec le dernier câble de retenue. La belle Gina, si
adroite, s'y prend mal, elle attaque le chanvre, mais l'épais
tressis tient bon. Elle frappe une fois, deux fois, s'impatiente,
ses lèvres profèrent un petit claquement irrité. Le silence de la
foule est tel que les spectateurs haletants, retenant leur
souffle, perçoivent ce mutin accès de mauvaise humeur de l'enfant
gâtée. Les loustics rient.

-- Mauvais présage pour le navire! se disent les marins.

-- Et pour la marraine! ajoutent des regardants.

Comme Mlle Dobousiez n'en finit pas, Béjard s'impatiente à son
tour, reprend l'outil récalcitrant et cette fois, d'un coup ferme
et nerveux, il tranche la corde.

La masse énorme crie sur ses ais, se met lentement en branle et
dévale majestueusement vers son domaine définitif.

Moment pathétique. Qu'y a-t-il pourtant là pour faire battre tous
ces coeurs, non seulement les simples, mais encore les plus vains
et les plus fermés, plus difficiles à émouvoir que l'énorme
colosse même?

En gagnant le fleuve, le navire auquel s'est communiqué une vie
étrange, continue de crier et de rugir. Rien de majestueux comme
cette rumeur prolongée dont retentissent les flancs de la Gina.
Certains chevaux hennissent ainsi de plaisir et de fierté, au
moment où l'homme met à l'épreuve leur vigueur et leur vitesse.
Puis, brusquement, d'un trait, il franchit, comme un plongeur
impatient, la distance qui le séparait encore de la nappe
ondoyante et il s'enfonce avec fracas dans l'Escaut que son entrée
fait tressaillir et qui semble écarter, pour le recevoir, ses
masses écumantes.

Alors, la rumeur du navire ayant cessé, de la foule s'élèvent des
hourrahs! formidables et prolongés. La musique déchaîne de
nouvelles et entraînantes fanfares, les salves reprennent, un
immense drapeau tricolore est hissé au sommet du grand mât.
L'équipage de la Gina éclate à son tour en cris de jubilation, et
ses passagers pour rire, convaincus de leur importance, agitent
mouchoirs et chapeaux.

Bientôt le navire se prélasse au milieu du fleuve, et vire
gracieusement, avec une dignité et une aisance de triomphateur. Ce
n'est plus la masse lourde, rébarbative et un peu piteuse qu'on
admirait tout à l'heure, de confiance, car un navire hors de l'eau
a toujours l'air d'une épave, mais depuis qu'il est entré dans son
élément, il s'est allégé et animé. Voilà même qu'on met sa machine
en mouvement, ses lourdes hélices battent l'eau, la fumée
s'échappe par sa cheminée énorme. Son formidable organisme
fonctionne, ses muscles de fer et d'acier s'agitent, il gronde, il
respire, il souffle, il vit. Et les hourrahs parlent de plus
belle. Cependant, à terre, sous la tente, l'agent de M. Fulton
faisait circuler des coupes de Champagne et des biscuits, les
hommes trinquaient avec bonhomie, en affectant de la rondeur et de
l'expansion, à la fortune de la Gina. Tous s'empressaient autour
de la belle marraine afin de lui exprimer leurs voeux pour son
brillant filleul. Gina portait le verre à ses lèvres et saluait à
chaque toast, avec un sourire fin et digne. Les petites Vanderling
buvaient en conscience; serrées de près par leurs fiancés, elles
affectaient d'être chatouillées, se renversaient à faire craquer
leur canezou, en riant comme de petites folles, blanches,
grassouillettes, le menton charnu, les lèvres très rouges, les
yeux pleins de science amoureuse.

Béjard redoublait de prévenances et d'attentions auprès de Gina.

-- Vous voilà attachée à ma fortune, mademoiselle, disait-il, non
sans intention. Dans cette Gina qui m'appartient et qui fera
honneur à son nom, je n'en doute pas, je me plairai à retrouver
quelque chose de votre personne. D'ailleurs, les Anglais, nos
maîtres en commerce, ont fait aux vaisseaux l'honneur de les
assimiler à la femme. Pour eux tous les objets sont indifféremment
du genre neutre. Les navires seuls appartiennent au beau sexe...

-- Je me sens assez petite fille à côté de cette imposante
matrone! répondit Gina en riant. Et j'ai peine à croire que je
l'ai tenue sur les fonts baptismaux; c'est plutôt elle qui semble
m'accorder son patronage... Et ceci explique mon émotion de tout à
l'heure... Ah! vrai, j'ai senti l'aplomb m'abandonner...

M. Dobouziez, mis en veine de générosité par le succès de sa
fille, toujours soucieux de suivre l'usage et de ne pas lésiner
dans les circonstances publiques, avait fait appeler le
contremaître.

-- Tenez, dit-il, en lui remettant cinq louis, voici les dragées
du baptême! Partagez-les entre vos hommes et qu'ils les fassent
fondre à leur soif.

-- Quelle idée! grommela Saint-Fardier père à l'oreille de Béjard.
Les brutes ne tiennent déjà plus sur leurs jambes! C'est moi qui
leur en ficherais des pourboires! Il faut voir comme je les
dégrise le lundi, à la fabrique!

Après avoir exécuté quelques voltes et manoeuvres, pour se montrer
sous tous ses avantages au monde connaisseur et élégant qui
assistait à ses premiers ébats, la Gina redoubla de vitesse, et
s'en fut, délibérément, vers la rade, réjouir d'autres
spectateurs. Une place lui avait été aménagée, à quai, en
attendant qu'elle complétât son outillage, son équipement et
qu'elle prit son premier chargement de marchandises et de
passagers. Il était convenu, entre l'armateur et le capitaine,
qu'elle gagnerait la mer dans huit jours.

Dupoissy, assez mortifié du peu de succès de ses vers, s'était
approché de l'eau et, la coupe remplie de Champagne, posté à
l'extrémité de l'appareil même d'où s'était élancé le navire, il
interpella les autres personnes de la compagnie, de l'air d'un
escamoteur sur le point d'exécuter un nouveau tour: -- Attention!

Tout le monde tourna les yeux de ce côté. Le Sédanais avait sifflé
verre sur verre, lorsqu'on ne s'occupait pas de lui et, désaltéré,
même un peu gris, il se rappelait le mariage du Doge et de
l'Adriatique et les antiques libations des païens à l'Océan pour
se rendre propices Neptune et Amphitrite.

-- Que ce nectar de Bacchus répandu dans le royaume des ondes
assure à la glorieuse Gina la clémence des éléments!

Il dit et se pencha un peu, chercha une attitude noble, en se
tenant sur une jambe, et versa le Roederer dans le fleuve. Mais le
gros homme faillit l'y suivre; si Bergmans ne l'avait retenu par
les basques de son habit, il piquait une tête. On applaudit et on
pouffa.

-- Bon, voilà notre barde qui va se plonger dans le Permesse!
ricanait la Parisienne.

-- Prenez garde, monsieur, les dieux anciens, le vieil Escaut, ne
semblent pas goûter votre parodie de leurs rites! dit le tribun à
Dupoissy.

-- Ah oui, je suis un profane, un étranger, n'est-ce pas? répliqua
avec dépit le pseudo-marchand de laines, au lieu de remercier son
sauveteur. Il n'appartient qu'aux Anversois pur sang de
ressusciter les antiques religions!

-- Je ne vous le fais pas dire! ajouta Bergmans, en riant.

On se séparait; les invités regagnaient leurs voitures. Les
ouvriers, nantis du pourboire, acclamaient, avec plus de
conviction qu'à l'arrivée, les importants personnages. L'après-
midi il devait y avoir grand bal au chantier pour tout le
personnel; on mettrait quelques tonneaux en perce. En exécutant
les préparatifs de cette nouvelle partie du programme quelques-uns
des compagnons fringuaient. Friands d'observation, Marbol et son
ami Rombaut se promettaient de revenir l'après-midi avec Bergmans.

-- Et vous, se hasarda de dire celui-ci à Régina, n'assisterez-
vous pas aux ébats de ces braves gens; à cette joie qui sera un
peu votre oeuvre?

Elle eut une moue dégoûtée.

-- Fi! répondit-elle, je n'en aurai garde. C'est bon pour des
démocrates de votre espèce. Vous vous entendriez parfaitement avec
Laurent.

-- Qui ça, Laurent?

-- Un cousin, très éloigné, -- au propre et au figuré, car il est
en ce moment en pension à quelque cent lieues d'ici... qui
accorde, comme vous, de l'importance à ce monde commun... Mais il
n'a pas même comme votre ami Marbol l'excuse de les peindre et de
s'en faire de l'argent, ou, comme vous la perspective de devenir
président de la République et Ville libre d'Anvers.

Elle ne se rappelait Paridael que pour établir un rapprochement
désobligeant, du moins dans sa pensée, entre Bergmans et le
collégien. Elle en voulait un peu au tribun de ce qu'il ne se fût
pas assez occupé d'elle pendant cette cérémonie et l'eût laissée
tout le temps avec Béjard.

-- Décidément, pensait Door, des abîmes d'opinions et de
sentiments nous séparent! Je ferai l'impossible pour les
combler... Elle est assez intelligente et je lui crois au fond
beaucoup de droiture; si elle m'aimait, je l'aurais vite
intéressée à mon oeuvre, au but de ma vie. Je m'en ferais une
alliée. Si elle m'aimait! Car malgré sa hauteur et ses dédains, et
sa soumission aux préjugés, je persiste à la trouver déplacée dans
son monde. Elle vaut ou vaudra mieux que ses parents. Il doit y
avoir place en elle pour de généreux mouvements et des pensées
supérieures... Sa beauté et son instinct contredisent son
éducation... Que ne puis-je la disputer à ces épouseurs
richissimes qui rôdent autour d'elle! ...


X. L'ORANGERIE

Une année s'écoula encore. Le jeune Paridael obtint enfin de
retourner quelques semaines au pays. Dobouziez lui fit passer un
examen sommaire duquel il résulta que ce gamin s'ingéniait plus
que jamais à «mordre» aux branches dont le tuteur faisait le moins
de cas ou qu'il les étudiait à un point de vue tout opposé aux
intentions de cet homme pratique.

Ainsi, au lieu d'apprendre des langues modernes ce que doit en
savoir un bon correspondant commercial, il s'était bourré la tête
de billevesées littéraires.

-- Je vous le demande! comme s'il n'existait pas assez de
sornettes en langue française! se récriait le cousin Guillaume.

Laurent était devenu un grand rougeaud aux cheveux plats, d'une
santé canaille de manoeuvre; mais sous ces dehors trop matériels,
sa physionomie épaisse et maussade, ce pataud cachait une
complexion impressionnable à l'excès, un intense besoin de
tendresse, une imagination exaltée, un tempérament passionné, un
coeur altéré de justice. Son apathie extérieure, compliquée d'une
insurmontable timidité et d'une élocution lente et embarrassée,
entravait et contrariait des sons, d'une acuité presque morbide,
des nerfs vibrants et hypéresthésiques. Sous sa torpeur couvaient
de véritables laves, des fermentations de nostalgies et de désirs.

Dès sa plus tendre enfance il avait présenté quelque chose de
différent, d'incompatible, qui avait inquiété ses parents pour son
avenir. Le pressentiment des épreuves que lui réservait le monde
leur rendait plus cher encore ce rejeton à la fois disgracié et
élu. Mais en dehors de ces bien-aimés à qui la promiscuité du sang
et de la chair révélait les mérites du sujet, peu d'êtres devaient
l'apprécier. Il n'y avait pas à dire, le gamin déconcertait
l'observation immédiate, rebutait les avances banales, ne payait
pas de mine. Alors qu'il débordait de sentiments et de pensées, ou
bien une pudeur, une fausse honte l'empêchait de les exprimer, ou
bien, voulût-il les traduire, ce qu'il en disait prenait un air
grimaçant outré, et dépassait le but imposé par la norme et les
convenances.

Laurent serait fatalement incompris. Les meilleurs et les plus
pénétrants se méprenaient sur son compte ou s'alarmaient de ses
enthousiasmes débridés, de ses raisonnements poussés à l'extrême.
Il se livrait à des démonstrations intempestives auxquelles
succédaient de brusques abattements. Des sorties exaltées
s'étranglaient net dans la gorge et finissaient par un
inintelligible, rauque et presque animal grognement, comme si son
âme jalouse eût vivement rappelé, à l'intérieur, cette volée
d'incendiaires captifs ou comme si lui-même eut désespéré de se
faire comprendre et reculé devant l'inouïsme de ses effusions.
Tels, parfois, la pantominie et les vagissements du sourd-muet sur
le point de parler. Ses impressions et ses impulsions le
congestionnaient.

En pension, il ne se fit que de rares camarades. On l'eut pris
pour souffre-douleur si ses poings de maroufle n'eussent tenu les
brimeurs en respect.

La mort prématurée des siens contribua non pas à le dégoûter de la
vie, mais à la lui faire comprendre à sa façon, aimer pour
d'autres motifs, voir par d'autres yeux, prendre à rebours des
codes, des morales et des conventions. Il devint de plus en plus
taciturne. Son apparente inertie représentait celle d'une
bouteille de Leyde saturée de fluide à en éclater. Souffrant,
toujours tendu, pléthorique, ses instincts se dédommageraient de
la longue contrainte, il se débonderait d'un seul coup,
s'assouvirait sans mesure, se perdrait à tout jamais, mais en
s'étant vengé de la vie. Capable de tous les dévouements, de
toutes les délicatesses, mais aussi de tous les fanatismes, dans
certains cas il aurait réhabilité le vice et apologié le crime; il
fût devenu suivant les circonstances un martyr ou un assassin;
peut-être les deux à la fois.

À l'un de ces dîners de demi-apparat, fréquents à présent chez ses
tuteurs, le jeune Paridael fit la connaissance de Door Bergmans.
L'air franc, la prestance, l'allure ouverte, les bons procédés du
tribun apprivoisèrent le jeune sauvage. Jamais les habitués de la
maison ne faisaient attention au petit parent pauvre. Gina
plaisanta Bergmans; «Vous vous rappelez ma prédiction le jour du
lancement du navire? -- Parfaitement, répondit Door. Et je vous
avouerai que si c'est là le garçon auquel vous faisiez allusion,
il m'intéresse au superlatif. Les quelques mots que je lui ai
arrachés révèlent une nature bien au-dessus de l'ordinaire!

Gina parut ne point prendre cet éloge au sérieux, mais, depuis,
elle condescendit à s'entretenir plus fréquemment avec son cousin.

Cependant le mariage de Gina ne se décidait pas aussi facilement
que M. Dobouziez avait pu le supposer. Quantité d'obstacles
surgissaient contre l'établissement de l'héritière, toute
millionnaire et ravissante qu'elle fût. Les prétendants
redoutaient son caractère tranchant et impérieux et aussi son goût
du faste. Les adulateurs ne manquaient pas. C'était autour d'elle
une nuée de courtisans, un assaut perpétuel de flirtage et de
galanterie, mais aucun prétendant ne se présentait.

Cora et Angèle Vanderling, plus jeunes que Gina, venaient
d'épouser Athanase et Gaston Saint-Fardier. Elles importunaient
leur amie de confidences d'alcôve et lui vantaient les libertés
que procure l'existence conjugale. Elles menaient toutes deux
leurs lymphatiques maris par le bout du nez et se gênaient moins
que jamais pour coqueter avec les galants. Saint-Fardier père,
enchanté de se débarrasser de ses fils, leur avait obtenu à l'un
un bureau d'agent de change, à l'autre une position de
«dispacheur» ou expert en avaries. Vanderling, de son côté, avait
très décemment doté ses fillettes. Les deux jeunes ménages
menaient fort grand train, et les appétissantes blondines, d'une
beauté de plus en plus radieuse et épanouie, s'abandonnaient à
tous leurs caprices et à tous leurs penchants.

Avec Bergmans, Béjard demeurait le plus assidu visiteur des
Dobouziez. Laurent, qui savait aujourd'hui les antécédents de
l'armateur, ne lui cachait pas son aversion. Enclin à un vague
swedenborgisme, il s'expliquait à présent le moment
d'hallucination qu'il avait eu, autrefois, sur l'Escaut, lors de
l'excursion à Hémixem. À Laurent, Freddy Béjard semblait exhaler
les corrosives vapeurs des acréolines, incorporer aussi les
machines tueuses d'hommes, amputeuses de saine et florissante
main-d'oeuvre. Aussi combien Laurent souffrait de voir ce
satellite sinistre et néfaste graviter incessamment dans l'orbite
de la radieuse Gina. Béjard avait l'intuition du sentiment qu'il
inspirait au collégien et s'amusait à l'agacer, mais à distance,
prudemment, comme on fait à un chien de garde qui pourrait se
détacher:

-- Ma parole, disait-il souvent à Gina, c'est qu'il n'a pas l'air
rassurant, du tout notre jeune maroufle! Voyez donc de quels yeux
d'assassin il nous couve? Ne lui arrive-t-il pas de mordre? À
votre place je le musellerais!

Disons à la louange de Gina que si l'éloge du petit sauvage par
Bergmans ne laissait pas de l'agacer, elle était néanmoins tentée
de prendre le parti de son cousin contre les sarcasmes de Béjard.

Laurent se rapprochait d'autant plus de Bergmans qu'il le savait
compétiteur de Béjard. Il avait entendu le tribun parler en public
et, profondément séduit par son éloquence imagée et savoureuse, il
n'était plus seulement son ami, mais encore son partisan.
Pourtant, par degrés, un sentiment de jalousie s'emparait de lui.
Lequel? Si vague qu'il n'aurait su dire au juste s'il était jaloux
de Gina ou de Bergmans?

Une plaisanterie inoffensive du tribun faite devant Régina le
blessait. Il tournait alors le dos à son ami, le boudait durant
des jours, se montrait plus atrabilaire encore avec lui qu'avec
les autres.

-- Qu'a donc encore une fois notre petit cousin? demandait
Bergmans.

Mais au contraire de Béjard qui se divertissait de ces accès
d'humeur, Bergmans se rapprochait du pauvret, le grondait
doucement avec tant de vraie bonté que l'enfant finissait par se
rapprivoiser et par lui demander pardon de ses lubies.

Depuis la puberté, son sentiment capricieux et indéfini pour la
jeune fille s'était exaspéré d'énervantes postulations charnelles.
L'âge ingrat rendait son caractère encore plus impressionnable.
Les exigences du tempérament s'impatientaient de sa réserve et de
sa timidité natives.

À la pension, alors qu'il courait ses quinze ans, il lui était
arrivé de défaillir comme une fillette aux effluves trop vifs des
jardins printaniers. Les lutineries du renouveau, les bouffées des
crépuscules orageux, ces lourdes brises d'avant la pluie, qui
s'abattent dans les hautes herbes et semblent s'y panier, trop
ivres pour pouvoir reprendre leur essor, l'atmosphère des
solstices d'été et de l'équinoxe d'automne chatouillaient Paridael
comme le contact de bouches invisibles.

En ces moments la création entière l'embrassait et, démoralisé,
hors de lui, il aurait voulu lui rendre caresse pour caresse! Que
ne pouvait-il étreindre dans un spasme de totale possession les
grands arbres qui le frôlaient de leurs branches, les meules de
foin auxquelles il s'adossait, et toutes les ambiances parfumées
et attendries! Il lui tardait de s'absorber à jamais dans la
nature en fermentation! Ne vivre qu'une saison, mais vivre la vie
de cette saison! Quelle mélancolie bénigne, quelle délicieuse
angoisse, quel renoncement de son être, quelle morbidesse déjà
posthume! Un jour le timbre si particulier d'un alto lui avait
arraché des larmes. Ce son veloureux et grave, sombre et opulent
comme un manteau nocturne ou un sous-bois automnal, il le
retrouvait, à présent dans la voix de sa cousine. Il assimilait le
despotisme de cette voix à la vertu des nuits insolites, ne
procurant que de dérisoires sommeils, nuits propices aux
cauchemars, aux conjurations et aux attentats -- les nuits du
Moulin de pierre!

Il ne cessait pas, croyait-il, d'en vouloir sincèrement à Gina; il
la jugeait avec plus de sévérité et de rancune que jamais. Et
pourtant l'idée qu'elle n'agréait personne lui causait une
certaine joie. Non seulement il se réjouissait du dédain et de la
malice avec lesquels elle traitait Béjard, mais il était presque
heureux lorsqu'elle taquinait et rebutait Bergmans. En apparence
elle n'encourageait pas plus l'un que l'autre. «La mauvaise!» se
disait Laurent avec une artificielle et laborieuse indignation. «À
la place de Door je lui répondrais de la belle façon!»

Ombrageux comme il l'était, il remarqua un jour l'intonation
tendre et presque passionnée qu'elle mit dans quelques paroles
sans conséquence adressées au tribun. Il en fut tellement troublé
que, demeuré seul avec elle, il osa lui dire à brûle-pourpoint:
«Et pourquoi n'épouseriez-vous pas M. Bergmans, ma cousine?» Elle
éclata de rire et le regarda dans le blanc des yeux. «Moi, épouser
un partageux comme lui, devenir la citoyenne Bergmans?» s'écria-t-
elle avec un accent de sincérité auquel Laurent se laissa prendre.

Tout en protestant contre ses paroles, au fond il en était ravi.
Elles le rassurèrent à tel point qu'il feignit de reprocher à
Bergmans ses hésitations et ses lenteurs. Il rusait sans
préméditation, d'instinct; indigné de ses propres diplomaties,
furieux de voir tous les mouvements d'une conscience droite et
probe contrariés et paralysés dans les rets de sensorielles
duplicités. S'il servait ostensiblement son ami Bergmans, c'était
malgré le cri de sa chair.

-- Me marier, moi? Demander la main de Mlle Dobouziez! Tu
plaisantes, fiston!» se récria Bergmans à la perspective que
venait de lui suggérer, non sans anxiété, le jeune Paridael. «Qui
diable t'a logé cette idée dans la caboche? D'abord cette femme
est trop riche pour moi... Et comme l'autre le pressait: «À te
dire vrai, je l'aime et me suis fait une délicieuse habitude de sa
présence! Si elle m'avait encouragé le moins du monde, peut-être
aurais-je osé m'en ouvrir au père Dobouziez... Mais ce que tu
viens de m'évoquer est un avertissement... D'autres que toi auront
remarqué mon assiduité... Il est temps que je cesse de
compromettre ta cousine.»

-- Quel dommage! fit Laurent. Vous sembliez faits l'un pour
l'autre.» Et malgré cette conviction très légitime, le paradoxal
enfant eut peine à contenir sa jubilation et à ne pas sauter au
cou de Bergmans. Il se fit pourtant violence au point de combattre
et de discuter les scrupules de son ami. En songeant que si
Bergmans cessait de venir à la fabrique il n'aurait plus
l'occasion de le voir, il lui arriva même de l'exhorter sans
arrière-pensée, car il chérissait réellement ce prestigieux
garçon.

Quant à Béjard, Laurent était certain que Gina ne l'accepterait,
jamais pour époux. Non seulement l'armateur aurait pu être le père
de la jeune fille, mais le correct et irréprochable Dobouziez
portait à Béjard une estime purement professionnelle qui n'allait
pas jusqu'à l'oubli des petites peccadilles que ce poursuivant
avait sur la conscience. Il l'eût pris plus facilement pour
associé que pour gendre.

Fidèle à sa résolution, le tribun fréquenta moins régulièrement la
maison et, après un mois de ces visites de plus en plus espacées,
il les cessa complètement.

Laurent respirait, à la fois heureux et navré, presque heureux
malgré lui, malgré ses remords. Mais il n'était pas à bout
d'angoisses.

Gina, la coquette et maligne Gina qui semblait avoir fait si peu
de cas des hommages de Bergmans, parut très affectée de ne plus le
voir. Ces regrets, cette préoccupation devinrent même tellement
apparents que la lumière se fit enfin en l'esprit de Laurent.

-- Elle m'a menti, elle l'aime! se dit le jeune homme. Et la
déchirante torture que lui causa cette découverte lui arracha à
lui-même l'aveu de son amour désespéré pour l'orgueilleuse Régina.

Il fut atterré, car du même coup il pressentit qu'elle ne
l'aimerait jamais.

Alors, il était de son devoir de rapprocher les deux amants. Il
aurait même déjà dû prévenir la jeune fille de l'affection que lui
portait le tribun. S'il se taisait à présent il se conduirait en
fourbe. D'un mot il aurait pu consoler sa cousine et combler de
bonheur son ami Bergmans. Bourrelé de remords, il se garda bien de
prononcer ce mot. Il endurait un martyre inouï. -- Vas-tu parler
enfin? lui criait sa conscience. -- Non, non! Grâce! Pitié!
gémissait sa chair. -- Rappelle Bergmans au plus vite! -- Je ne le
puis, j'expirerais plutôt... -- Misérable, mais je te le répète,
elle ne t'aimera jamais! -- N'importe, elle ne sera à personne! --
Bergmans est ton ami! -- Je le hais! -- Assassin, Gina se meurt! -
- Plutôt que de les rapprocher je les tuerais tous deux!

En effet Gina se mourait. En la voyant maigrir, s'étioler, si
triste, si faible, si tranquille et si douce, ne riant, ne
raillant presque plus, indifférente à tout ce qui la distrayait
autrefois, Laurent fut cent fois sur le point de lui confier ce
qu'il savait des sentiments de Bergmans. La langue lui brûlait
comme à un muet qu'un mot soulagerait et que l'impitoyable nature
empêche de prononcer ce mot. Cent fois aussi, au moment d'écrire à
Door, il laissa tomber la plume. Il eût préféré signer son arrêt
de mort.

Parti pour Odessa, Bergmans avait envoyé des bords de la Mer Noire
deux ou trois lettres commerciales pour empêcher que l'on
commentât son éclipse prolongée.

La douleur des Dobouziez était telle qu'ils ne remarquèrent pas la
figure convulsée et les allures bizarres de leur pupille.

Laurent qui ne se sentait décidément point la force de parler à
Gina prit un soir la résolution de tout raconter le lendemain au
père. «Elle ne m'aimera jamais! se répétait-il à la façon des
stoïciens raffinant sur les tortures pour s'y rendre insensibles.
Et moi, suis-je bien certain de lui porter de l'amour? N'est-ce
point l'envie qui m'aveugle et qui, parce que je suis morose et
déshérité, me rend hostile au bonheur des autres?» Malgré tous les
efforts qu'il fit pour se persuader de ces prétendues erreurs, en
présence de M. Dobouziez il ne trouva plus une parole et toute sa
grandeur d'âme sombra dans les abîmes de son amour.

Il était allé s'asseoir aux côtés de la malade, dans l'orangerie,
parmi ces fleurs capiteuses et perverses dont elle persistait à
s'entourer. Depuis sa maladie elle s'habituait à la présence et
aux soins de Laurent comme à ceux d'un garde-malade. Généralement
il lui faisait la lecture et elle prenait un plaisir de petite-
maîtresse à le reprendre. Ce matin il bredouillait et bafouillait
outrageusement: «Mais qu'avez-vous donc, Laurent? fit-elle, je ne
comprends plus un mot de ce que vous lisez.»

Il déposa le livre sur la table et saisissant ses mains amaigries:
«Régina, balbutia-t-il, il faut que je vous apprenne quelque chose
de grave, oh, de très grave...» Il s'arrêta, la regarda dans les
yeux, devint très rouge. Il allait prononcer le nom de Door
Bergmans, de nouveau ce nom ne passa point la gorge. Sans ajouter
un mot, entraîné par une impulsion irrésistible, pris d'une sorte
de vertige, il ne put que tomber à genoux et couvrir de baisers et
de pleurs les mains que Gina confuse et même effrayée essayait de
retirer. Agacé et excité par l'aversion qu'elle lui témoignait,
loin de la lâcher, il se rapprocha d'elle et l'attira brutalement
à lui. Gina jeta un cri perçant auquel accourut la providentielle
Félicité:

-- De mieux en mieux! glapit le factotum en jetant les bras au
ciel.

Laurent lâcha prise, sortit en courant, les poings serrés, furieux
comme s'il avait été trahi et écrasé au moment de tenir une
victoire. Sur-le-champ la servante fit son rapport à ses maîtres
et le même jour, avant que les vacances n'eussent expiré,
M. Dobouziez renvoyait Laurent au collège.

De là, le coupable tout penaud et au regret de sa violence, très
inquiet des conséquences qu'elle avait eues pour Gina, écrivit
lettre sur lettre demandant des nouvelles. Personne ne lui
répondait. Il se faisait horreur. Sans doute Gina allait au plus
mal. L'aggravation de son état n'était-elle pas due à l'émotion
qu'il lui avait causée? Peut-être était-elle à l'agonie, peut-être
était-elle morte? À la fin, n'y tenant plus il s'enfuit du
pensionnat et tomba comme une bombe à la fabrique. Le télégraphe
avait déjà mis la maison au courant de sa fugue. La première
personne qu'il rencontra fut le terrible Saint-Fardier.

-- Ah! vous voilà, vaurien! s'écria celui-ci, et il fit mine de
vouloir lui tirer les oreilles.

-- Je vous en supplie, monsieur, s'écria. Laurent, dites-moi
comment va ma cousine Régina...

-- Mme Béjard se porte d'autant mieux qu'elle n'aura plus rien de
commun avec un polisson de votre espèce...

Madame Béjard! Laurent n'entendit que ces doux mots et demeura
hébété, tellement que Saint-Fardier l'ayant pris au collet, il ne
songea même pas à se défendre. Dobouziez intervint en ce moment:
«Laissez, dit-il, à son associé, je vais en finir avec ce gredin!»
Et, à Laurent: «Vous, suivez-moi dans mon bureau!»

Le jeune homme obéit machinalement,

-- Voilà cent francs! lui dit Dobouziez. Tous les premiers du mois
on vous en enverra autant. Cette somme représente le revenu du
modique capital que vous laissa votre père... Tirez-vous d'affaire
à présent... Bonne chance... Ah! une recommandation encore... Il
ne faut plus compter sur aucun membre de la famille... Toutes nos
portes vous sont fermées... Cette inqualifiable équipée vous met
au ban des vôtres. Au revoir... Je ne vous retiens plus...

-- La cousine Gina n'est pas devenue Mme Béjard, n'est-ce pas?
hasarda Laurent entendant à peine l'excommunication majeure
fulminée contre lui.

-- Mme Béjard n'est plus votre cousine. Allons, prenez votre
argent... Et tâchez que je n'entende jamais parler de vous!...

Laurent s'arrêta sur le seuil de la porte. Déjà M. Dobouziez
s'était rassis devant sa table de travail et allait se remettre à
la besogne comme si rien de grave ne s'était passé, comme s'il
venait simplement de régler son compte à un commis congédié.

Cette attitude froissa Laurent et le rappela au sentiment de la
situation. Depuis quelques secondes il se noyait, il abjurait la
vie; à présent il remontait a la surface:

-- Eh bien, soit, pensa-t-il, autant nous séparer comme ça.

Il sortit. Dans la rue une gaîté nerveuse s'empara de lui, par
réaction. N'était-il pas libre, émancipé, son propre maître? Plus
de collège, plus de contrôle, plus de tutelle. Et surtout plus de
remords, plus de jalousie, plus même d'amour. Mme Béjard, croyait-
il en ce moment, le détachait à tout jamais de Gina. Il répudiait
sa cousine comme il eût rejeté loin de lui une fleur polluée par
une limace.

-- Dire que ces Dobouziez croient me punir en renonçant à
s'occuper de moi! se répétait le jeune exalté. Et cette brute de
Saint-Fardier! Si je n'avais pas été assommé par cette nouvelle...
je l'étranglais net.

En longeant le fossé dé la fabrique: «Tu as beau parler, eau
graisseuse, eau putride! C'est le passé, mon passé, qui croupit au
fond de ta vase huileuse... C'est un cadavre, c'est ma chrysalide
que tu détiens. Ta nymphe est devenue Mme Béjard! Cloaque pour
cloaque, ô fossé de malheur, tu me parais moins dégoûtant que
certains mariages!»


DEUXIÈME PARTIE: FREDDY BÉJARD



I. LE PORT

Portant haut la tête, bombant la poitrine, Laurent s'engageait
d'une allure de conquérant, dans sa ville natale. Il lui fallait
aviser au plus pressé: choisir un logement. Le quartier marchand,
au coeur de la cité, le requérait avant tous les autres.

Il retint un appartement au second étage d'une de ces pittoresques
maisons à façades de bois, à pignons espagnols, du Marché-au-Lait,
    
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